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Zéro revalorisation

« Pacte enseignant » : un nouveau saut dans la casse néolibérale de l’éducation

En déplacement jeudi au collège Louise Michel de Ganges, c’est sous les huées que Macron a été reçu. Accompagné du ministre de l’Éducation Pap Ndiaye, le chef de l'Etat a annoncé un « pacte » qui vise à remplacer les profs « du jour au lendemain ». Une offensive qui, en conditionnant les augmentations de salaire à des « tâches supplémentaires », vise à imposer le management néo-libéral dans l'Éducation.

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« Macron Dégage », « Sors de nos vies » : un déplacement chaotique

Les premiers pas de Macron dans le collège Louise-Michel se sont faits dans le noir ce jeudi 20 avril. La CGT locale revendique la coupure d’électricité du collège pour des « mesures de sobriété énergétique », dans la lignée des actions de contestation qui chahutent le président depuis la promulgation de la loi de réforme des retraites, à l’image de l’accueil sous les huées qui lui a été réservé mercredi à Sélestat en Alsace.

A l’extérieur de l’établissement, un comité d’accueil déterminé a su déborder le cadre répressif qui tentait d’endiguer la contestation. Le préfet de l’Hérault avait été jusqu’à interdire les casseroles et tout « dispositif sonore portatif ».

Comme à chaque sortie, la haine que suscite le président est vive : c’est ce que montrent les comités d’accueil qui le poursuivent partout, ou encore ces banderoles suspendues aux fenêtres de Ganges jeudi dernier et qui réclamaient : « Macron dégage ! » ou bien « Sors de nos vies ». Face à cet accueil, le président du mépris de classe est resté fidèle à lui-même : « Les œufs et les casseroles, c’est pour faire la cuisine ». Une sortie finalement largement inaudible, dans le noir et le brouhaha, signes manifestes de la crise profonde que traverse le gouvernement.

« Pacte » : Macron cherche à faire entrer davantage le management néo-libéral dans l’éducation

Manches retroussées, autour d’une table ronde installée dans la cour du collège, Macron a tenté de mettre en scène un dialogue sur l’éducation avec des personnels, des élèves et des parents. Il a promis, une fois de plus, tout ce qu’il faut de « liberté et de moyens en plus » pour répondre aux « défis qui sont ceux des élèves ». Des promesses dont les travailleur‧se‧s de l’éducation ont appris à se méfier : et de fait, si Macron a parlé d’une « révolution copernicienne », son contenu est, comme de coutume, un programme profondément néo-libéral.

Alors qu’il avait promis une augmentation de 10% pour janvier 2023, Macron n’annonce finalement qu’une hausse de prime de 100 à 230 euros nets par moi, limitée aux seuls enseignant‧e‧s, reportée à la rentrée de septembre, et assortie d’une augmentation conditionnelle. Le projet du gouvernement est clair : surtout ne pas augmenter les salaires des profs, mais les faire « travailler plus pour gagner plus ».

Le volet "pacte" n’a d’abord rien du tout d’une revalorisation : conditionné à des tâches supplémentaires, il enfonce le clou d’une offensive néolibérale qui consiste à essorer plus les travailleur‧se‧s, notamment sur des tâches de remplacement au pied levé, accompagnant ainsi les destructions de poste. Le pacte prévu pour septembre sera ainsi composé de trois blocs, donnant chacun lieu à une compensation de 1250 euros : 18 ou 24 heures de remplacement au pied levé pour le premier bloc « ultra-prioritaire », 24 heures de soutien pour le second, et enfin seulement, 24 heures pour des tâches d’accompagnement variées, notamment pour les élèves handicapés, considéré donc comme le moins prioritaire… – infâme.

Ce pacte est une production du meilleur cru de ce dont est capable le néo-management public pour construire du travailleur fluide et une école toujours plus inégalitaire, avec ses enseignant‧e‧s mobilisables à la tâche et sur le champ, rémunéré‧e‧s « sur la base du volontariat », des profs « à la carte » - définitivement plus là pour garder les élèves que pour leur apprendre quoi que ce soit.

Ce pacte fait fi du fait que la charge de travail des personnels est déjà absurde, notamment du fait de l’assignation à des tâches administratives toujours plus importantes palliant le manque de moyens. Et avec ces paies au mérite, il vise explicitement à diviser toujours plus le corps enseignant et à le séparer des autres travailleur‧se‧s de l’éducation. Blanquer en rêvait, Pap Ndiaye l’a fait ! Le « travailler plus pour gagner plus » est une attaque de plus envers un secteur éreinté, désabusé et en colère.

A l’heure où les écoles ferment massivement en zone rurale et dans les quartiers populaires, où de nombreux lycées prioritaires sont menacés de fermetures, où les élèves s’entassent dans des classes surchargées, où les conditions de travail sont malmenées par les réformes successives, où la jeunesse qui se révolte est violemment réprimée sur ses lieux d’étude, le gouvernement cherche à trouver une issue à la crise que traverse le secteur de l’Éducation – dont il est l’un des responsables - par un cocktail néo-libéral cherchant à amadouer un secteur des enseignant‧e‧s qui, à défaut d’augmentations de salaires, devrait se contenter de ces miettes.

Des miettes de primes pour faire passer la pilule néo-libérale

Quant au volet socle, celui d’une augmentation prétendument inconditionnelle, il s’avère être une miette pour faire passer la pilule du « pacte ». Non seulement, l’augmentation est largement insuffisante alors même que les médias titrent sur des pronostics compris entre 23 et 25 % d’inflation sur l’alimentaire d’ici fin juin, mais celle-ci sera mis en œuvre par l’augmentation de primes existantes (ISOE et ISOA) ainsi que par le biais de la prime d’attractivité (argent qui ne fait pas l’objet de cotisations). En conséquence, cette augmentation des primes ne sera pas prise en compte pour les cotisations retraites. De plus, l’augmentation qui se voudrait inconditionnelle est loin de couvrir l’ensemble des travailleur‧se‧s de l’éducation et ne fait aucune mention aux personnels les plus précaires, AED et AESH en premier lieu.

Aussi, le montant promis est tout simplement ridicule au regard de la baisse drastique des salaires réels depuis plusieurs dizaines d’années. Selon le calcul réalisé par Lucas Chancel, chercheur à l’Ecole d’économie de Paris, si l’on prend pour référent le Smic, le salaire brut des néotitulaires en collège (hors primes) équivalait à 2,3 fois le Smic en 1980 et ne vaut plus que 1,2 fois le salaire minimum en 2021. Une chute qui montre la casse consciente du service public orchestrée par les gouvernements successifs depuis les années 80. En réalité, il faudrait près de 1 000 euros pour compenser la perte de salaire des enseignant‧e‧s depuis les années 80. Une augmentation substantielle des salaires et leur l’indexation sur l’inflation est la seule voie pour améliorer de manière effective les conditions de travail de tous les personnels de l’éducation.

Les enseignant‧e‧s ne sont pas dupes ! Macron est faible, il nous faut une autre stratégie !

Alors que, malgré le reflux du mouvement, la colère se généralise partout contre la macronie, pour l’heure, l’intersyndicale reste l’arme au pied et prépare un baroud d’honneur le 1er mai. Si on en est arrivé là, ce n’est en aucun cas la responsabilité des travailleur‧se‧s qui ont répondu à l’ensemble des appels aux douze journées de mobilisation durant trois mois. Ainsi, si les nombreuses journées de grèves n’ont pas su faire reculer Macron contre la réforme des retraites c’est bien parce qu’elles n’ont jamais été inscrites dans la perspective de la grève reconductible et sa généralisation. Mises bout à bout, ces journées auraient eu raison de la réforme !

Face à ce constat, il est aujourd’hui urgent de discuter de la stratégie, de tirer les bilans de l’orientation de l’intersyndicale, pour relancer l’offensive contre un gouvernement très affaibli, et poser la nécessité d’une autre stratégie. De ce point de vue, les directions syndicales de l’éducation ont joué ce même jeu en refusant de lier les revendications sectorielles à celles concernant l’ensemble des travailleur‧se‧s ; et en avançant dans la concertation sur le pacte durant toute la mobilisation contre la réforme des retraites au lieu de construire un véritable rapport de force par la grève.

Si Macron retrousse ses manches et s’empare autant du sujet de l’éducation, ne laissant pas un mot à son ministre atone, c’est bien que l’heure est grave pour lui et que nous pouvons le faire vaciller. Face à une inflation galopante, la question des salaires est plus brûlante que jamais, c’est une revendication incontournable pour tous les travailleur‧se‧s. Mais les personnels de l’éducation n’ont rien à attendre des promesses de revalorisations à la petite semaine d’un gouvernement qui s’efforce en vérité de précariser les personnels, de détruire nos conditions de travail et nos statuts.

Macron et son pacte cherchent à nous diviser à peu de frais, entre enseignant‧e‧s, personnels de l’éducation, et entre travailleur‧se‧s en général, nous devons réclamer des augmentations substantielles pour tou‧te‧s et l’indexation des salaires sur l’inflation ! Comme les autres travailleur‧se‧s, les travailleur‧se‧s de l’éducation sont prêt‧e‧s à rentrer en grève reconductible mais pour réclamer beaucoup ! Il faut allier dans un nœud solide la bataille des retraites et celle des salaires : départ à 60 ans, 55 pour les métiers pénibles, aucune condition d’annuité, augmentation générale des salaires et indexation de ces derniers sur le mouvement des prix ! Macron est faible, discutons dans nos établissements, allons chercher les parents de nos élèves pour discuter du monde de misère que le gouvernement nous promet à tou‧te‧s, organisons-nous en comité pour préparer la contre-offensive !


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