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Notre classe

Au mépris de la sécurité de tous les habitants

Toulouse. Un mois de grève illimitée des pompiers : la répression patronale et policière s’organisent

Alors qu’ils travaillent dans des conditions de plus en plus dures, surmenés et en manque de personnel face aux situations de plus en plus dramatiques qu’ils doivent gérer malgré les circonstances, les pompiers toulousains, en grève, sont aujourd’hui réprimés par la police et par l’État qui les emploie. Alors qu’ils se mobilisent en masse pour une augmentation des effectifs et le paiement de leurs heures de travail, l’État tente à tout prix de faire taire une mobilisation qui a un fort soutien.

mercredi 7 décembre 2016

Une grève illimitée pour être simplement payés : mais de qui l’État se fout-il ?

Si la tension et la souffrance étaient latentes depuis longtemps, le mois de novembre a été décisif dans le déclenchement de la lutte. Depuis le 6 novembre dernier, les pompiers de Haute-Garonne sont en grève illimitée. Leurs revendications sont loin d’être compliquées, comme l’explique Christophe Brunet, responsable CGT : « la passion du métier a ses limites. On ne comprend pas qu’on fasse autant d’heures et que l’on soit payés 70% de notre temps. On est payés 1607 heures, contre 2256 heures travaillées, soit quelque 650 heures bénévoles. Soit on nous réduit notre temps de travail, soit on nous paye plus, c’est simple ». De surcroît, il y a un manque cruel d’effectifs sur le département et les seules embauches peinent à remplacer les départs à la retraite. In fine, c’est bien la sécurité de tous les habitants du département qui est en danger, alors que les équipes sont de plus en plus surchargées et fatiguées. En cause, le SDIS (Service Départemental d’Incendies et de Secours) qui met donc en danger tous les habitants du département, qui sont, par ailleurs, chaque année plus nombreux (75000 de plus entre 2007 et 2012 selon l’Insee). La direction du SDIS, qui ne veut rien entendre des revendications des soldats du feu, a tout fait pour mettre en avant des propositions qui n’amélioreront guère la sécurité : plus de pompiers volontaires, réductions du panel des missions des pompiers, rien sur les embauches et les augmentations.

Un mois de grève et d’actions très suivi et soutenu par la population

Face à la sourde oreille de l’État, les pompiers, qui avaient notamment manifesté avec les infirmiers et les aides-soignants le 8 novembre, ont multiplié les actions spectaculaires pour montrer l’importance de leur action et la nécessité pour l’État de répondre à leurs revendications. Entre l’incendie d’un véhicule d’entraînement devant le SDIS et l’installation d’un tapis de mousse carbonique géant place du Capitole à la mi-novembre, les pompiers ont su médiatiser leur lutte, et, au passage, montrer à quel point la population les soutenait. Les Toulousains ont ainsi montré leur bienveillance envers les dizaines de pompiers rassemblés.

Répression patronale et répression policière, deux faces d’une même pièce que les pompiers subissent de plein fouet

Cependant, le mois de grève des pompiers toulousains est loin d’avoir souri à tout le monde. Du côté de l’État, on s’acharne à faire rentrer tout le monde dans le rang. Alors qu’ils participaient à une manifestation le 29 novembre contre la casse du système de santé et de la fonction publique à Toulouse, deux pompiers ont été arrêtés, accusés d’avoir « forcé » un barrage de police, qui en réalité entravait le parcours d’une manifestation légale. Face à cette interpellation, l’ensemble des pompiers de la caserne de Toulouse Lougnon a décidé d’arrêter le travail et toute intervention. « Ils ont décidé de se mettre en arrêt de travail parce qu’ils sont choqués par ce qui s’est passé cet après-midi (l’audition de deux pompiers par la police,ndlr), mais aussipour exprimer le mal-être ambiant qui sévit dans la profession », explique Christophe Brunet. La manifestation du 6 décembre a ainsi réuni entre 200 et 300 pompiers, toujours pour les mêmes raisons, alors que le SDIS commence à agiter l’épée de Damoclès des réquisitions au-dessus de la tête des travailleurs.

Vendredi 2 décembre, 28 de ces pompiers ont même reçu une sanction de première catégorie, qui peut signifier un blâme, un avertissement ou une mise à pied de trois jours. Une pression patronale sur des travailleurs qui cherchent juste à assurer la sécurité de tout un chacun. Cette méthode, qui n’est pas sans rappeler les méthodes de management féroces que dénoncent les salariés de La Poste en grève demain, nous rappelle bien quel sort le gouvernement actuel, et celui qui lui succédera, réserve aux services publics : précarité, souffrance au travail, et rentabilité au détriment de la sécurité.




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