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Salaires : après un 13 octobre raté, l’intersyndicale doit tirer le bilan et changer de stratégie

Ce vendredi 13 octobre, 200 000 manifestants ont répondu à l'appel intersyndical contre l'austérité et pour les salaires. Une rentrée sociale fébrile en décalage avec la profonde colère qui existe face à l'inflation. Pour y répondre, il faut rompre avec le dialogue social et construire un véritable plan de bataille pour les salaires.

Rafael Cherfy

16 octobre 2023

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Salaires : après un 13 octobre raté, l'intersyndicale doit tirer le bilan et changer de stratégie

Crédits photos : Dorian M

Ce vendredi 13 octobre, plus de 200 manifestations se sont tenues en France à l’appel de l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, Unsa, Solidaires et FSU, ainsi que des organisations de jeunesse. Une date de mobilisation « contre l’austérité, pour les salaires et l’égalité femmes-hommes » appelée à l’échelle européenne par la CES (Confédération syndicale européenne) avec différentes délégations venues de Suisse, de Belgique, d’Italie et d’autres pays européens pour ouvrir la marche parisienne.

Plusieurs manifestations se sont lancées dans la matinée comme à Toulouse avec 15 000 personnes présentes selon les syndicats, ou encore à Marseille où les organisateurs ont compté 10 000 manifestants. À Lyon, l’intersyndicale a compté 12 000 manifestants tandis qu’à Rennes, le départ à 11h du matin a réuni 3 000 personnes. La CGT a aussi revendiqué 20 000 manifestants pour le cortège parisien qui s’est élancé à 14 h de la place d’Italie.

Dans les cortèges se retrouvaient des travailleurs de la santé, particulièrement des ASH en grève (Agents de Service Hospitalier) à Bordeaux, mais aussi de l’énergie, de l’aéronautique, de la culture, de l’éducation etc. Certains secteurs emblématiques actuellement en grève reconductible ont rejoint les manifestations à l’image des travailleurs de Kéolis mobilisés depuis plus de cinq semaine ou encore des grévistes d’Emmaüs dans la manifestation de Dunkerque.

La question de l’inflation s’imposait comme préoccupation majeure. En effet, avec une hausse des prix alimentaires qui culmine à plus de 21% sur deux ans et n’en finit pas de monter, les factures d’énergie et de carburants qui flambent, le sujet cristallise la colère chez de nombreux travailleurs dont les salaires ne suivent pas l’explosion des prix.

Quelques démonstrations de solidarité avec la Palestine ont ponctué les cortèges

Dans une situation internationale marquée par la situation entre la Palestine et Israël, les cortèges ont été accompagnés par de nombreuses démonstrations de solidarité avec le peuple palestinien. À Lyon, on a pu apercevoir une banderole « Gaza Résiste » en tête de la manifestation tandis qu’à Paris, le cortège Sud-Rail a été rejoint par la Coordination Sans-Papiers 75 tout en chantant « Palestine vivra ! Palestine Vaincra ! ». Dans le même sens, à Toulouse, après l’interdiction d’un rassemblement en soutien à la Palestine jeudi, un point fixe unitaire s’est tenu en solidarité avec la Palestine, dénonçant par la même occasion le climat ultra répressif contre les militants de la cause palestinienne.

Des démonstrations de solidarité avec la Palestine que craignait justement le gouvernement qui réprime toute initiative allant dans ce sens ces derniers jours. Ainsi, la première ministre affirme même dans un entretien pour La Tribune avoir échangé avec les directions syndicales « sur la vigilance à avoir pour que les tensions au Proche-Orient ne s’invitent pas dans les cortèges ».

Une journée de grève faible et des manifestations peu fournies

Cette journée de mobilisation qui faisait office de rentrée sociale apparaît comme un échec avec des cortèges majoritairement composé par les équipes syndicales qui n’étaient pour la plupart pas au complet. En effet, les 200 000 manifestants revendiqués par l’intersyndicale sont même en dessous des « plus de 250 000 » participants de la précédente rentrée sociale le 29 septembre 2022. Pourtant, cette journée de mobilisation interprofessionnelle avait été appelée seulement par la CGT, Solidaires et la FSU sur les mots d’ordre similaires : « pour les salaires, les pensions, les bourses d’études, les minima sociaux ».

Sur le terrain de la grève, il est toujours difficile d’avoir une idée concernant le privé, mais les secteurs du publics qui communiquent habituellement comme l’énergie, les transports ou l’éducation nationale n’ont pas donné de chiffre du côté syndical. Seul le ministère de l’Éducation nationale a avancé une faible mobilisation avec 3,59% de grévistes, loin des 10 % de grévistes annoncés il y a près d’un an.

Ainsi, même au complet, n’a pas réussi à mobiliser pour ce 13 octobre. Sophie Binet a elle-même assumé une mobilisation plus faible que pendant les journées contre la réforme des retraites : « On ne peut pas battre des records de France tout le temps » a-t-elle déclaré en marge du cortège parisien. Pourtant, la colère sur l’inflation est bien présente avec 81 % de la population qui pense que le gouvernement n’agit pas assez pour contenir l’inflation selon un sondage IFOP- Sud Radio. L’unité, seule, n’est donc pas synonyme de grandes réussites.

Il faut faire des salaires une lutte de l’ensemble de notre classe !

La faiblesse de cette rentrée sociale montre ainsi l’impasse des appels à la mobilisation routiniers. En effet, cette journée du 13 octobre a surtout été pensée sans lendemain, sans lien avec la construction d’un véritable rapport de force et s’inscrit dans une stratégie de « pression institutionnelle » sur le gouvernement et le patronat dans le contexte « des négociations […] en cours » et « à quelques jours de la Conférence sociale » dixit le communiqué de l’intersyndicale.

Les ambitions du gouvernement à propos de sa conférence sociale sont pourtant très claires : il s’agira de discuter de la réévaluation des minimas de branche qui, à cause du patronat, n’ont pas suivi les maigres augmentations du SMIC, partiellement indexées sur l’augmentation… et de pas-grand-chose d’autre.

De plus, les patrons qui se livrent une lutte sans merci pour augmenter leurs profits et faire payer aux travailleurs le coût de l’inflation, n’accorderont aucune augmentation sérieuse sans y être contraints par un puissant mouvement collectif. Comme l’affirme Cedric Liechti de la CGT Énergie Paris dans la manifestation : « Les salaires ce n’est pas un problème qui va se régler entreprise par entreprise. Il faut une stratégie globale pour que tous les secteurs soient en grève en même temps ! ».

Construire un plan de bataille à la hauteur de la situation

Un tel mouvement ne tombera pas du ciel : comme le montrent les grévistes américains de l’automobile, de la santé et de la culture, une grève, cela se prépare. Il s’agit tout d’abord d’arrêter de quémander des miettes : l’inflation alimentaire et énergétique est aux alentours de 15 à 20% sur un an, et l’inflation des années 2021 et 2022 n’a pas été rattrapée, loin s’en faut. Pour convaincre nos collègues d’une grève reconductible, il faudra d’abord que le jeu en vaille la chandelle : demandons 20% d’augmentations, 400€ pour tous, voilà des enjeux qui pourraient pousser des gens à faire grève.

Ensuite, il faudra coordonner tous les secteurs. Aujourd’hui, chaque grève pour les salaires se font lors des Négociations Annuelles Obligatoire (NAO). Le travail des fédérations et confédérations devrait être de casser les divisions que le patronat nous impose et de proposer un plan de guerre qui concerne chaque branche de l’industrie voir tout le monde du travail. Ce plan ne pourra pas être une journée de grève tous les deux mois. Qui peut croire que 8h de grève feront plier les Stellantis, les Carrefour et le ministre de la fonction publique ?


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