^

International

Régularisation de tous les sans-papiers

La France expulse une famille vers l’Ukraine en pleine guerre

Alors que l’aéroport de Vinnytsia en Ukraine vient d’être détruit ce weekend par des frappes aériennes russes, la cour d’appel de Bordeaux vient de confirmer l’expulsion d’une famille ukrainienne, vivant près de Toulouse depuis 2015, en Ukraine. Un scandale qui souligne la politique honteuse en termes d’immigration de l’État français.

jeudi 10 mars

Ce n’est pas le Gorafi, mais la nouvelle semble tellement déconnectée de la réalité qu’on croit rêver. Vlodimir* (nom d’emprunt donné par Le Canard Enchaîné) et sa femme vivent en France depuis sept ans, avec leur deux enfants, dont l’un est handicapé. Le 28 janvier, c’est-à-dire quatre jours après le début de la guerre déclarée par la Russie en Ukraine, la cour d’appel de Bordeaux vient confirmer leur expulsion dans leur pays d’origine.

Cette décision révélée par Le Canard Enchaîné a infirmé un premier jugement du tribunal administratif de Toulouse qui avait retiré une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) prononcée en août 2021 par le préfet de Haute-Garonne. Le père de famille, âgé de 36 ans, avait fait une demande d’asile qui avait définitivement été rejetée en 2018 justifié par la cour d’appel de Bordeaux quelques jours avant le début de la guerre : “ne produit aucun élément probant de nature à établir la réalité des risques”.

De quoi rire jaune, ou pleurer. Vlodimir* avait quitté sa terre natale du Dombass, aujourd’hui en proie aux frappes russes, mais où l’escalade militaire n’a cessé depuis 2014 lorsqu’il a décidé de partir. Selon Le Canard, les deux conjoints, étant sourds, ils n’avaient pas la possibilité d’entendre les sirènes en cas de frappes aériennes, ne pouvant se sauver que grâce aux voisins qui venaient les prévenir.

D’après l’arrêt rendu le 28 février, la cour administrative d’appel de Bordeaux explique de plus que la santé du jeune enfant pourra être prise en charge là-bas “sans risque”, et que “vu leur jeune âge”, les petits pourront y suivre une “scolarité normale”. Julien Brel, l’avocat de la famille, est décontenancé : “Mais ils arrivent quand même à écrire le 28 février, qu’un ukrainien peut rentrer sans risque dans son pays”.

À l’heure où des millions d’Ukrainiens cherchent à fuir leur terre face à l’escalade militaire, cette décision vient souligner la honteuse politique en matière d’immigration de l’État français. Selon les chiffres du ministère de l’intérieur, entre janvier et juillet 2021, la justice a ordonné 7731 OQTF. À Bordeaux, la préfecture sous Fabienne Buccio s’est illustrée par ses nombreuses expulsions de personnes et familles sans-papiers.

Alors que cette escalade militaire en Europe de Poutine mais dont l’OTAN a aussi sa responsabilité crée un véritable drame humanitaire pour les populations ukrainiennes et russes, il est vital de porter une position intransigeante sur l’accueil inconditionnel des réfugiés, l’ouverture des frontières, et de régulariser tous les sans-papiers.

Dans une présidentielle saturée par des débats réactionnaires et une extrême droite de plus en plus décomplexée, le gouvernement Macron, aligné sur l’OTAN, cherche à se placer comme le défenseur des droits de l’homme. Mais cette hypocrisie s’écaille vite quand on se voit ce type de scandales, qui met en lumière la réalité raciste et réactionnaire de leur politique en termes d’immigration.



Mots-clés

Guerre en Ukraine   /    expulsion   /    Ukraine   /    Réfugiés   /    Immigration   /    Sans-papiers   /    International