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Sélection à l'université

Sans-facs. À Paris 8, la présidence refuse de soumettre au vote une motion contre la sélection

À Paris 8, des centaines de personnes ont déposé des demandes de dérogation dans l’espoir d’obtenir une inscription. Ce vendredi, les élus du Poing Levé ont proposé une motion au Conseil d’Administration demandant leur inscription, la régularisation de tous les étudiants sans-papiers ainsi que des moyens pour les accueillir dans des conditions dignes. La direction de l’université a refusé de la soumettre au vote.

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Sans-facs. À Paris 8, la présidence refuse de soumettre au vote une motion contre la sélection

Photo : Mohatatou

Depuis deux semaines, des centaines de jeunes font la queue à Paris 8 pour déposer une demande de dérogation, dans l’espoir d’obtenir une inscription. Les dossiers sont ensuite examinés un à un par une commission spécifique dont les critères sont flous et avec un taux d’acceptation très bas. En grande majorité des quartiers populaires ou de pays anciennement colonisés par la France, ayant été refusé⋅es par Parcoursup ou étant arrivé⋅es trop tard en France pour pouvoir s’inscrire, iels subissent tous⋅tes les conséquences des politiques sélectives et racistes du gouvernement et se retrouvent mis⋅es en concurrence les un⋅es avec les autres pour le droit à étudier.

Dans ce contexte, les élu⋅es du Poing Levé au Conseil d’Administration ont proposé lors de la séance de ce vendredi de soumettre la motion suivante :

« Le conseil d’administration de l’université Paris 8 se prononce pour que l’ensemble des étudiants ayant saisi la commission de dérogation obtiennent une inscription sans condition de diplôme, de situation ni de nationalité. Il demande également la régularisation de tous les étudiant⋅es en nécessitant ainsi que l’augmentation des budgets dans l’enseignement supérieur afin de pouvoir accueillir dans de bonnes conditions ces étudiant⋅es. »

Arguant qu’« on ne peut accorder 100% d’inscriptions », la direction de l’université a refusé de soumettre cette motion au vote. Pour justifier cette position, la présidente et le vice-président affirment qu’inscrire ces centaines de personnes serait injuste « par rapport aux étudiants qui sont soumis à Parcoursup et qu’exiger l’automaticité de la régularisation des étudiant⋅es étranger⋅es risquerait d’exposer ces dernier⋅es aux foudres du gouvernement, qui pourrait accuser Paris 8 d’avoir inscrit des étudiant⋅es sans-papiers. Un argumentaire qui expliquerait la décision anti-démocratique de ne pas soumettre la motion au vote, puisque refuser de se prononcer pour l’inscription de tous⋅tes les jeunes ayant déposé une demande enverrait un « mauvais message » à la commission de dérogation, censée faire de son mieux pour en inscrire le plus possible.

En réalité, par cette décision, la direction de Paris 8 révèle le rôle de la commission de dérogation qui, si elle est un acquis de la lutte des étudiant⋅es et personnels de la fac contre la sélection à l’université, constitue un cache-misère servant à adoucir les politiques sélectives du gouvernement en proposant une « dernière chance » aux jeunes n’ayant toujours pas d’inscription universitaire.

La semaine dernière, devant Hugo Décrypte, Macron a annoncé que plus de 2000 candidat⋅es sur Parcoursup n’avaient toujours pas reçu d’affectation. Dans le même temps, la vie étudiante a augmenté de 6,47% cette année, près de 250 000 étudiant⋅es n’ont toujours pas de logement et 20% d’entre elleux vivent sous le seuil de pauvreté. Cette situation est la conséquence directe des politiques du gouvernement visant à toujours plus refermer les portes de l’université aux enfants de travailleurs⋅es, aux jeunes des quartiers populaires et aux étudiant⋅es étrangers en les sélectionnant et en les précarisant toujours plus. Des politiques dont les étudiant⋅es étranger⋅es, en particulier celleux venant de pays sous domination néocoloniale, sont en première ligne.

Dans ce contexte, la lutte pour une universités ouverte à tous⋅tes est plus que d’actualité, et passe par le fait de revendiquer l’abrogation des plateformes Parcoursup et Mon Master, l’abrogation des frais d’inscription, la régularisation de tous⋅tes les sans-papiers ainsi que des moyens pour les universités afin d’accueillir tous⋅tes ces étudiant⋅es dans des conditions dignes, mais aussi un revenu étudiant pour mettre fin à la précarité dans la jeunesse et la réquisition de tous les logements vides, pour qu’aucun⋅e étudiant⋅e ne soit à la rue.

Mais le refus de la présidence de Paris 8 de soumettre au vote notre motion montre que cette lutte ne peut aboutir si elle est menée uniquement au sein de l’université et qu’elle est indissociable d’un combat d’ensemble contre toutes les politiques sélectives et xénophobes du gouvernement. À l’heure où plus de 7000 réfugié⋅es ont débarqué sur l’île de Lampedusa, le fait de revendiquer l’inscription et la régularisation de tous⋅tes les étudiant⋅es sans-papiers doit aller de pair avec la dénonciation des politiques racistes de l’Europe forteresse et la revendication de l’ouverture des frontières et l’accueil inconditionnel de tous⋅tes les réfugié⋅es. Dans le même sens, la dénonciation du caractère raciste et discriminatoire de Parcoursup envers les jeunes des quartiers populaires et des établissements dits « défavorisés » ne peut aller sans une dénonciation claire de l’offensive islamophobe du gouvernement contre les jeunes filles portant l’abaya et sans la revendication de l’amnistie des plus de 2000 jeunes condamné⋅es après s’être révolté⋅es pour dénoncer la mort de Nahel.

En ce sens, nous invitons tous⋅tes les étudiant⋅es de Paris 8 à rejoindre le cortège du Poing Levé dans la manifestation du 23 septembre pour dénoncer la répression de la jeunesse et le racisme d’État et à venir nous rencontrer lors de nos réunions de rentrée, le 19 septembre sur le campus de Saint-Denis et le 21 septembre à l’IUT de Tremblay.


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