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Politique

Interview

Les Mutilé.e.s pour l’Exemple vent debout contre les violences policières, qui « ne datent pas d’hier »

Depuis près d'un an et demi, le collectif « Les Mutilé.e.s pour l'Exemple », réunissant 26 blessés du mouvement des Gilets Jaunes mais pas seulement, se mobilise contre les violences policières. Conscients que celles-ci existent depuis longtemps dans les quartiers populaires, bien avant la répression des manifestants, ils organisent '3 jours pour ne plus fermer les yeux' ce week-end à Amiens.

mercredi 14 octobre

Eborgnée par un tir de LBD le 15 décembre 2018, Vanessa Langard n’a pas cessé de se mobiliser depuis, malgré les séquelles importantes qui lui rappellent au quotidien le traumatisme subi. Issue des quartiers populaires du 94, elle n’a de cesse de répéter, notamment dans les débats autour du film de David Dufresne auquel elle a participé, que les violences policières ne concernent pas que les Gilets Jaunes, loin de là : « Les gilets jaunes on en parle beaucoup, mais les banlieues on n’en parle pas beaucoup. Le problème c’est que depuis des années il y a des violences policières partout, mais on catégorise ça pour faire comme si c’était normal. Quand c’est en cité on va dire que c’est des vendeurs de shit donc c’est normal qu’on leur tire dessus, quand c’est des fans de foot on va dire qu’ils sont un peu excités avec la police donc on leur tire dessus, quand c’est des ZAD c’est des hippies un peu fous donc c’est normal qu’on leur tire dessus... et ça passe toujours parce qu’on a été mis dans des catégories que les gens aiment plus ou moins. Avec les gilets jaunes ça a permis de montrer réellement les violences policières parce qu’il y a eu beaucoup de vidéos, beaucoup de preuves, mais on oublie aussi tous les blessés d’avant, on oublie tous les morts qu’il y a eu avant ».

Antoine Boudinet, qui a eu la main arrachée par une grenade le 8 décembre 2018 à Bordeaux, dresse un constat semblable : « Les violences policières ne datent pas du mouvement des Gilets Jaunes. Elles avaient lieu bien avant dans les quartiers... et c’est triste à dire mais il a fallut qu’on tape sur les blancs pour qu’on s’en empare. Les violences policières ont été mises sur le devant de la scène, on ne parle plus d’actes isolés mais de violence d’Etat, de violence systémique, ce qui est une grande avancée. Mais sur les plateaux télés on entend que la France est un exemple pour le maintien de l’ordre... en réalité c’est un exemple pour la répression ».

Intermittent du spectacle, Alexandre Frey a lui aussi été éborgné par un tir de LBD, le 8 décembre 2018 à Paris, ce qui lui a valu comme pour les autres blessés un traumatisme important, en plus des difficultés financières liées à la perte d’emploi, aux frais médicaux colossaux, ainsi qu’aux frais de justice pour tenter de faire incriminer les policiers responsables. C’est pour faire face à ces frais que les Mutilé.e.s pour l’Exemple organisent la solidarité financière à travers une cagnotte en ligne sur HelloAsso. « Il faut vraiment commencer à agir, et se dire que demain c’est peut-être nos enfants qui se feront tirer dessus », implore Alexandre. Parmi leurs revendications, l’interdiction des flashballs et des grenades, véritables armes de guerre. Mais avant tout, ils cherchent à faire prendre conscience au plus grand nombre de la nécessité de se mobiliser face aux violences d’Etat ; un combat auquel nous ne pouvons que nous rallier.

Ce week-end à Amiens : 3 jours pour ne plus fermer les yeux. Au programme : films, débats, ateliers, et une marche dimanche à 15h.




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