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Racisme d’Etat

Pécresse dénomme le lycée Angela Davis au nom de la laïcité et de la « lutte contre l’obscurantisme »

Valérie Pécresse a fini par imposer le changement de nom du lycée Angela Davis à Saint Denis qui deviendra le lycée Rosa Parks. La raison ? Les dénonciations répétées de la militant des Black Panthers sur les violences policières et le racisme en France.

Yano Lesage

6 juillet 2023

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Pécresse dénomme le lycée Angela Davis au nom de la laïcité et de la « lutte contre l'obscurantisme »

Crédits photos : Révolution Permanente

Valérie Pécresse a fini par imposer le changement de nom du lycée Angela Davis à Saint Denis qui deviendra le lycée Rosa Parks. La raison ? Les dénonciations répétées de la militant des Black Panthers sur les violences policières et le racisme en France.

« Compte tenu des propos d’Angela Davis sur l’Etat français et dans le contexte actuel [des révoltes contre la mort de Nahel », Valérie Pécresse et son conseil régional tenu par la droite et l’extrême-droite a décidé de débaptiser le lycée Angela Davis de Saint-Denis, ce 5 juillet, contre l’avis de la communauté scolaire pour imposer le nom de Rosa Parks. Outre le mépris envoyé aux élèves et personnels de Seine-Saint-Denis, il s’agit bel et bien d’une nouvelle attaque réactionnaire contre le symbole qu’incarne la militante afroféministe Angela Davis, jugée pas « assez française » par la présidente de région.

Une décision autoritaire

Après plusieurs mois de bataille entre d’un côté le conseil régional d’Ile-de-France tenu par Valérie Pécresse, en alliance avec l’extrême-droite, et de l’autre, la communauté éducative du lycée d’Angela Davis et le ministre de l’Education Nationale, Pap Ndiaye, opposés au changement de nom du lycée, la présidente Les Républicains de la région Ile-de-France a décidé unilatéralement de changer le nom du lycée Angela Davis de Saint-Denis.

C’est par la voix de leurs organisations syndicales et par voie de presse que la communauté scolaire a appris, ce mercredi 5 juillet, veille des vacances scolaires, la décision du conseil régional. Pourtant, à peine quelques semaines auparavant, le conseil d’administration du lycée Angela Davis avait acté, par un vote, et conforté le maintien du nom de la militante communiste américaine comme emblème de l’établissement.

Depuis mars 2023, la présidente de région Valérie Pécresse, s’y est prise à plusieurs reprises. Interpellant y compris le ministre de l’Education Pap Ndiaye sur ses positions concernant la militante américaine. Ce dernier lui avait rappelé, dans une lettre tenant plus d’une leçon d’histoire que d’une véritable prise de position politique, les parcours militants de Rosa Parks et d’Angela Davis, dont les positions avaient toujours été subversives et radicales à l’encontre du pouvoir ségrégationniste américain.

Un racisme d’Etat qui instrumentalise la laïcité

Pour justifier le remplacement d’Angela Davis par Rosa Parks, la présidente de région invoque une série d’arguments tout droit tirés du répertoire de l’extrême-droite : « la lutte contre l’obscurantisme qui gagne du terrain », la non-compatibilité d’Angela Davis, « pas assez française » pour la République…

En vérité, ce sont les propos d’Angela Davis, et ses critiques vis-à-vis du racisme systémique en France, en particulier suite au meurtre d’Adama Traoré en 2016, qui dérangent la présidente de région. Lors d’une séance du conseil régional, celle-ci s’est ainsi offusquée : « Aux Etats-Unis peut-être, mais en France surement pas ». Ce sont aussi les positions de la militante antiraciste contre la loi de 2004 sur les signes ostentatoires religieux à l’école, loi de nature islamophobe, visant spécifiquement les élèves de confession musulmane, que Valérie Pécresse a attaqué, jugeant celles-ci contraires à la laïcité.

Face à cette critique vivante, contemporaine, incarnée du racisme endémique des institutions républicaines françaises que représente Angela Davis, Valérie Pécresse préfère proposer la figure, soi-disant plus consensuelle, de Rosa Parks, morte en 2005. De deux choses l’une : c’est d’abord oublier le rôle historique de lutte radicale de Rosa Parks dans les luttes antiségrégationnistes, sa présence active pour exiger la libération des Black Panthers prisonniers politiques et sa participation à l’école des Black Panthers. Mais c’est aussi, en abolissant l’emblème que constitue Angela Davis, le refus de toute forme contemporaine de critique vis-à-vis du racisme de l’Etat français et de ses lois discriminantes.

Au nom de la laïcité, Pécresse décide donc de « cancel » le lycée Angela Davis. Un lycée de Saint-Denis, très largement composé d’élève issus des classes populaires, et qui manque cruellement de moyens, avec ses classes chargées à 35 élèves en terminale, l’absence totale d’installation sportive pour les élèves, les fuites d’eau et l’absence répétés d’accès aux toilettes bouchées régulièrement à cause des défauts de construction du lycée. Un lycée qui accueille une majorité d’élèves issus de l’immigration et pour qui, le combat d’Angela Davis, militante communiste et antiraciste, pour l’égalité résonne particulièrement.

Cette décision révèle bien avec quel mépris la présidente de région, la droite et son alliée l’extrême-droite, traitent les élèves et les habitants des quartiers populaires. Quand elle crie à la « cancel culture » c’est toujours pour défendre l’ordre établi du racisme d’Etat et des institutions : quid des lycées Colbert (il y en a cinq en France dont un à Paris), auteur du Code Noir esclavagiste, qui sortent indemnes de cette « défense républicaine » ?!

Cette décision dénote d’un climat rance et nauséabond, un climat raciste et classiste, qui se déploie à l’ensemble de « l’arc républicain ».

Dans le contexte de la mort de Nahel et des mobilisations révoltées des jeunes des quartiers populaires, avec lequel Valérie Pécresse fait le lien, c’est un pas de plus dans la volonté de silencer les populations face au racisme des institutions.

Face à cela, et pour protester, la marche appelée par le comité Adama Traoré ce 8 juillet à Beaumont-sur-Oise doit réunir toutes les forces possibles pour dénoncer le racisme endémique des institutions républicaines, de la police à l’école.


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