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International

Non à la guerre !

Rôle de l’impérialisme, question nationale... : débats sur la guerre en Ukraine

La position des révolutionnaire vis-à-vis de la guerre en Ukraine soulève de nombreux débats sur la nature du conflit, le rôle de l'OTAN, la question de l'auto-détermination du peuple ukrainien... Dans cet article, Matias Maiello, membre de la direction du PTS, discute les positions de différentes organisations argentines se réclamant du trotskysme.

dimanche 6 mars

La guerre s’est à nouveau abattue sur le territoire européen. L’invasion de l’Ukraine par Poutine, qui dure depuis le 24 février, a déjà déplacé plus d’un million de personnes. Les États-Unis et plusieurs pays européens se sont engagés à fournir des armes à l’Ukraine, tout en imposant des sanctions sévères à la Russie. Les tendances à des conflits militaires de plus grande envergure, que nous pouvions voir par exemple, en Ukraine dès 2014 ou en Iran au début des années 2020, ont été exacerbées.

Ceux qui avaient vu dans la domination incontestée de l’impérialisme américain après la chute du mur de Berlin - agissant comme une sorte de gendarme du monde au Kosovo, en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie, etc - la fin des États-nations ou des guerres “classiques”, ont eu tort. Le militarisme et le capitalisme sont toujours des frères de sang. À la crise économique de 2008, aux vagues internationales de révoltes, à la crise environnementale - dont le Covid est l’un des produits - s’ajoute l’irruption du militarisme à un nouveau niveau, marquant la fin de la période de restauration bourgeoise et la renaissance des tendances les plus profondes de l’époque impérialiste aux crises, guerres et révolutions.

Dans ce scénario complexe, deux tendances principales se sont développées face à la guerre en Ukraine. D’une part, la majeure partie du centre-gauche au niveau international se plie à la propagande promue par la grande majorité des médias occidentaux, qui tentent d’utiliser le rejet juste et massif de l’invasion réactionnaire de Poutine en Ukraine pour présenter l’OTAN - créée en 1949 contre l’URSS dans le contexte de la “guerre froide”, pilier de la domination américaine responsable d’une longue liste d’interventions impérialistes, comme un défenseur de la paix et de la démocratie. Cette opération va de pair avec le réarmement de puissances impérialistes telles que l’Allemagne et la volonté de consolider l’expansion de l’OTAN vers l’est, qui, depuis 1999, a intégré 14 pays.

D’autre part, à plus petite échelle, la propagande promue par certains partis communistes, le chavisme et d’autres courants populistes à travers le monde cherche à présenter Vladimir Poutine - et un bloc avec la Chine - comme une sorte d’alternative à l’impérialisme. L’invasion de l’Ukraine apparaît alors comme une mesure nécessaire de "défense nationale" contre l’OTAN. La réalité est que Poutine est à la tête d’un régime bonapartiste qui, reprenant la tradition d’oppression nationale du tsarisme russe, est récemment intervenu en Biélorussie et au Kazakhstan pour soutenir des gouvernements réactionnaires contestés par des mobilisations populaires, a écrasé militairement le peuple tchétchène et est intervenu pour soutenir des régimes comme celui d’Al Assad en Syrie.

Face à ces deux récits, une position intermédiaire émerge, celle des secteurs du néo-réformisme européen qui s’opposent aux sanctions et aux livraisons d’armes en faisant appel à la diplomatie. C’est le cas de Mélenchon, qui prône une politique qui répond mieux aux “intérêts nationaux" de la France. C’est également le cas d’un secteur du parti espagnol Unidas Podemos – dont, précisons-le, les ministres ont cédé aux sanctions économiques et à l’envoi d’armes et de soldats en Europe de l’Est - incarné notamment par Pablo Iglesias, qui entretient l’idée fausse que la solution viendra de la pression exercée sur les gouvernements pour qu’ils adoptent des voies diplomatiques, du renforcement du rôle indépendant de l’UE et d’une conférence de paix entre les belligérants.

Dans le contexte du scénario complexe que représente la guerre, des divergences sont apparues à l’extrême-gauche et parmi ceux d’entre nous qui composent le FIT (NdT : Coalition électorale de partis d’extrême-gauche argentins) concernant le positionnement et les caractéristiques du conflit. Dans ce qui suit, nous en aborderons deux : l’opposition Russie - OTAN et la question nationale ukrainienne.

Au-delà de la division entre les camps "pro-russe" et "pro-OTAN"

La première question, lorsque l’on analyse un conflit militaire, est de savoir à quel genre de guerre nous faisons face. Ceci est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue, et implique une longue histoire de débat dans le marxisme. La Deuxième Internationale, s’est ainsi divisée face à la Première Guerre mondiale. Défendant la "patrie attaquée", les dirigeants de la plupart de ses partis se sont rangés derrière leur propre impérialisme en arguant qu’il s’agissait d’une guerre défensive contre une agression extérieure. Pourtant, savoir qui est tactiquement à l’offensive ou à la défensive ne permet pas de définir la position des révolutionnaires dans une guerre.
Proposant une approche alternative, Lénine reprend la célèbre phrase de Clausewitz : "la guerre comme continuation de la politique par d’autres moyens". Il l’utilise pour souligner que l’essentiel était de définir quelles politiques étaient poursuivies dans la guerre, en l’occurrence différentes politiques impérialistes contestant le partage du monde. D’où sa proposition du "défaitisme" des deux parties impérialistes et de la transformation de la guerre inter-impérialiste en guerre civile (révolution).

Les guerres de libération nationale (un pays opprimé, colonial ou semi-colonial contre une puissance impérialiste) sont quant à elles définies comme des “guerres justes”. Indépendamment de qui a initié les actions militaires, les révolutionnaires devaient être dans le camp du pays opprimé. Bien sûr, il y a eu des variantes particulièrement complexes entre les deux cas. Par exemple, face à l’ultimatum de l’Empire austro-hongrois et à l’invasion du royaume de Serbie qui a déclenché la Première Guerre mondiale, les socialistes serbes ont refusé de voter les crédits de guerre de leur propre gouvernement au motif que cela impliquait un alignement sur le camp impérialiste adverse, les Alliés.

Pour en venir au cas spécifique de la guerre actuelle en Ukraine, différentes positions ont été mises en avant au sein du FIT. Izquierda Socialista - et son courant international la UIT – considère que nous sommes confrontés à « l’invasion d’un pays semi-colonial (l’Ukraine) par un pays impérialiste (la Russie) ». Elle note ensuite qu’« il n’y a pas de troupes ou de bases de l’OTAN sur le sol ukrainien, et le président américain Biden ne prétend pas qu’elles entreront dans un conflit armé avec la Russie en Ukraine. Au contraire, les gouvernements impérialistes occidentaux annoncent qu’ils se contenteront de sanctions économiques contre la Russie, et le président ukrainien Zelensky se plaint dans des vidéos, avec une expression triste sur le visage, que l’Occident les a laissés seuls ». Si tel était vraiment le cas, dans le combat pour la défense d’une politique indépendante contre l’invasion de l’Ukraine par la Russie, nous n’aurions pas à nous inquiéter tant que ça de son instrumentalisation par l’OTAN car il s’agirait d’un élément secondaire. A ce titre, dans son agitation, Izquierda Socialiste relègue la dénonciation de l’OTAN au second plan, ses slogans centraux n’étant que « A bas Poutine et l’invasion de la Russie ! Soutenons la résistance du peuple ukrainien ! »

Mais la vérité est que, tandis que l’armée russe envahit l’Ukraine depuis la Crimée, la Biélorussie et sa propre frontière, en bombardant et en avançant sur ou près des principales villes à l’est du Dniepr, les puissances de l’OTAN envoient des armes et un soutien logistique au gouvernement ukrainien, déploient les troupes de l’Alliance atlantique dans les pays d’Europe de l’Est et ont mis en œuvre des sanctions sévères - comme la déconnexion du système international de paiement Swift - qui visent l’effondrement de l’économie russe, dont souffriront en premier lieu sa classe ouvrière et ses habitants les plus pauvres. Dans le même temps, l’impérialisme allemand rompt avec sa politique historique après sa défaite, sous la bannière nazie, lors de la Seconde Guerre mondiale. Son chancelier a annoncé pas moins de 100 milliards d’euros de dépenses supplémentaires pour le budget militaire et l’objectif de porter les dépenses courantes à 2% du PIB. C’est l’exemple le plus marquant d’une politique de réarmement qui traverse les pays impérialistes et qui commence à se manifester clairement.

Un autre angle est adopté par le Partido Obrero. Bien qu’ils appellent à « mettre fin aux bombardements et à l’incursion militaire de Moscou » et à « une Ukraine indépendante, unie et socialiste », sa position est centrée sur les objectifs de l’OTAN dans le conflit. Ils soulignent que : « Nous sommes confrontés à un nouveau chapitre d’un conflit dont l’impérialisme est le premier et le principal responsable. L’Ukraine a été transformée en une colonie des métropoles occidentales, au premier rang desquelles les États-Unis ». Et ils ajoutent : « Le but ultime de l’impérialisme est d’achever la colonisation de l’ancien espace soviétique avec la pénétration des monopoles, et la subordination économique et politique à l’impérialisme en allant vers un démembrement de la Russie, comme cela s’est produit en Yougoslavie ». La conclusion est la suivante : « l’élément qui explique l’affrontement militaire actuel est donc une politique d’offensive impérialiste ». Si, en effet, nombre des éléments soulignés correspondent à la stratégie que les États-Unis poursuivent depuis un certain temps déjà, cette approche laisse à l’arrière-plan un élément central de la guerre actuelle, à savoir l’existence d’un pays semi-colonial envahi par une puissance militaire comme la Russie.

Dans le cas extrême, si l’invasion de l’Ukraine s’inscrivait dans le cadre d’une troisième guerre mondiale - et certains comme Jorge Altamira [NdT : trotskyste argentin, ancien dirigeant du PO], soutiennent qu’une « guerre mondiale impérialiste non déclarée » est en cours - nous serions probablement plus proches de la situation des socialistes serbes face à l’invasion austro-hongroise en 1914. Cependant, ce n’est pas encore le cas, et le calendrier, ainsi que l’analyse concrète de la situation concrète, sont toujours essentiels pour définir une politique indépendante. C’est une chose que les tendances à de plus grandes confrontations militaires, y compris entre puissances, soient de plus en plus inscrites dans la situation mondiale, d’autant plus que toute guerre peut tendre à devenir indépendante de ses objectifs politiques car elle a sa propre grammaire, sujette aux « accidents » et à l’escalade. Mais ce n’est pas encore une réalité, et c’est précisément ce que nous, socialistes, devons combattre pour empêcher que ce soit le destin de l’humanité.

La Russie, par contre, avec toutes les contradictions soulevées par la restauration dans ce pays, y compris le projet inachevé de le semi-coloniser, est aujourd’hui un pays capitaliste qui, bien qu’il ne soit pas impérialiste au sens précis du terme (dans la mesure où il n’a pas de projection internationale significative de ses monopoles et de l’exportation de capitaux, il exporte essentiellement du gaz, du pétrole et des matières premières) agit comme une sorte d’« impérialisme militaire » dans sa zone d’influence.

La possibilité d’une lutte efficace contre la guerre, pour le retrait des troupes russes d’Ukraine, ainsi que de l’OTAN d’Europe de l’Est et contre le réarmement impérialiste, doit intégrer dans une politique indépendante la question nationale posée en Ukraine par l’invasion russe et la lutte contre l’OTAN et l’impérialisme, en faisant appel à la mobilisation internationale contre la guerre. L’absence d’une telle articulation hypothèque la nécessaire indépendance politique d’un mouvement anti-guerre.

La question nationale et l’indépendance de l’Ukraine

La question nationale était et reste une autre question centrale, ainsi que le moteur de nombreuses polémiques et d’importants développements au sein du marxisme révolutionnaire. La lutte contre l’oppression nationale et pour le droit à l’autodétermination est l’un des grands moteurs démocratiques des révolutions dans les pays coloniaux et semi-coloniaux. Sans prendre cette bannière en main, la classe ouvrière de ces pays serait incapable de rassembler suffisamment de forces parmi les peuples opprimés pour mener à bien une révolution socialiste. Dans la révolution russe elle-même, avant la bureaucratisation et la montée du stalinisme, le droit à l’autodétermination nationale était l’une des bannières clés des bolcheviks pour tous les peuples dominés par les « Grands Russes » sous le tsarisme. De fait, la République soviétique ukrainienne de 1922 est le résultat de cette politique. Trotsky, un ukrainien d’ailleurs, a souligné l’importance de cette politique d’autodétermination :

« Le parti bolchevik, non sans difficulté et seulement progressivement sous la pression constante de Lénine, a pu acquérir une approche correcte de la question ukrainienne. Le droit à l’autodétermination, c’est-à-dire à la séparation, a été étendu par Lénine aux Polonais ainsi qu’aux Ukrainiens. [...] Selon la conception du vieux parti bolchevique, l’Ukraine soviétique était destinée à devenir un axe puissant autour duquel s’uniraient les autres fractions du peuple ukrainien. Il est incontestable que, durant la première période de son existence, l’Ukraine soviétique exerça une puissante attraction également du point de vue national et qu’elle éveilla à la lutte les ouvriers, les paysans et l’intelligentsia révolutionnaire de l’Ukraine occidentale, asservie à la Pologne. »

Aujourd’hui, des décennies après la chute de l’URSS, la situation est très différente. Cependant, il est important de souligner ces éléments afin de se faire une idée de l’importance de ce problème pour les révolutionnaires, et pourquoi il est essentiel d’en tenir compte lorsqu’on aborde le débat sur la politique face à l’invasion actuelle de l’Ukraine par Poutine. La question que nous devons nous poser à ce stade est de savoir en quoi consisterait une lutte cohérente pour l’indépendance nationale ukrainienne dans la situation concrète qui existe à l’heure actuelle, traversée par tous les éléments que nous avons signalés dans la section précédente.

Selon les analyses de Izquierda Socialiste et de l’UIT : « Ceux qui voient une guerre en Ukraine entre l’impérialisme américain, qui prétend défendre l’indépendance des Ukrainiens, et la Russie « anti-impérialiste », et évitent de défendre le droit à l’autodétermination de l’Ukraine sous ce sale nuage idéologique qu’ils ont créé, devraient appliquer leur raisonnement à l’Irak et à la Syrie et réfléchir au type de front opportuniste qu’ils devraient par conséquent adopter contre le peuple kurde ; car il n’est pas difficile de prédire les conséquences logiques de leurs positions au Kurdistan ». Il ajoute : « Ceux qui se définissent comme marxistes devraient d’abord défendre le droit à l’autodétermination du peuple ukrainien, qui a porté Zelensky au pouvoir avec plus de 70 % des voix, au lieu de les accuser d’être pro-occidentaux. »

Certes, Poutine n’est pas « anti-impérialiste », et l’OTAN ne soutient pas vraiment l’indépendance de l’Ukraine. Cependant, cela ne signifie pas que l’impérialisme n’intervient pas sur la scène ukrainienne, ni que l’autodétermination de l’Ukraine peut être gagnée en dehors d’une lutte ouverte contre l’impérialisme américain et européen. Le cas de l’Irak était très différent : précisément, la principale puissance impérialiste, en alliance avec d’autres, a envahi et occupé le pays sans qu’il y ait, en face, un bloc impérialiste opposé qui se soit aligné sur le gouvernement de Saddam Hussein. En outre, s’il y a une chose que des processus comme celui de la Syrie ou le Printemps arabe qui a éclaté en 2010, ont montré, c’est que la séparation entre la lutte pour les droits démocratiques et la lutte anti-impérialiste est une impasse pour le mouvement de masse, comme nous l’avons discuté, par exemple, ici ou ici. Comment ces discussions s’appliquent-elles dans le cas de l’Ukraine envahie par la Russie ?

À en juger par les appels lancés aux généraux ukrainiens pour qu’ils évincent M. Zelensky du gouvernement et par le siège de Kiev, l’une des intentions initiales de M. Poutine était de provoquer un changement de régime en Ukraine favorable à ses intérêts. Un autre objectif, suggéré par les efforts visant à établir un corridor entre la Crimée (sous contrôle russe) et les territoires de la région du Donbass, et par l’avancée de la frontière orientale, est d’établir une zone propre le long de sa frontière avec l’Ukraine et sur la mer d’Azov. Tout cela dans le but de conditionner et de contrôler l’Ukraine en piétinant toute souveraineté du pays. Face à l’invasion russe, une politique indépendante du gouvernement pro-impérialiste de Zelensky et des forces nationalistes réactionnaires n’est pas quelque chose d’annexe ou qui viendrait « après coup », comme le suggère Izquierda Socialista lorsqu’ils parlent de « défendre le droit à l’auto-détermination du peuple ukrainien » [1]. Elle est directement liée à cette lutte contre l’invasion.

Pour sa part, le MST - et son regroupement international, le LIS - dans le cadre d’une dénonciation des tentatives d’instrumentalisation par l’OTAN de la situation ukrainienne [NdT : publiée le 10 février 2022, avant l’invasion russe], semble également suggérer cette idée d’étapes ou de semi-étapes lorsqu’il affirme que : « seul un tournant socialiste de la politique ukrainienne et mondiale donnera aux travailleurs de tous les pays les conditions préalables pour prendre en main leur propre destin. […] Mais pour le moment, les tâches les plus urgentes consistent à faire face à une éventuelle invasion de l’Ukraine par la Russie qui pourrait se transformer en une nouvelle guerre sanglante au service des intérêts impérialistes. »

La vérité est que depuis la prétendue « Révolution orange » (couleurs du parti pro-occidental Notre Ukraine), et plus encore depuis la révolte de la place Maïdan qui a éclaté fin 2013 et son développement ultérieur avec la répression brutale du gouvernement (pro-russe) Ianoukovitch et la prise de contrôle du mouvement d’opposition par les forces réactionnaires (et d’extrême droite) pro-occidentales, la fracture de la société ukrainienne se consolide. Elle s’est développée depuis la chute de l’URSS, avec une montée du nationalisme de droite, visant notamment la minorité russophone, qui représente environ 30 % de la population dans l’est et le sud du pays. Après la chute de Ianoukovitch en 2014, des groupes armés pro-russes se sont finalement emparés du parlement de Crimée à Simferopol, mais aussi des gouvernements de Donetsk et de Lougansk. La Russie annexa alors la péninsule de Crimée. Le gouvernement de Zelensky s’est depuis montré particulièrement répressif à l’égard de la minorité russophone, au point de ne pas reconnaître sa langue.

Dans ce cadre, une politique indépendante qui aborde de manière cohérente le problème national en Ukraine implique non seulement la lutte contre les secteurs pro-impérialistes mais également la défense du droit à l’autodétermination de Donetsk et Lougansk et de la population russophone. Sans cela, il ne sera pas possible de réaliser une unité du peuple travailleur ukrainien à même de vaincre l’invasion de Poutine sans se lier les mains à l’OTAN, qui imposera de nouvelles chaînes, et de lutter pour une Ukraine indépendante. Cela signifie également s’opposer à l’occupation des régions pro-russes et lutter contre la démagogie poutiniste qui prétend les « protéger ».

Pour la lutte contre l’invasion et pour une véritable autodétermination, une politique indépendante est essentielle pour surmonter les divisions des directions subordonnées à Poutine et à l’impérialisme américain et européen, qui est le balancier qui fait osciller la politique ukrainienne depuis la chute de l’URSS, et qui est fonctionnel pour les oligarchies capitalistes des deux côtés du fossé. En ce sens, comme le montre l’histoire des 100 dernières années, la lutte pour l’autodétermination nationale du peuple ukrainien est étroitement liée à la perspective d’un gouvernement de la classe ouvrière et d’une Ukraine socialiste, unie, libre et indépendante.

L’internationalisme et la lutte contre la guerre en Ukraine

Dimanche dernier, le 27 février, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Berlin pour protester contre la guerre en Ukraine. A plus petite échelle, des manifestations ont commencé dans d’autres villes d’Europe. En Russie, malgré la poigne de fer du poutinisme répressif, et les milliers de personnes emprisonnées pour avoir manifesté, la répudiation de l’invasion a également commencé à s’exprimer. Cependant, dans les mouvements anti-guerre qui commencent à émerger, la question de leur instrumentalisation par le militarisme impérialiste va devoir être posée. De fait, le jour même de la mobilisation de Berlin, le chancelier Olaf Scholz a annoncé le réarmement de l’impérialisme allemand. En particulier dans les pays européens, où les mobilisations anti-guerre sont plus nombreuses, les médias et l’establishment politique exercent une pression énorme sur quiconque ose dénoncer l’OTAN, attaqué presque automatiquement comme un partisan de Poutine. La lutte pour une politique indépendante, que nous essayons de discuter dans ces lignes, est ainsi une question centrale.

La guerre et l’armement sont revenus sur le devant de la scène mondiale. Les politiques « possibles sous le capitalisme » professées dans les discours néo-réformistes, « populistes de gauche », « post-néolibéraux » apparaissent de plus en plus limitées et de moins en moins possible. Aujourd’hui, nous devons reprendre les meilleures traditions internationalistes du mouvement socialiste, comme la gauche de la conférence de Zimmerwald qui, face à la première guerre mondiale, a élevé sa voix contre tous les impérialismes, et former un pôle contre la guerre en Ukraine qui met en avant l’unité internationale de la classe ouvrière avec une politique indépendante, pour le retrait des troupes russes, contre l’OTAN et l’armement impérialiste. Face à un système qui n’offre que plus de guerre, de misère et de destruction de la planète, il devient de plus en plus nécessaire d’activer le « frein d’urgence » pour mettre fin à la barbarie capitaliste.

Notes :

[1] Ce type d’approche peut être interprété comme l’application de la théorie de la révolution démocratique de Nahuel Moreno au problème de l’auto-détermination nationale. D’où la tendance à séparer la lutte pour certaines revendications démocratiques, en l’occurrence l’auto-détermination, des problèmes démocratiques-structurels qui, dans les semi-colonies, impliquent nécessairement une lutte conséquente contre toute oppression impérialiste. Selon Moreno, face aux « fascismes et aux régimes contre-révolutionnaires », il fallait se fixer comme objectif « une révolution dans le régime politique : détruire le fascisme pour conquérir les libertés de la démocratie bourgeoise, même si c’était dans le domaine des régimes politiques de la bourgeoisie, de l’État bourgeois » (Las revoluciones del siglo XX, Bs. As., Ediciones Antídoto, 1986). Pour une critique de ces thèses, voir : La crisis del Movimiento al Socialismo, lecciones para el presente).



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