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Monde

Violences faites aux femmes

Turquie. Des milliers de manifestantes pour protester contre le retrait de la Convention d’Istanbul

Alors que la Marche des fiertés annuelle a été violemment réprimée à Istanbul le week-end dernier et que des images de violences sexistes ont largement circulé sur les réseaux sociaux au cours des derniers jours, le gouvernement a annoncé le retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes.

mardi 6 juillet

Crédits photo : Ozan Kose/AFP

Retrait de la Convention contre les violences faites aux femmes, un clin d’oeil aux secteurs les plus réactionnaires

Signée par Ankara en 2011 et ratifiée par le Parlement turc en 2014, la Turquie était le premier pays à signer cette convention internationale. Celle-ci oblige les gouvernements des 45 pays signataires à prendre des mesures pour la prévention des violences conjugales, la protection des victimes et la poursuite des agresseurs. Première signataire mais également première à en sortir, la Turquie affiche son soutien aux secteurs les plus réactionnaires et donne le ton à la Pologne et l’Hongrie qui risquent de suivre ce retrait dans un contexte de durcissement politique à l’égard des LGBTI+, avec des lois de plus en plus explicitement homophobes. Fahrettin Altun, le chef de la communication du palais présidentiel a annoncé sur son compte Twitter « La convention d’Istanbul, qui visait à l’origine à promouvoir les droits des femmes, a été détournée par un groupe de personnes qui tentent de normaliser l’homosexualité, ce qui est incompatible avec les valeurs sociales et familiales de la Turquie. D’où notre retrait » Dans la continuité de son annonce, le gouvernement a sorti un plan d’action national destiné à combattre la violence à l’égard des femmes et qui devrait se déployer sur cinq ans. Une mesure qui ne convainc personne et n’est que de la poudre aux yeux quand l’on considère la situation matérielle des femmes turques et l’absence de réponses aux violences structurelles sexistes et homophobes.

Des manifestations nationales pour lutter contre le sexisme et l’homophobie d’Etat

En réponse à cette attaque du gouvernement, jeudi soir, des milliers de femmes ont manifesté à Istanbul et Ankara sous les couleurs de la lutte contre les violences faites aux femmes, le violet, dans le sillage des mouvements féministes à l’échelle internationale. Des manifestations violemment réprimées par la police qui a fait usage de gaz lacrymogènes et qui a empêché le cortège d’effectuer son parcours jusqu’à la place de Taksim. Interviewée par RFI, Reyfa redoute que le retrait de la Convention d’Istanbul ne soit qu’une première étape : « Aujourd’hui ils dénoncent la Convention d’Istanbul, demain ils abrogeront la loi 6284, la loi de prévention de la violence à l’égard des femmes, craint-elle. Nous vivons dans un pays totalement imprévisible. Le moindre de nos droits peut se retrouver en danger demain. » Et Leyla, la cinquantaine, critique les mesures cosmétiques qui seront prises par le gouvernement suite au retrait de la convention : « Il n’y a aucune amélioration à attendre d’un pouvoir qui met en danger la vie des femmes pour faire plaisir à des confréries religieuses réactionnaires. C’est aussi simple que ça pour nous. » L’organisation féministe turque Halte aux féminicides alerte contre l’augmentation dramatique des féminicides et le manque de moyens mis en place pour les victimes.
Trois cent femmes ont été assassinées par des hommes de leur entourage et plus d’une centaine ont perdu la vie dans des conditions mal éclaircies en 2020. Les premiers jours de 2021, l’association a enregistré 77 assassinats de femmes.

Crise économique et renforcement autoritaire : une prise de position du gouvernement qui incarne les compromissions d’Erdogan face aux extrémistes religieux

Ce retrait est l’aboutissement d’une attaque globale à l’encontre des femmes et des minorités de genre mais également du virement autoritaire qu’effectue le gouvernement turc. En prévision des Présidentielles de 2023, Erdogan tente de faire oublier les nombreux échecs de sa politique intérieure et de se rallier aux secteurs conservateurs. Le Parti d’Erdogan (AKP) est en baisse dans les sondages selon le centre d’enquête d’opinion Avrasya et s’éloigne de plus en plus de son électorat progressiste. Comme le dit Zehra F. Kabasakal Arat, professeure en sciences politiques à l’Université du Connecticut à propos du soi-disant plan national contre les violences faites aux femmes : « L’AKP ne s’est jamais pleinement engagé en faveur des droits des femmes. Alors qu’il gagnait en confiance après quelques victoires électorales écrasantes, n’ayant pas besoin du soutien des progressistes et des libéraux, il est devenu moins tolérant envers ces derniers et a poursuivi son programme conservateur » Le retrait arrive également dans une séquence économique difficile, la Turquie ayant déjà perdu 9.9 % de son PIB d’avril à juin 2020, a appliqué une politique de restriction sanitaire autoritaire et liberticide afin de relancer son économie. La pandémie de Covid-19 a mis en évidence à la fois la résilience des vieilles habitudes nationalistes, la polarisation extrême du contexte politique et les orientations économiques néolibérales du gouvernement, qu’est venu confirmer son virement autoritaire.




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