×

Education Nationale

Lycée Monod : examens bloqués et débuts de coordination contre la réforme des lycées pro

Depuis une semaine, le blocage des examens se poursuit au lycée Théodore Monod de Noisy-le-Sec, contre la réforme du lycée professionnel. Enseignants et lycéens restent déterminés et appellent à les soutenir et se coordonner.

Hélène Angelou

19 mai 2023

Facebook Twitter
Lycée Monod : examens bloqués et débuts de coordination contre la réforme des lycées pro

Crédits photo : Révolution Permanente

Depuis jeudi dernier, les professeurs du lycée Théodore Monod à Noisy-le-Sec se mobilisent sur leur établissement. Les examens de la voie professionnelle, les CCF (contrôles en cours de formation) n’ont ainsi pas pu se tenir. Cette mobilisation est la première réponse face à la réforme brutale annoncée par Macron et son gouvernement qui entend faire du lycée professionnel un vivier de main-d’œuvre sous-payée, au service des intérêts du patronat.

Théodore Monod à la pointe de la lutte contre la casse du lycée pro

Les enseignants mobilisés de Monod dénoncent la casse des lycées professionnels et la violence de la réforme vis à vis des enseignants comme des élèves.

« Il faut que les gens prennent conscience de cette réforme, au-delà des effets d’annonce qui sur le papier pourraient sembler bien quand on ne connaît pas le lycée pro », explique une enseignante de lettres-histoire.

« L’État met un milliard sur la table, mais ces 1 milliard vont aller dans la poche des entreprises au final, qui auront une main-d’œuvre gratuite. On nous dit que sinon les entreprises n’accepteraient pas d’élèves stagiaires, mais c’est parce que nos élèves sont jeunes pour arriver dans le monde de l’entreprise, sont jeunes pour connaître les codes de l’entreprise : leur place est à l’école ! La réforme du lycée pro va aussi mettre en place un dispositif où les enseignants des lycées pro vont intervenir dans les collèges dès la 5e pour faire la promotion du monde de l’entreprise. Or, le but de l’école c’est de donner aux élèves un bagage intellectuel, l’objectif n’est pas d’en faire une main-d’œuvre bon marché pour les entreprises. On sait que le système scolaire est profondément inégalitaire et cette réforme creuse encore plus les inégalités : on va avoir une classe d’âge qui ne pourra pas bénéficier d’enseignements émancipateurs. C’est un choix de société, et nous on refuse cette société ! », dénonce-t-elle.

La réforme du lycée professionnel pousse en effet jusqu’au bout la logique néolibérale, en ouvrant grand les portes du lycée aux intérêts du patronat et en flexibilisant le travail des professeurs. Avec la fermeture de certaines filières soi-disant « peu insérantes », c’est toute une partie des enseignants qui sera en effet obligée de se reconvertir et d’accepter des missions « supplémentaires ».

« Les lycées professionnels c’est un laboratoire », pointe à ce titre une enseignante. « Le gouvernement s’en prend d’abord aux quartiers populaires et aux plus précaires, avant d’élargir ces attaques au reste de l’éducation ».

Pour soutenir RP, faites un don !

Une mobilisation qui veut faire tâche d’huile

Depuis jeudi dernier, un blocage des examens a lieu. Plus des deux tiers du personnel est engagé dans la mobilisation, et la renouvellent quotidiennement à chaque assemblée générale. Ils cherchent également à s’appuyer sur les parents d’élèves, invités aux AG, dont certains commencent à s’emparer de la lutte, tout comme les élèves.

Si l’établissement reste encore relativement isolé, principalement parce que la réforme reste peu comprise et devant l’absence d’un plan de bataille, les personnels mobilisés entendent coordonner les établissements et cherchent à faire de Monod un bastion de la lutte contre la réforme du lycée pro. « On appelle l’ensemble des collègues de lycée pro et plus largement à rentrer dans le mouvement et empêcher la tenue des examens pour imposer un rapport de force contre ces réformes », revendiquait un enseignant mobilisé.

Depuis, plusieurs établissements ont annoncé vouloir suivre Monod, à l’image des lycées Moulin du Blanc-Mesnil, Rimbaud de La Courneuve, Paul Robert aux Lilas ou encore Arcisse de Caumont à Bayeux (Calvados) dont les professeurs bloquaient les examens ce mardi.

« Le gouvernement est un gouvernement radicalisé, qui n’a rien à perdre. On est à un stade où si on veut être entendu, et si on veut que le gouvernement cesse, il n’y a que le blocage qui fonctionnera. La réforme des retraites a été un laboratoire pour nous comme pour eux. On sait qu’il faut des mouvements plus grands plus forts, car on a encore quatre ans à tenir », soulignait une professeure dans nos colonnes.

A ce titre, il s’agit pour eux de faire de Monod un point d’appui pour construire un plan de bataille à la hauteur de l’attaque. Soyons nombreux à les soutenir, lundi 22 et mardi 23 mai prochains !


Facebook Twitter
Grève : l'usine Bosch de Mondeville à l'arrêt contre la menace de suppression d'emplois

Grève : l’usine Bosch de Mondeville à l’arrêt contre la menace de suppression d’emplois

Reconductible à Paul Eluard : la mobilisation se construit contre la casse de l'éducation

Reconductible à Paul Eluard : la mobilisation se construit contre la casse de l’éducation

« C'est du jamais-vu » : Grève massive des conducteurs de bus de Lacroix pour les salaires

« C’est du jamais-vu » : Grève massive des conducteurs de bus de Lacroix pour les salaires

Pas de rentrée dans le 93 : grève reconductible et AG pour dénoncer la casse de l'éducation

Pas de rentrée dans le 93 : grève reconductible et AG pour dénoncer la casse de l’éducation

Pourquoi les grèves catégorielles se multiplient-elles à la SNCF ?

Pourquoi les grèves catégorielles se multiplient-elles à la SNCF ?


Un dirigeant de la CGT convoqué à la gendarmerie pour un collage d'affiches sur une poubelle

Un dirigeant de la CGT convoqué à la gendarmerie pour un collage d’affiches sur une poubelle

Fin de la vidéosurveillance des travailleurs : une première victoire pour les employés des librairies Boulinier

Fin de la vidéosurveillance des travailleurs : une première victoire pour les employés des librairies Boulinier

InVivo : « L'homme le plus puissant de l'agriculture française » n'aime pas les syndicats

InVivo : « L’homme le plus puissant de l’agriculture française » n’aime pas les syndicats