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Salaires gelés depuis 20 ans, manque de moyens : les travailleurs sociaux en grève dans toute la France

Ce mardi, la grève des travailleurs sociaux a été très suivie, donnant lieu à des manifestations dans tout le pays. Les salariés mobilisés revendiquent des augmentations de salaires, gelés depuis 20 ans, et des moyens supplémentaires, alors qu’ils sont confrontés à une misère sociale toujours plus importante depuis la pandémie.

mercredi 8 décembre 2021

Crédits photo : Karim Ait Adjedjou

Ce mardi 7 décembre se déroulait une journée de grève nationale des travailleurs sociaux et médico-sociaux, suivant l’appel de la Commission de mobilisation d’Ile de France, à laquelle se sont joints les syndicats Sud-Santé sociaux, la CGT, la FSU, et quelques sections locales CFDT. Une journée clairement réussie qui a mobilisé des milliers de travailleurs du secteur dans tout le pays.

Une mobilisation largement suivie partout en France

Tandis que la question des salaires et des conditions de travail étaient au coeur des revendications des manifestations, ces dernières ont rassemblé plus de mille personnes dans de nombreuses villes comme Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, ou Quimper. À Montpellier, la manifestation a regroupé un nombre de travailleurs sociaux en lutte jamais vus depuis plusieurs années. À Paris, si le nombre de manifestants n’est pas encore connu, les cortèges étaient très fournis et déterminés :

Une grève pour les salaires et des moyens supplémentaires, contre l’État et les employeurs privés

Si elle constitue un succès de part le nombre important de travailleurs mobilisés, cette journée de mobilisation a aussi permis de faire entendre les revendications des acteurs du secteur social et médico-social. Malgré la diversité des métiers qui composent ce secteur d’1,2 millions de travailleurs, qu’il s’agisse d’éducateurs spécialisés, d’assistants de service social, de conseillers d’insertion et bien d’autres encore, tous sont unanimes : des revendications salariales et des moyens supplémentaires sont urgents.

Ainsi, Yohan, travailleur dans la protection de l’enfance à Toulouse, nous explique qu’il y a une colère importante chez ses collègues, oubliés par le Ségur de la Santé. S’ils demandent d’être alignés sur le Ségur, afin de bénéficier des 180 euros d’augmentation immédiatement, leurs revendications ne s’arrêtent pas là, et ils réclament une revalorisation de 300 euros, alors que leurs salaires sont gelés depuis près de 20 ans.

Autre cause de la colère, la renégociation prévue pour 2022 des conventions collectives du secteur social, pour lesquelles les patrons prévoient d’harmoniser à la baisse les différents statuts, comme nous l’explique Nico à Lille, où la manifestation a été très suivie, avec près de 3000 personnes. Cette attaque intervient alors que des méthodes de managements de plus en plus dures sont mises en place. Le Monde cite à cet égard l’exemple du Groupe SOS « avec ses cadres issus des grandes écoles, rarement passés par le terrain, et des salariés à qui sont imposées procédures, productivité et obligation permanente de « reporting ».

Dans ce cadre, la colère des travailleurs sociaux est dès lors dirigée contre l’État, mais aussi contre leurs employeurs. En effet, les salariés du secteur font face à une double difficulté, ils doivent subir le manque de moyens alloués par l’État, et sont soumis au bon-valoir de leurs employeurs, qui choisissent comment gérer ces moyens.

Dans un moment où justement le manque de moyens est criant, et que le nombre de personnes qui ont besoin d’un accompagnement social augmente, les employeurs tentent de faire croire qu’ils sont du côté des salariés, alors même qu’ils sont responsables de cette situation et de la précarité des travailleurs sociaux.

Pour les manifestants, l’enjeu est donc de ne pas se laisser coopter par ces dirigeants, qui prévoient de négocier avec le gouvernement jeudi. Ainsi, beaucoup expriment leur hostilité envers la manifestation du 30 novembre, organisée justement par les employeurs.
Jérôme Bardot, membre de la commission exécutive de la CGT Mosaïque Action Sociale du Bas-Rhin, explique par exemple à Rue89 Strasbourg que « Nous devons montrer que nos employeurs sont responsables de la situation catastrophique actuelle dans notre secteur. Dans l’intérêt des travailleurs du social, nous avons besoin de donner de la visibilité aux revendications globales des salariés et d’apporter des éléments de contradiction au discours des employeurs ».

Alors que les travailleurs sociaux doivent gérer une misère grandissante : il faut prolonger le mouvement !

Au-delà de la lutte pour les salaires et les conditions de travail, il explique que la question des moyens est centrale, pour travailler au mieux mais aussi pour fournir une assistance correcte aux personnes nécessitant l’accompagnement des travailleurs sociaux. En effet, ils sont en première ligne pour s’occuper des conséquences les plus terribles du capitalisme, qui ont explosé depuis la pandémie, avec l’explosion de la pauvreté et des personnes sans domicile fixe.

Pour toutes ces raisons, la lutte des travailleurs sociaux est donc essentielle dans la période, et le succès des mobilisations de mardi est à saluer. Pour autant, il paraît indispensable de donner une suite au mouvement, pour que toute la détermination exprimée ce mardi ne soit pas sans lendemain. Alors que les pouvoirs publics sont bien conscients de la situation et ne font rien, il faut leur imposer. Le défi qui se présente maintenant aux travailleur sociaux est de s’organiser pour imposer un rapport de force dans la durée. Des initiatives locales vont dans ce sens, notamment à Montpellier où Lucas, travailleur social et militant à Révolution Permanente, explique :

« Suite à une très grosse dégradation de nos conditions de travail au Samu social, on s’est organisé et on a lancé un appel à toutes les associations du secteur de l’insertion pour se réunir et voir quelles perspectives on pouvait se donner. Ça fait un mois qu’on se réunit régulièrement et ça nous a permis de constituer un collectif de plusieurs dizaines de personnes, qui a pu militer la grève du 7 en touchant largement les collègues du secteur. Ce collectif a aussi été une démonstration qu’il ne faut pas se laisser gagner par le défaitisme, et l’impression que personne ne veut se mobiliser ; parce qu’à partir du moment ou on a reçu un appel à s’organiser, ça a été un énorme succès, maintenant il se pose à nous la question de : « que faire pour la suite ? » , mais aujourd’hui on est plus déterminés que jamais pour continuer le combat dans les jours qui arrivent. »

À l’heure ou des conflits locaux éclatent, comme à Leroy Merlin, SAM dans l’Aveyron, ou de nombreuses luttes dans les transports, ce mouvement national, le premier depuis des mois, dans le secteur social et médico- social montre qu’il existe une importante colère dans le monde du travail. Il pourrait dès lors être la première pierre pour lancer un mouvement social qui regroupe tous les secteurs en lutte afin d’imposer le retour des questions sociales au premier plan, alors que la campagne électorale est saturée de discours réactionnaires.




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