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Transports

SNCF. Une victime de VSS et le syndicaliste qui la défend convoqués en conseil de discipline

Depuis que Marion a dénoncé une agression sexuelle subie sur son lieu de travail, elle et Régis, le syndicaliste qui l’a défendue, sont menacés de licenciement par la direction qui cherche à les faire taire. Un rassemblement de soutien est appelé ce mardi à Paris.

Aya Namar

15 avril

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SNCF. Une victime de VSS et le syndicaliste qui la défend convoqués en conseil de discipline

La Direction enterre une agression sexuelle et réprime la victime et un lanceur d’alerte

Marion, agent circulation à Haguenau près de Strasbourg, a subi en mai 2023 une deuxième agression sexuelle sur son lieu de travail par un de ses collègues. Régis, délégué syndical SUD-Rail, est témoin direct des faits et propose à Marion de faire un signalement. Régis déclarera cette agression à la direction à la fin d’une réunion deux jours plus tard, sans nommer ni la victime ni l’agresseur. Plusieurs mois se passeront sans que la Direction de la SNCF ne prenne de véritables mesures pour protéger Marion d’une troisième agression. Elle se contentera d’enquêter pour découvrir les protagonistes et leur faire un rappel en 10 minutes.

Mais l’auteur des faits ne retient de tout ça qu’une seule chose : c’est Régis, le syndicaliste SUD-Rail qui a encore créé des problèmes pour rien. C’est en tout cas ce qu’il répète à plusieurs reprises lors du petit rappel déontologique qui lui est fait, comme en témoigne Marion. Peu de temps après, la commission de l’Ethique est saisie « anonymement » et la direction engage alors un cabinet privé EGIDIO pour enquêter sérieusement sur le comportement de Régis en gare d’Haguenau. Voici peut-être une occasion de se débarrasser de ce militant qui a mis des bâtons dans les roues de sa direction à maintes reprises et récemment encore sur une réorganisation de la gare.

Une enquête à charge est alors menée pour tenter de démontrer que Régis harcèle ses chefs et ses collègues dans l’exercice de son mandat. Il serait trop présent en gare, poserait trop de Demandes de Concertation Immédiates à la direction, serait trop souvent en délégation syndicale. Il lui est même reproché d’avoir fait un « faux signalement » concernant l’agression sexuelle dont il dit avoir été témoin. Une des conclusions de l’enquête, reprise dans la demande d’explication de Régis pour entamer sa procédure de licenciement est donc que Marion et lui ont menti pour faire accuser l’agresseur. Une plainte a été déposée par Marion et Régis a entre temps fait une saisie officielle de l’Ethique. Mais la SNCF persiste à dire que tout cela n’a pas existé et s’enlise dans une enquête opaque et partiale à charge.

La SNCF tente de salir Marion pour lui retirer le droit de se plaindre d’être touchée sans son consentement

Les propos de Marion sont balayés d’un revers de la main. Puisqu’elle refuse de changer sa version des faits, la SNCF via le cabinet EGIDIO va chercher auprès de ses collègues des ragots, des anciennes histoires pour la salir. C’est ainsi qu’ils utilisent un geste déplacé qu’elle aurait elle-même eu sur un autre collègue (qui ne s’en était jamais plaint), la Direction retourne l’histoire et tente de faire passer Marion pour une agresseuse sexuelle qui n’a donc pas le droit de se plaindre si on la touche. Elle reçoit à son tour, le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, une demande d’explication par courrier recommandé indiquant qu’elle risque le licenciement. Le motif principal est le harcèlement à l’encontre de son agresseur et l’agression sexuelle vis-à-vis d’un collègue. Ce dernier ne voulant pas être utilisé par l’entreprise à des fins de répression a fait un écrit témoignant qu’il n’a pas été agressé.

Des premiers rassemblements ont eu lieu pour Régis et Marion, notamment le 15 mars ou près de 200 personnes sont venus soutenir Marion. Un déluge médiatique et le soutien de nombreuses associations et personnalités ont permis de faire un peu reculer la SNCF sur la sanction de Marion qui est tout de même menacée d’un dernier avertissement avant licenciement et de 10 jours de mise à pied. Régis, lui, reste toujours menacé de licenciement.

Des rassemblements pour exposer la SNCF dans sa gestion honteuse des VSS

La victime et le témoin, Marion et Régis sont donc respectivement convoqués à Paris le 16 avril et à Strasbourg le 17 avril, en conseil de discipline. Deux rassemblements sont organisés pour permettre à un maximum de monde de venir les soutenir et leur donner de la force. Comment peut-on qualifier une victime d’agression sexuelle en bourreau dans une entreprise qui se vante de son féminisme et qui, plusieurs semaines avant le 8 mars a communiqué via tous les systèmes d’information sur les violences sexistes et sexuelles et la nécessité de les déclarer si on en est témoin ou victime ? Une plateforme de formation pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles a même été mise en place.

Nous sommes ainsi en droit de nous demander si pendant les 12 prochains mois, pendant lesquels Marion pourrait être sous la menace de ce « dernier avertissement » qui fera de la moindre « erreur » un motif de licenciement, elle pourra à nouveau dénoncer les violences sexistes et sexuelles dont elle pourrait être victime ? Et quel message est envoyé à toutes les femmes de l’entreprise ?

Plus largement, ces attaques s’inscrivent dans un contexte post-luttes des travailleurs après la période COVID et la bataille contre la réforme des retraites qui a réuni des millions de personnes dans la rue. Une vague incommensurable d’attaques à l’encontre des militants syndicaux dans un grand nombre d’entreprises a vu le jour pour réprimer toute forme de contestation. A l’instar de Christian Porta, délégué CGT chez Neuhauser du groupe In Vivo, menacé lui aussi de licenciement pour harcèlement vis-à-vis de sa direction, les salariés combatifs se trouvent dans le viseur des directions d’entreprises. Une répression qui se mène avec les mêmes procédés, les mêmes accusations, pour mettre à mal tous les travailleurs qui oseraient se lever contre le patronat.

Pour ce qui concerne la SCNF, l’ouverture à la concurrence et les JO de Paris mettent en lumière la volonté de la direction de faire taire toute forme de revendication et de réprimer très durement toute personne qui oserait lever le tête, et ce, pour l’exemple. C’est pour cette raison que nous appelons tous les travailleuses et travailleurs ainsi que toutes les personnes qui luttent contre les violences sexistes et sexuelles à nous rejoindre pour soutenir Marion qui fait l’objet en plus de ce conseil de discipline d’une campagne diffamatoire digne de l’âge de pierre sur sa supposée légèreté. Rendez vous le 16 avril à 13h au 21 rue d’Alsace, près de Gare de l’Est, à Paris. Nous appelons aussi ceux qui pourront se déplacer en Alsace a venir soutenir Régis sur le parking de la direction régionale 17 avril à Strasbourg à 12h. Réunissons la plus grande solidarité pour faire front face à ces attaques du patronat !


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