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« Une classe qui se tient sage »

Mantes-la-Jolie : cinq ans après, les quartiers populaires toujours plus soumis à l’arbitraire policier

Il y cinq ans, le Mercredi 6 décembre, 151 lycéens issus des quartiers populaires sont restés agenouillés pendant des heures, filmés et humiliés par des policiers. Des images-choc, qui révélaient la volonté de discipliner la jeunesse des quartiers populaires. Depuis, le gouvernement n’a fait qu’aller plus loin dans la mise au pas des jeunes et des quartiers populaires.

Léo Stella

8 décembre 2023

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Mantes-la-Jolie : cinq ans après, les quartiers populaires toujours plus soumis à l'arbitraire policier

Crédit photo : OBSERVATOIRE DES VIOLENCES POLICIÈRES.

« Voilà une classe qui se tient sage ». C’est cette phrase, lancée par le policier qui filmait la scène, qui incarne l’humiliation des lycéens de Mantes-la-Jolie, ville la plus pauvre des Yvelines, le 6 décembre 2018.

A cette époque, la jeunesse entrait dans la mobilisation contre la réforme du Bac et contre Parcoursup, fraternisant en partie avec le mouvement des gilets jaunes et les enseignant-e-s en grève contre la contre-réforme de Jean-Michel Blanquer. L’épisode de Mantes-la-Jolie est ainsi rentré dans l’imaginaire commun comme l’exemple de la répression qu’a opéré le gouvernement durant les gilets jaunes, mais surtout comme l’expression du traitement que la police française réserve aux jeunes issus des quartiers populaires.

Sur la vidéo du policier, on voit des élèves parqués (le plus jeune étant âgé de douze ans) « comme des prisonniers de guerre » face au mur, à genoux, mains sur la nuque ou même « ligotées avec des rilsans ». Tenus en respect pendant près de 3 heures par des flics injurieux et armés de flash-balls, les images montrent principalement les jeunes racisés des quartiers populaires dont une grande partie a été ensuite interpellée et mise en garde à vue.

Mais là où on touche à l’horreur, c’est quand on entend les témoignages des lycéens eux-mêmes. Ils racontent comment ils ont été mis à même le sol dans la boue, à genoux sur des cailloux pendant plusieurs heures. Si l’un bougeait, on le menaçait avec un flash-ball et on lui remettait la tête dans la boue. L’un d’entre eux s’est fait déchirer sa convention de stage, le policier lui disant en ricanant qu’il n’en aurait plus besoin. Certains flics se sont amusés à faire des selfies tout en insultant les élèves et en leur disant, « vous êtes de la merde ». Pendant ce temps-là, des drones tournaient au-dessus de leurs têtes. Une scène d’une violence inouïe qui par la même occasion rappelle le racisme d’Etat de la police française.
Cinq ans après cet épisode et quelques mois après les révoltes qui ont suivi la mort de Nahel, tué par un policier, l’État continue son saut répressif envers les quartiers populaires et la jeunesse qui relève la tête contre les violences policières et le racisme d’État. Cette répression, à la fois policière et judiciaire, s’est montrée d’une énorme brutalité. Elle a causé la mort de deux personnes et un grand nombre de victimes de violences policières à l’image de Hedi, et elle s’est poursuivie au niveau juridique avec une justice d’exception établissant un taux de condamnation de près de 95% pour plus de 2 000 condamnés.

Depuis, le gouvernement continue son offensive islamophobe et sécuritaire, qui s’accompagne d’un renforcement de la mise au pas de la jeunesse. Mis en place à partir de 2019, le SNU est appelé à se généraliser pour devenir obligatoire. Une résurgence du service militaire qui cible avant tout les jeunes des quartiers populaires, que le gouvernement veut aussi enfermer à l’école, en proposant de réduire les vacances scolaires pour élèves « en difficultés » et de contraindre ceux des établissement REP et REP+ à rester au collège de 8h à 18h. Fin octobre, Borne a ainsi fait une série d’annonces dans le sens d’un nouveau renforcement répressif dans les quartiers populaires.

A l’heure actuelle, le manque de perspectives portées par les organisations du mouvement ouvrier ne peut qu’alimenter un repli dangereux, dans une séquence réactionnaire marquée par la défaite lors de la bataille des retraites, l’offensive de la loi immigration, le durcissement sécuritaire du régime et le renforcement des groupuscules d’extrême droite. Une surenchère à droite qui touche en premier lieu les quartiers populaires et les personnes racisées, ce dont témoigne la multiplication des agressions racistes et la tentative de ratonnade de Romans-sur-Isère. Dans ce contexte, les directions du mouvement ouvrier ont un rôle central à jouer dans la lutte contre la répression et les violences policières, et pour lier les différentes batailles, contre les nouvelles attaques anti-sociales qui se profilent, contre la loi immigration, mais aussi contre l’extrême-droite et l’ensemble des mesures sécuritaires et racistes du gouvernement, qui donnent carte blanche à la police et des ailes à l’extrême-droite.


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