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300 personnes en AG à Bordeaux-Montaigne : « on est là pour dénoncer la mauvaise gestion des VSS »

Jeudi 9 novembre près de 300 étudiants, professeurs et personnels de l'université se sont réunis à l'Université Bordeaux Montaigne à l'appel de l'inter-organisation étudiante et féministe, pour discuter de la gestion des Violences Sexistes et Sexuelles (VSS) à la fac. Mensonges, anti-démocratisme, absence d'accompagnement des victimes : la gestion de ces violences par la présidence de l'université mis en cause.

Petra Lou


et Maïa Maros

14 novembre 2023

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300 personnes en AG à Bordeaux-Montaigne : « on est là pour dénoncer la mauvaise gestion des VSS »

Depuis la révélation dans la presse d’une gestion catastrophique des affaires de violences sexistes et sexuelles (VSS), la colère monte à l’Université Bordeaux Montaigne (UBM). Ce jeudi 9 novembre, à l’appel de plusieurs organisations étudiantes, près de 300 personnes se sont réunies en Assemblée Générale dans l’université pour échanger sur la gestion des VSS à la fac. De nombreux professeurs et étudiants, mais aussi des personnels de l’université, ont répondu à l’appel lancé quelques jours plus tôt. Un front large de huit organisations étudiantes et féministes était à l’initiative de cette Assemblée Générale avec l’objectif d’imposer un débat démocratique de toute la communauté universitaire sur le sujet et de rompre avec l’omerta autour des violences.

Professeurs et étudiants dénoncent l’omerta à la fac : la gestion de la Présidence en ligne de mire

À la tribune, différents membres des organisations signataires de l’appel détaillent la démarche. Petra, militante au Poing Levé et au collectif Du Pain et Des Roses, ouvre l’assemblée en expliquant : « C’est suite à une première interpellation d’un collectif d’étudiants en archéologie que nous avons demandé des comptes de la part de la Présidence, pour savoir quelle a été la gestion et les procédures mises en place, puisque les étudiants n’ont été informés de rien. On s’est retrouvés face à un mur, et une direction qui non seulement refuse de se remettre en question, mais refuse de rendre des comptes. » Une introduction complétée par Annie, militante au Planning Familial, qui a suivi de près l’affaire de violences sexuelles dans le département de philosophie : « Elles n’ont eu aucune écoute, aucun accompagnement » dénonce-t-elle, portant la parole des différentes présumées victimes, qui se sont rapprochées du Planning. Anna, militante à la FSE, annonce les différentes revendications portées lors de la conférence de presse tenue ce mardi par les différentes organisations signataires, notamment pour des moyens supplémentaires, pour mener de véritables campagnes d’éducation aux questions de genre et à la sexualité, et ce dès le plus jeune âge, prise en charge par des personnels formés.

« Ça fait 13 ans que je suis titulaire à l’UBM, deux ans que je suis cette affaire de près, depuis deux ans on tente de nous faire taire » dénonce un professeur de philosophie présent. « C’est toujours une communication unilatérale, à coups de communiqués à l’ensemble de la communauté universitaire, et ce sans jamais avoir le droit de réponse » tonne une étudiante dans l’amphi. Les interventions se succèdent, entre colère, émotion et accusations. Une autre étudiante prend une intervention pour témoigner : « Je suis sortie d’une situation de violences conjugales. Quand j’ai voulu en parler à des enseignants, aucun n’a pris le temps de m’écouter ou de m’orienter. On m’a simplement proposé de sortir du cours si j’en avais besoin. Il est important de recruter des professionnels formés. » Tout le monde s’accorde pour dire qu’il manque une transparence sur la gestion de l’Université dans ces affaires.

Les déclarations accablantes sur les méthodes de la présidence s’enchaînent, un professeur élu au Comité technique pour le SNESUP prend à son tour la parole pour dénoncer un énième coup de la présidence. Alors qu’un Comité technique exceptionnel était appelé mardi pour discuter de la composition de la cellule de signalement de l’UBM, il a dû être annulé car le quorum n’était pas réuni. Un syndicat n’a en effet pas répondu à l’appel, faisant ainsi chuter le nombre de participants : celui du président ! Le professeur dénonce une manœuvre de la présidence pour ne pas discuter de cette question sensible.
Jahan, militant au Poing Levé et élu, revient ensuite sur l’interdiction d’une discussion sur la gestion des VSS au dernier Conseil d’Administration. Il dénonce une « attitude anti-démocratique de la présidence qui refuse systématiquement de poser le point des VSS dans le cadre des instances démocratiques de l’université ».

Pour la présidence, tous les moyens sont bons pour empêcher les critiques au sein des cadres administratifs de l’université, et particulièrement sur la question de la cellule de signalement qui cristallise les tensions. « Il suffit d’aller sur le site de l’Université pour voir que la cellule de signalements est nommée par le Président, et qu’elle est composée de membres de l’équipe présidentielle et de la direction administrative. Comment faire confiance à une cellule de veille qui est intrinsèquement liée à la direction de cette fac ? » poursuit Jahan. Plus particulièrement, dans l’affaire du département de philosophie, l’enseignant accusé est un ancien vice-président de l’équipe présidentielle.
De nombreuses interventions pointent un lourd problème de conflit d’intérêt. Pour Maïa, militante au Poing Levé et à Du Pain et Des Roses : « Tous ces éléments appuient la nécessité d’une commission qui soit totalement indépendante de la présidence. Elle doit être élue et représentative de l’ensemble de la communauté universitaire, avec des personnels de santé et juridiques formés et professionnels ».

Mélina, étudiante en droit et militante à Du Pain et Des Roses, appuie ces revendications, affirmant qu’« il faut élever nos revendications, parce qu’en réalité ces affaires de VSS à l’UBM sont révélatrices d’un problème bien plus large ». Le professeur d’histoire ajoute : « On n’est pas tout seul, c’est un problème qu’on a vu à Metz, à Toulouse ou à Science Po, c’est un problème structurel ».

À l’issue de l’Assemblée Générale, plusieurs revendications ont été retenues :

• Une commission indépendante de la direction pour gérer et lutter contre les VSS, avec des étudiants, enseignants, personnels de la fac, qui soient formés, ainsi que des personnels professionnels de santé et juridiques formés et compétents, avec un protocole clair et public

• Des rappels sur les cadres qui existent déjà dans tous les Départements de l’Université

• Des moyens supplémentaires pour des campagnes larges et massives d’éducation sexuelle, pour prendre conscience de ce qui existe, et pour ne pas être pris en charge seulement a posteriori des violences

• Des embauches de personnels formés sur l’accompagnement contre toutes formes de discriminations et de violences

Des demandes de clarifications balayées d’un revers de la main par la présidence lors du conseil d’administration

Tandis que le Conseil d’Administration de l’UBM se tenait le lendemain matin, vendredi 10 novembre, l’Assemblée générale a tenu à envoyer un message à la présidence adressant des demandes de clarifications, ainsi que des revendications pour résoudre les problèmes dans la gestion des VSS. Néanmoins, cette dernière est restée sur ses positions et a renvoyé d’un revers de la main les demandes de l’AG.

En effet, entendant dès l’introduction du point dédié au VSS « corriger certains mensonges qui sont répétés dans l’opération médiatique qui a lieu depuis 3 semaines et encore dans l’Assemblée Générale qui s’est tenue hier », Lionel Larré, président de l’Université, a réfuté toutes propositions faites par cette dernière.

Parmi celles-ci, le droit de réponse à l’ensemble des communiqués envoyé à la communauté universitaire par le président de l’UBM. Une demande démocratique élémentaire refusée en prétextant que les élus étudiants ont déjà le droit à la parole dans les instances comme le Conseil d’Administration, et qu’une lettre publique n’a pas lieu d’être. L’Assemblée Générale avait également demandé des clarifications sur l’affaire en cours dans le département de philosophie, exigeant une saisine complémentaire pour prendre en compte les témoignages des 10 autres victimes. Un autre refus de la part de la Présidence, qui ne donne aucune réponse concernant le sort de ces étudiantes.

Malgré les multiples critiques adressées à la présidence dans la gestion des VSS, celle-ci a affirmé « présenter le bilan de la cellule de signalement de manière élémentaire et nous parce que nous céderions à quelconque pression ». Ce bilan consistait en une somme de faits juridiques et en une série de statistiques et de chiffres pour faire état des VSS sans pointer ni questionner les limites de gestion des affaires en cours. Il a uniquement servi de prétexte à la présidence qui ne cesse de rappeler ses nombreux efforts au sujet des VSS à l’université.

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Malgré le refus de ces demandes, l’Assemblée Générale a d’ores et déjà lancé plusieurs initiatives. Si une prochaine Assemblée Générale est appelée le 23 novembre entre midi et deux, un rassemblement est préparé pour ce mercredi 15 novembre à 12H30 sur le Parvis de l’Université Bordeaux Montaigne. Déjà de nombreuses organisations y font appel, dont le Snesup, les différentes organisations de jeunesse et féministes.


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