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A bas la prison

« Nous vivons l’enfer » : au CRA de Marseille, un mort et une répression brutale suite à une révolte

La nuit du 30 juin, les enfermés du centre de rétention administratif de Marseille se sont révoltés contre des conditions invivables. Une répression brutale s'est abattue sur les prisonniers et un incendie a provoqué la mort de l'un d'entre eux.

Raji Samuthiram

6 juillet 2023

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« Nous vivons l'enfer » : au CRA de Marseille, un mort et une répression brutale suite à une révolte

Crédits photo : Édouard Hue

La nuit du vendredi 30 juin, alors que des émeutes éclatent partout en France en réponse au meurtre raciste de Nahel par un policier, une révolte à également lieu au centre de rétention administratif de Marseille où des prisonniers dénoncent des conditions invivables. C’est dans ce contexte qu’un feu éclate vers minuit et a duré jusqu’à trois heures du matin. Alors que les prisonniers souffrent de la fumée qui monte, une répression brutale a immédiatement été mise en place, et dans les jours qui ont suivi. Un homme, père de deux jeunes enfants, est tombé dans le coma à la suite d’une asphyxie et a trouvé la mort deux jours plus tard.

La police et les CRS sont intervenus vers 1 heure 30, entamant une répression violente alors que le feu était toujours en cours selon le témoignage d’un des prisonniers auprès de Marseille Anti-CRA : « Quand les casques bleus sont arrivés ça nous a mis des claques, à genoux ». Selon ce dernier, les policiers s’en prennent particulièrement à certains individus et donnent des coups violents, y compris à quelqu’un qui n’aurait pas participé à la révolte. « Lui qui est avec moi, ils l’ont plaqué…le visage contre la vitre, ils lui ont mis un coup de coude. Ils sont rentrés directement, ils sont allés vers lui alors que c’est un de ceux qui n’a rien fait ».

Toujours selon le même témoin, alors que le feu bat son plein, certains commencent à faire des malaises à cause de la fumée. Plusieurs personnes blessées seront amenées en urgence à l’hôpital. Plus tard, l’un d’entre eux meurt à l’hôpital. En apprenant sa mort le lendemain, son ami a fait une tentative de suicide et a été ensuite mis au cachot. Mardi, un autre détenu tente également de se suicider. « Tout le monde ne se sent pas bien » témoigne un autre prisonnier auprès de l’anti-CRA. « Y a des gens qui font des tentatives de suicide ici, ce n’est pas le premier… Tout le monde veut se suicider plutôt que d’aller en prison ».

La répression envers les autres prisonniers se poursuit. Après l’incendie, les prisonniers sont dirigés vers un bloc désaffecté, sans aucun traitement médical, ni lit, ni eau. Certains n’ont même pas pu récupérer leurs papiers d’identité. Malgré leurs blessures, ils n’ont pu voir aucun médecin jusqu’au dimanche. Aujourd’hui, ceux qui subissent la répression continuent de dénoncer les conditions invivables.

Nous relayons plusieurs de leurs témoignages du 3 juillet, envoyés au juge de la liberté et relayés par Marseille anti-CRA : « Ici, dans ce centre de rétention où nous sommes, nous vivons l’enfer quotidiennement. Nous vivons comme des animaux, sans eau, ni soins ». « Nous tenons à vous informer de l’état d’urgence de notre situation. Nous n’avons plus d’eau, plus de coussins, plus de couverts, plus de climatisations, plus de matelas ». Des conditions effrayantes qui montrent le vrai visage d’une xénophobie d’État qui laisse mourir des immigrés tous les jours, que ce soit dans la Méditerranée, le canal du Mozambique, ou dans les centres de rétention sur le territoire.

Alors que les forces de répression continuent de tuer, avec la mort de Nahel et plus récemment d’un jeune à Marseille probablement mort d’un tir de flash-ball, il est urgent d’exiger la justice et la vérité pour toutes les victimes de violences policières, et contre toutes les lois racistes et anti-immigration. Cela ne pourra s’obtenir qu’en s’organisant en indépendance d’un État qui déploie un immense arsenal policier et juridique pour terroriser les jeunes révoltés des quartiers ainsi que les immigrés dans les centres de rétention. Un lien d’autant plus urgent à construire, puisque certains condamnés suite à ces révoltes ont reçu des ordres de quitter le territoire français et des interdictions de retour sur le territoire.


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