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Javier Milei en Israël : entre alignement sur les Etats-Unis et soutien à un génocide

Le président argentin Javier Milei a entamé, ce mardi 6 février, sa première visite officielle en Israël en annonçant le transfert de l'ambassade d'Argentine à Jérusalem.

Claudia Cinatti

7 février

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Javier Milei en Israël : entre alignement sur les Etats-Unis et soutien à un génocide

Crédit photo : compte X de Javier Milei

Alors qu’en Argentine le gouvernement, avec la complicité des gouverneurs et des députés collaborationnistes des partis d’opposition inféodés au patronat, cherche à faire approuver l’ajustement brutal en cours et subit un premier revers, en ne parvenant pas à faire avancer la loi Omnibus à la Chambre des députés, et tandis que les forces de sécurité se préparent à une nouvelle journée de répression, le président Javier Milei a entamé ce mardi sa première visite officielle dans l’État d’Israël, où il séjournera pendant trois jours.

Les images qui commencent à circuler dans les médias le montrent ému aux larmes, priant devant le mur des lamentations. Mais le voyage du président ne se résume évidemment pas à sa dimension mystico-messianique, qui fait écho à sa rhétorique religieuse (les « forces du ciel », l’accomplissement d’une « mission divine », …).

Dans une démonstration digne de la fin des années 1990, Milei a adopté comme politique étrangère l’alignement automatique sur les Etats-Unis - une réédition sénile des « relations charnelles » de Menem (président de la République d’Argentine entre 1989 et 1999, NdT) lorsque le « Consensus de Washington » était à son apogée. Ce combo est complété par une alliance inconditionnelle avec l’État d’Israël, dont le premier article de foi est la promesse de transférer l’ambassade argentine de Tel-Aviv à Jérusalem, ce qui équivaut à légitimer l’occupation israélienne et à approuver les politiques d’expulsion du peuple palestinien. En cela, Milei suit la recette d’autres représentants de l’extrême droite, dont Donald Trump et Jair Bolsonaro.

En quatre mois de guerre à Gaza, les forces israéliennes ont tué au moins 27 585 Palestiniens, dont 11 500 enfants et 8 000 femmes. En outre, il y a 67 000 blessés et 8 000 disparus. La destruction des infrastructures civiles est presque totale : il ne reste plus d’hôpitaux, d’abris, d’écoles ou de maisons. Près de deux millions de personnes ont été déplacées de force. Comme l’a dénoncé le député du FIT-U, Christian Castillo, dans son discours au congrès argentin, dans le contexte de ce massacre et au vu de l’arrêt provisoire de la Cour internationale de justice (CIJ) qui a considéré comme « plausible » qu’Israël commette des actes de génocide contre le peuple palestinien, cet alignement inconditionnel de Milei sur le gouvernement de Netanyahou, de plus en plus isolé sur la scène internationale et remis en cause sur le plan de la politique intérieure, est encore plus déshonorant.

Mais au-delà de cet impact symbolique, Milei demeure un simple petit serviteur de l’« Occident » qui n’influence même pas les décisions politiques des autres pays latino-américains - dont le Brésil, le Mexique et la Colombie - qui, dans leur grande majorité, ont décidé de voter contre l’Etat d’Israël dans des organisations telles que les Nations Unies. L’impérialisme américain, principal allié et soutien financier et militaire de l’État d’Israël, est complice du génocide perpétré par Netanyahou : il lui a donné un permis de tuer au nom d’un prétendu « droit à la défense », a opposé son veto aux résolutions de l’ONU qui proposaient timidement un cessez-le-feu, même temporaire, pour permettre l’entrée de l’aide humanitaire, et, faisant écho à une plainte du gouvernement israélien, a coupé le financement de l’agence des Nations unies pour les réfugiés (UNRWA), dont dépend en grande partie la survie de la population palestinienne.

Le président américain Joe Biden est resté fidèle au gouvernement Netanyahou et à ses partenaires de l’extrême droite - les partis religieux et les colons -, bien que ses politiques pro-israéliennes lui fassent perdre son soutien électoral. De quoi démontrer la nature stratégique de l’alliance. Dans le même temps, la politique de Joe Biden consiste à tenter de désamorcer le conflit, avec la coopération de l’Arabie saoudite et d’autres alliés dans le monde arabe, afin d’empêcher une guerre régionale de se développer, ce qui conduirait à nouveau les États-Unis à s’impliquer directement avec des troupes au Moyen-Orient.

Cette tentative diplomatique, qui inclut, de manière démagogique, de remettre la « solution à deux États » à l’ordre du jour, s’est avérée infructueuse jusqu’à présent. Le gouvernement Netanyahou, qui œuvre explicitement pour le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, réaffirme non seulement son objectif militaire d’« extermination du Hamas », mais expose sans le dissimuler que son plan n’est même pas un régime d’apartheid, mais une « solution finale » : l’expulsion des Palestiniens non seulement de Gaza, mais aussi de la Cisjordanie.

La situation devient de plus en plus complexe et il est de plus en plus probable que les États-Unis (et certains alliés comme le Royaume-Uni) soient entraînés dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, cette fois contre l’Iran. Aux bombardements au Yémen contre les Houthis, qui attaquent des navires commerciaux dans la mer Rouge, se sont ajoutées des attaques contre quelque 85 cibles des milices alliées à l’Iran en Irak et en Syrie, après que trois soldats américains aient été tués dans une base en Jordanie.

La perte de leadership de l’impérialisme américain aggrave la polarisation politique au sein des États-Unis, qui a été ravivée par la saison électorale. M. Biden subit la pression interne de l’opposition républicaine-trumpiste de plus en plus radicalisée, qui oscille entre bellicisme et isolationnisme, entre ne pas se montrer faible et ne pas aller trop loin en ouvrant de nouveaux fronts.

Le massacre de Gaza par l’État israélien et la complicité des gouvernements occidentaux ont conduit à l’émergence d’un puissant mouvement de solidarité internationale avec le peuple palestinien qui, malgré la répression et les accusations d’antisémitisme pour avoir dénoncé les crimes de l’État sioniste, s’est mobilisé massivement en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux États-Unis et ailleurs.

Objectivement, la décision provisoire de la CIJ a donné raison sur le principal moteur de ce mouvement anti-guerre : mettre fin au génocide ouvert commis par l’État d’Israël à Gaza. Bien que la juridiction internationale ait rendu un verdict provisoire - c’est-à-dire qu’elle ne s’est pas prononcée sur le fond de l’accusation de génocide portée par l’Afrique du Sud contre l’État d’Israël - elle a retenu comme « plausible » la plainte affirmant que les forces israéliennes commettent des actes de génocide à l’encontre du peuple palestinien. Parmi les éléments de preuve retenus par la CIJ figurent évidemment les plus de 25 000 morts. Mais la cour a également considéré le principe d’intentionnalité plausible (de même que l’exécution, autre élément clé du crime de génocide) en prenant en compte les déclarations de plusieurs responsables du gouvernement Netanyahu, dont l’actuel ministre des affaires étrangères, Israël Katz, qui, lorsqu’il était ministre des infrastructures au début de la guerre, a ordonné que la bande de Gaza soit privée d’eau et d’électricité (« jusqu’à ce qu’elle disparaisse du monde », a-t-il déclaré). Katz était d’ailleurs chargé d’accueillir Milei à l’aéroport, auquel il a réservé un accueil chaleureux et même dédié un « viva la libertad, carajo » (slogan de campagne de Milei, NdT).

Pour en revenir à l’arrêt, il est relativement contradictoire car si la CIJ a ordonné à Israël de prendre des mesures pour mettre fin à ces actes génocidaires, elle n’a pas exigé de cessez-le-feu. De plus, cet arrêt est essentiellement symbolique, car bien qu’il soit contraignant, il n’existe pas de recours pour imposer sa mise en œuvre effective. Toutefois, comme l’affirme Raz Segal, spécialiste renommé de l’Holocauste et des génocides, la décision de la CIJ a signifié la fin de l’impunité dont jouissait Israël, qui a historiquement couvert ses crimes en invoquant le « droit à la légitime défense », à commencer par la « Nakba » de 1948, c’est-à-dire le nettoyage ethnique du peuple palestinien. Bref, le « génocide progressif », catégorie par laquelle l’historien Ilan Pappé a défini la politique coloniale sioniste, est devenu un génocide à part entière. Et le gouvernement d’extrême droite de Javier Milei, avec les États-Unis et une poignée de fidèles, en est le complice.


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Claudia Cinatti

Dirigeante du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) d’Argentine, membre du comité de rédaction de la revue Estrategia internacional, écrit également pour les rubriques internationales de La Izquierda Diario et Ideas de Izquierda.

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