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Éducation

Groupes de niveaux : Belloubet lâche du lest pour mieux passer sa réforme

Confrontée à une forte opposition à la réforme du « choc des savoirs », la ministre a finalement ouvert la possibilité aux chefs d’établissement de maintenir des classes entières. En lâchant du lest, Belloubet cherche à désamorcer la mobilisation, tout en maintenant le fond de sa réforme.

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Groupes de niveaux : Belloubet lâche du lest pour mieux passer sa réforme

Crédits photo : Guillaume Paumier, Creative Commons

Ce jeudi, la ministre de l’Education nationale rencontrait les directions syndicales pour aborder la réforme « choc des savoirs », et sa mesure-phare, la mise en place de groupes de niveau en français et mathématiques au collège. Evoquant désormais des « groupes de besoins », Belloubet ouvre la porte à des aménagements, permettant aux chefs d’établissement, sous contrôle de l’inspection générale, de « préserver des temps d’enseignement en classe entière en français et en mathématiques » et ce « à titre dérogatoire et pour des périodes limitées ». Si la ministre ouvre à des arrangements sur la forme, elle ne prétend pas revenir sur le fond, réaffirmant que l’ensemble des mesures du « choc des savoirs » seraient bel et bien appliquées.

Après les effets d’annonce, le ministère rattrapé par les mobilisations et la réalité d’une école en crise

Dès le mois de décembre, l’annonce de la mise en place de groupes de niveau au collège a fait face à une forte opposition de la part des personnels, qui dénoncent une mesure de « tri social », classant les élèves et les assignant au groupe des « bons », des « moyens » ou des « mauvais », à rebours de toutes considérations pédagogiques. Des annonces qui ont mis le feu aux poudres, avec deux journées de grève nationale suivies en février (plus de 50 % de grévistes le 1er, et 40 % de grévistes dans les collèges le 6), marquées par le rejet d’une école à plusieurs vitesses. Dans le même temps, le ministère doit désormais faire face à l’importante mobilisation des personnels du 93 autour d’un « plan d’urgence » pour le département et à des grèves locales se multiplient autour de la question des moyens et de la dégradation des établissements scolaires.

Dans les faits, du point de vue même du ministère, la mise en place de groupes de niveau impliquerait le déploiement de moyens suffisants, largement incompatible avec les politiques d’austérité budgétaire. Les 2 300 postes annoncés par Gabriel Attal apparaissent insuffisants pour mettre en place les groupes de niveau, tandis que le choix de ne pas augmenter les dotations appliquées au collège implique de sacrifier des options ou des demi-groupes. Déjà, la mise en place du soutien en 6e avait impliqué la suppression de la technologie pour ce niveau à la rentrée 2023. Une situation intenable du point de vue budgétaire qui ne peut que s’aggraver suite à la disparition de près de 700 millions d’euros initialement attribués au ministère de l’Education nationale, et à laquelle s’ajoute le refus annoncé par l’enseignement catholique « d’utiliser nos moyens ordinaires pour créer des groupes de niveau », véritable camouflet pour le gouvernement.

Au-delà de la question des moyens, la mise en place de groupes de niveau constitue pour les établissements une véritable usine à gaz, alors même qu’école, collèges et lycées sont déjà nombreux à avoir dépassé leur taux de saturation. A tel point que le ministère, qui fait depuis la rentrée là à la moindre heures de cours supprimée pour vanter les bienfaits du Pacte, a été contraint d’annoncer que les professeurs de français et de maths auront droit à « un temps de concertation » de « deux demi-journées banalisées dans le courant du mois de juin » pour réfléchir à la mise en place de la mesure.

Belloubet joue sur les mots, le SNES-FSU s’en satisfait

Au-delà du choc de la réalité auquel se confronte le « choc des savoirs », la promesse d’un « assouplissement » de la réforme vise aussi à jouer sur les mots et temporiser dans un contexte de fortes tensions, ouvrant la porte à ce que la réforme ne soit pas immédiatement appliquée, ou seulement en partie, dans des établissements qui obtiendraient l’accord du ministère. Tout en déchargeant sur les établissements la responsabilité d’organiser le tri des élèves, le ministère donne l’illusion d’un recul – probablement pour mieux sauter à la rentrée 2025.

Une stratégie appelée à porter ses fruits ? Du côté des organisations syndicales, tout en reconnaissant que « le gouvernement n’entend pas toucher au cadre général du choc des savoirs, alors même qu’il est massivement rejeté par les personnels », Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, syndicat majoritaire dans les collèges et lycées, se félicite auprès du Café pédagogique du remplacement des « groupes de niveau » par des « groupes de besoin » : « Les groupes de niveaux disparaissent des textes, ils ne se mettront donc pas en œuvre à la prochaine rentrée, c’est un recul de la ministre à mettre au crédit de la mobilisation des personnels. ». Un son de cloche qu’on retrouve au SE-UNSA, qui se déclare « satisfait de la suppression de la notion de niveau et donc du tri social des élèves », et attend « que les textes à paraître nous donnent une souplesse réelle […] pour organiser les groupes et les temps de retour en classes de référence. » A l’inverse, la CGT, dans un communiqué publié le 7 mars, dénonce des formules « alambiquée[es] » et demande « l’abandon pur et simple de l’arrêté », tandis que Force ouvrière dénonce des décisions qui « changent la forme en pensant que cela suffira à faire passer le fond ».

Alors que le ministère s’empêtre dans sa réforme, exigeons le retrait total !

Face aux différentes crises qui traversent l’éducation, le ministère peine à définir les contours de sa réforme, à six mois de sa mise en œuvre. Dans la continuité des revendications portées dans l’Education depuis les manifestations de février, cette situation de fragilité doit être mise à profit et montre non seulement que, moyennant un véritable rapport de force, il serait possible de faire réellement reculer le gouvernement sur sa réforme mais aussi d’obtenir bien plus. Il s’agirait ainsi de pousser à exiger le retrait total de la réforme, et, au-delà, de toutes les mesures portées par le gouvernement pour affirmer son projet d’école autoritaire, toujours plus inégalitaire et austéritaire, de l’uniforme au SNU, en passant par les réformes du lycée et du lycée professionnel.

Le « tri social » à l’école n’est pas une invention du gouvernement Attal-Macron. Alors que l’école française est d’ores et déjà l’une des plus inégalitaires des pays de l’OCDE, lutter contre la ségrégation sociale – mais aussi raciale – à l’école s’accompagne de revendications plus larges. Des revendications sur les salaires, les conditions de travail, contre les réformes du chômage et du RSA, et pour la fin de la casse du service public, que ce soit à l’école ou à l’hôpital, mais aussi pour la suppression des lois islamophobes et racistes, qui ne font que toujours plus marginaliser la jeunesse déjà précaire des quartiers populaires.


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