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Violences policières

A Saint-Quentin, la police tabasse, casse le bras et harcèle un homme pendant 2 ans

Stretpress révèle dans une enquête parue le 7 décembre 2021 le calvaire vécu par Clément, gravement violenté tant physiquement que moralement lors d’une garde à vue en 2019 puis harcelé pendant deux ans par des policiers du commissariat de Saint-Quentin dans l’Aisne. Un cas de violence policière qui vient s'ajouter à la longue liste déjà existante.

mercredi 8 décembre 2021

Crédits photo : AFP

Il ressort notamment de l’enquête que lors de cette garde à vue, l’un des policiers en question lui brisera volontairement le bras en déclarant à Clément « Regarde comment on casse un bras », alors qu’il était à ce moment menotté et plaqué au sol.

Cette garde à vue et les violences qui en ont découlées fait suite selon Streetpress à l’interpellation de Clément le 13 avril 2019. Celle-ci est effectuée par la police de Saint-Quentin, après avoir été contactée au sujet d’une dispute opposant Clément à deux personnes. L’interpellation sera particulièrement violente puisque Clément sera mis à terre et l’un des agents lui écrasera la tête avec le pied selon le procès-verbal de témoignage que s’est procuré SreetPress.

Clément est alors emmené au commissariat et affirme que dans la voiture, il subira des coups, et qu’il sera sorti de la voiture tiré par les chevilles par les chevilles. Arrivé dans la salle de garde à vue, il est plaqué au sol une nouvelle fois et déshabillé, au point de se retrouver pratiquement nu devant l’ensemble des agents présents. C’est à ce moment que l’un des agents positionne son genou sur le dos de Clément, puis remonte son bras vers l’avant jusqu’à causer la fracture totale du fémur en lui affirmant « Regarde comment on casse un bras ».

Suite à cela, Clément est attaché sur un banc, subissant les insultes des agents présents. Ce n’est que 20 minutes après qu’un médecin est contacté, et que ce dernier met fin à la garde à vue. Clément, dont l’ensemble du corps est tuméfié en plus de sa fracture, est alors immédiatement hospitalisé. Il est contraint d’être immobilisé pendant six semaines et reçoit 60 jours d’ITT.

Les avocats de Clément, maîtres Eddy Arneton et Hector Cerf portent lors plainte pour « torture et barbarie ». Mais le calvaire de Clément ne va pas s’arrêter là, puisqu’il va par la suite subir un harcèlement de la part des policiers contre lesquels il porté plainte. En effet, ces derniers, qui ne seront interrogés que 18 mois après les faits, vont être maintenus en poste durant toute la durée de l’enquête qui, elle, durera deux ans. Clément sera donc arrêté par ces policiers trois fois et subira de nouvelles violences de leur part.

Ainsi, le 30 octobre 2019, à la suite d’une de ces nouvelles arrestations, les médecins diagnostiqueront des « éléments en faveur d’un syndrome de stress post-traumatique » selon le certificat médical produit par Streetpress. Par la suite, Clément sera à nouveau arrêté par ces agents, le 11 février 2020 qui lui demanderont d’enlever son caleçon. Son refus lui vaudra un coup de poing dans le visage. Clément dépose une nouvelle fois plainte, mais celle-ci sera classée sans suite. Sans surprise puisque l’enquête a alors été confiée au commissariat de Saint-Quentin.

Concernant l’enquête principale, le procès aura lieu ce jeudi 9 décembre 2021, soit 2 ans après les faits. Lors de leur interrogatoire les policiers mis en cause ont affirmé que Clément s’était brisé le bras lors d’une chute. Une version que même l’IGPN a écartée en affirmant que cette fracture était « incompatible avec une chute inopinée sans intervention extérieure décrite par les fonctionnaires de police » en précisant malgré tout ne pas pouvoir déterminer l’origine de cette fracture.

Mais ce n’est pas le seul mensonge éhonté de ces agents. Il n’ont pas hésité à affirmer à tort au journal l’Aisne Nouvelle que Clément avait porté « un coup de couteau au policier lors de son interpellation à Saint-Quentin ». En tout état de cause, cela démontre à nouveau que les violences policières ne sont pas isolées ou exceptionnelles, ni même récentes comme l’illustre le triste anniversaire de la mort de Malik Oussekine du 6 décembre, lui aussi tabassé à mort par la police en 1986. Ces violences sont bien systémiques.

Par ailleurs, quelque soit l’issue du procès, cette affaire met aussi en lumière la problématique qu’un corps spécial relève d’une institution spéciale telle que l’IGPN, qui a démontré sa partialité et son rôle, à savoir garantir l’impunité des agents de police. En l’occurrence, le délai de l’enquête en est une démonstration criante. Un délai pendant lequel des agents qui ont commis des violences volontaires sont restés en poste et ont eu tout le loisir d’intimider, et harceler la personne qui a porté plainte contre eux.



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