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Politique

Conflans. Après l'horreur, refusons l'instrumentalisation !

Marwan Muhammad du CCIF : « Le ciblage des associations c’est littéralement une chasse aux musulmans »

Nous publions ci-dessous l'intervention de Marwan Muhammad du CCIF lors du meeting en ligne "Conflans. Après l'horreur, refusons l'instrumentalisation !" animé par Anasse Kazib ce jeudi.

samedi 24 octobre

Crédits photo : AFP/JOEL SAGET

"Aujourd’hui [le ciblage des associations] c’est littéralement une chasse aux musulmans et musulmanes"

On est partagés entre la sidération, la douleur, le deuil et en même temps on est rappelés à l’ordre de manière brutale par la réalité, par la mocheté politique dans laquelle notre pays est en train de sombrer depuis des années. C’est ça qui crée les possibilités pour qu’au lieu qu’on soit dans des moments de rassemblements, il y en a qui jubilent parce qu’ils ont trouvé des cibles, des bouc-émissaires. Ils se servent de ce crime pour aller chercher vengeance contre toutes les cibles politiques qu’ils ont dans des listing : la gauche, les mouvements populaires, les gens des quartiers populaires, les gens qui dénoncent les formes de racisme en France et parmi eux, les gens de confession musulmane. Il nous faut des cibles, il nous faut des gens à désigner du doigt, il faut qu’on aille faire des rafles, il faut qu’on aille défoncer des portes, il faut qu’on aille trouver des coupables, il faut qu’on humilie des gens dans la rue, il faut qu’on traîne des imam par le col devant leurs parents, devant leurs enfants, devant leur épouse, devant leurs frères et sœurs, devant leur famille. Il faut qu’on donne à voir le spectacle de l’humiliation de ceux qu’on a désigner pour cible. Là, on voit la fonction opérationnelle et politique des perquisitions.

D’autant plus lorsque le ministre de l’Intérieur dit il y a quelques jours qu’en fait, ces perquisitions elles ne sont pas là pour servir un but d’investigation, elles ne sont pas là pour servir un but de lutte contre la criminalité mais elles sont là pour envoyer un message. Le fait d’utiliser les moyens de l’Etat à des fins qui ne sont plus des fins de services publics ou de mise en sécurité mais à des fins politiques, coercitives ou d’intimidation, ça c’est la définition même de l’ordre arbitraire. Aujourd’hui [le ciblage des associations] c’est littéralement une chasse aux musulmans et musulmanes. Là on parle de deux associations [BarakaCity et le CCIF] dont l’une est une association humanitaire, dont le cœur est de distribuer des repas et de creuser des puits. Tu peux avoir 25000 désaccords politiques, idéologiques, théologiques, stratégiques avec les gens qui animent ces structures mais ça reste une structure humanitaire.

C’est normal que dans le cadre politique, des racistes prennent pour cible des associations anti-racistes donc structurellement, ça ça doit choquer personne. Maintenant le travail du CCIF il se fait uniquement grâce aux dons et aux adhésions des gens qui considèrent et qui voient que le CCIF fait du bon travail. Et notre travail au CCIF c’est d’avoir des juristes qui sont là pour assister les victimes de discriminations et de violence à caractère racial et islamophobe.

J’aimerais dire deux choses à mes camarades de gauches, responsables syndicaux, militants associatifs ou politiques, quand vous vous faites traiter depuis 2 jours d’islamo-gauchiste vous avez un infime aperçu de ce que les musulmans vivent à échelle fois mille le reste de l’année et depuis des années. Le simple fait de dénoncer une forme d’unanimité de la part des élites face à la stigmatisation des musulmans, ça nous place dans une catégorie défiante des élites.

L’islamophobie est une problématique de racisme mais il faut aussi comprendre que cette forme de racisme, comme la négrophobie ou encore le racisme anti-Rrom, a des manifestations sociales et violentes, a des moyens de lutte juridiques et communicationnels mais elle a aussi et avant tout des ressorts qui sont politiques parce que aujourd’hui, stigmatiser les noirs, stigmatiser les arabes, stigmatiser les rroms, les musulmans et les quartiers populaires ça permet d’envoyer des signaux à l’extrême droite et ça c’est un moyen de conquête politique.

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"Les femmes représentent entre 75 et 80% des personnes ciblées par les violences et discriminations islamophobes

Entre 2013 et 2020, on passe de 150/200 actes islamophobes par an à 800/900 actes par an aujourd’hui. On fait fois 6. Les femmes représentent l’écrasante majorité des personnes visées, elles représentent entre 75 et 80% des personnes ciblées par les violences et les discriminations islamophobes. Elle représentent 90% des agressions violentes. Les femmes musulmanes ou perçues comme musulmanes sont les principales cibles des racistes qui subissent principalement des refus d’accès, refus d’inscription, des agressions physiques dans la rue ayant pour but de les dévoiler lorsqu’elles portent le hijab, des crachats, des bousculades voire des agressions lourdes avec des coups...

Les femmes qui portent le hijab et les femmes qui ne le portent pas vont subir autant de discriminations. Les femmes voilées vont majoritairement être privées d’accès au travail, au logement, à la formation et les femmes qui ne portent pas le hijab mais qui sont perçues et considérées comme musulmane vont être victimes de discriminations majoritairement concernant l’accès à la promotion au travail, dans leur évaluation par rapport aux autres et dans les remarques qu’on leur fait dans le cadre du travail on va se permettre un traitement particulier à leur égard parce qu’on les sait ou les suppose musulmanes.

Le foulard est un marqueur très identifiable de l’appartenance musulmane mais le fait de ne pas le porter ne protège pas les femmes des actes islamophobes pour autant, comme c’est le cas des actes sexistes de manière générale.




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