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AGs, piquets et grève reconductible !

Education : les AGs grossissent et votent la grève reconductible à Toulouse, Paris, Saint-Denis...

Les syndicats comptabilisent 70% de grévistes dans le primaire et 65% dans les collèges et lycées pour cette journée du 7 mars. Une nouvelle journée de grève majoritaire avec des taux un peu en deçà du 19 janvier, qui a vu un certain nombre d’AGs d’établissements et départementales se prononcé en faveur d'une grève féministe active ce 8 mars et appeller à la grève reconductible.

Yano Lesage

8 mars 2023

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Education : les AGs grossissent et votent la grève reconductible à Toulouse, Paris, Saint-Denis...

Malgré les deux semaines de pause fixées par l’intersyndicale, la grève a repris de manière majoritaire ce 7 mars dans l’Education nationale. Mieux, alors que le dernier communiqué des syndicats de l’Education soutenait les établissements « qui décideraient de poursuivre la grève après le 7 mars », un certain nombre d’Assemblées Générales sont allés plus loins et ont appelé à à la grève reconductible avec l’objectif d’y entraîner largement les travailleurs. Ainsi, c’est à partir de ces cadres que doit, plus que jamais, se penser la massification de la grève dans l’éducation et les autres secteurs.

Des Assemblées Générales départementales qui se densifient

A la suite des journées de grève de janvier et février sur lesquelles l’éducation était aussi très fortement mobilisée mais sans grande auto-activité, cette journée du 7 mars a permis d’avancer dans le sens d’une grève plus active. Là où, jusqu’à présent, elle était peu perceptible au-delà des établissements, l’auto-organisation prend de l’ampleur et se structure notamment autour des ag interpro de ville.

A Paris, articulant les revendications sectorielles – la fermeture massive de classes et d’école à la prochaine rentrée – et le mot d’ordre d’opposition à la réforme des retraites, 150 professeurs des écoles parisiennes, dont 120 étaient fermées ce 7 mars, s’étaient donné rendez-vous ce matin pour voter la reconduction de la grève le jeudi 9 mars. A l’appel de l’intersyndicale parisienne, 120 enseignants des collèges et lycées s’étaient rassemblés : dans leur communiqué ils votent la reconduction de la grève au lendemain mais aussi le soutien aux blocus lycéens face à la répression policière.

Comme dans la capitale, dans plusieurs villes, les enseignants cherchent à se regrouper pour s’organiser : à Nantes, à Toulouse, en Indre-et-Loire, dans les Assemblées Générales interprofessionnelles locales comme à Aubervilliers, Saint-Denis, Montreuil, Bagnolet, les enseignants se sont rassemblés pour voter la grève et sa reconduction.

Y compris dans les villes de taille modeste, comme à Brignoles, dans le Var, qui compte 15 000 habitants, les enseignants étaient une cinquantaine à se regrouper pour voter les suites de la mobilisation.

(160 personnes ont voté la reconduction lors de l’AG du 7 Mars à Toulouse)

Consolider et massifier les AGs en lien avec les différents secteurs pour construire la reconductible

Comme dans de nombreux secteurs qui se lancent dans la reconductible, les travailleurs de l’éducation sont de plus en plus nombreux à ne plus se satisfaire de simples journées de grève, y compris historiquement suivies et des manifestations de masse, et pensent qu’il en faudra plus pour faire plier Macron et son projet de réforme. A ce titre, pour beaucoup, le 7, 8 et 9 mars doit être mis à profit pour militer un départ massif en grève reconductible. De fait, le seul plan valable est celui d’une grève reconductible, massive, active et politique, une grève que seule l’unité des grévistes par en bas peut imposer.

Des initiatives fleurissent en ce sens : à l’aéroport de Roissy, ce mardi 7 au matin, un cortège d’enseignants du Val-d’Oise, soutenu notamment à partir du collectif interpro du Val D’Oise Est à Sarcelles, est venu soutenir la manifestation et le blocage de l’aéroport par les travailleurs de la zone aéroportuaire.

Sur toute la banlieue parisienne, les dépôts RATP sont investis, tôt le matin, par des enseignants, aux côtés des étudiants, venant en renfort des blocages des bus, aux côtés des travailleurs grévistes.

Dans les établissements, comme au lycée Angela Davis à Saint-Denis, ce sont des piquets qui sont mis en place par les enseignants pour élargir la mobilisation auprès des collègues non-grévistes et s’adresser à la population. Diffusion massive de tracts aux abords des RER, soutien aux piquets des travailleurs en grève et aux étudiants mobilisés dans les facs, comme sur le Campus Condorcet à Aubervilliers, qui le jouxte.

Au lycée Romain Rolland de Goussainville, les professeurs ont voté en AG une soirée d’occupation "contre la réforme des retraites et la casse de l’éducation" jeudi 9 et organisent des diffusions de tracts dans la ville pendant la semaine. Ces initiatives qui s’adressent à l’ensemble des travailleurs et sortent du carcan revendicatif de l’intersyndical sont autant de points d’appui pour construire et massifier la reconduction, sans prêter le flanc à une grève par procuration qui serait fatale.

Elargir les revendications : SNU, Bac Blanquer, fermetures de classe, bas salaires…

De fait, dans les discussions ayant cours dans les AGs, si l’opposition à la retraite reste un point central, l’actualité des difficultés propres à l’éducation revient très vite et alimente une colère qui ne demande qu’à s’exprimer de manière conséquente. Se saisir de ces préoccupations permettrait d’élargir les bases de la mobilisation et d’entraîner pour de bon nos collègues les plus précaires, de convaincre plus largement, et notamment la jeunesse d’entrer dans la bataille.

En effet les revendications dans l’Education, soumise à l’implacable destruction en pièce du service public, ne manquent pas. Quid de la réforme du lycée professionnel qui compte bien exploiter davantage les plus jeunes et les plus précaires. Des bas salaires, de la précarité et du manque de considération que subissent les personnels AESH qui travaillent aux côtés des enfants handicapés. Du point d’indice qui n’a augmenté que de 3.5% face à une inflation galopante de plus de 15% sur les produits alimentaires.

En première ligne à Paris, les fermetures de classes dans les écoles primaires pour la rentrée 2023, mais aussi la fermeture annoncée de plusieurs lycées professionnels parisiens.

Enfin, la question du Bac Blanquer, prévu les 20 et 21 mars prochain, qui stresse les élèves, impose la course au programme et au bachotage, et qu’il serait possible de reporter ou même d’ajourner. Ou encore pour s’adresser aux jeunes lycéens, l’opposition au SNU, ce proto service militaire que Macron veut rendre obligatoire.

La bataille des retraites actuelle offre une opportunité historique pour les personnels de l’éducation, non seulement pour faire reculer Macron mais aussi pour passer à la contre-offensive, dire non à l’école de maltraitance et de l’encasernement. Pour saisir cette opportunité, l’éducation doit peser pour que l’intersyndical élargisse les revendications notamment à la question des salaires et impose une stratégie qui loin de chercher à faire pression sur le Parlement cherche à construire une grève reconductible large.

Pour cela, il est plus nécessaire que les personnels de l’éducation mettent à profit cette semaine pour élargir et renforcer l’auto-organisation C’est seulement en construisant à la base en lien avec les différents secteurs professionnels que nous pourrons amorcer une entrée massive du secteur en reconductible.


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