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Palestine Vivra

Répression coloniale : vers une invasion terrestre de Gaza par l’armée israélienne ?

Après l’attaque surprise du Hamas contre Israël ce samedi 7 octobre, l’État sioniste a débuté une campagne de guerre totale d’une violence inouïe contre la population palestinienne, qui pourrait se concrétiser dans les jours qui viennent par une attaque terrestre de grande ampleur.

Arsène Justo

9 octobre 2023

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Répression coloniale : vers une invasion terrestre de Gaza par l'armée israélienne ?

Times of Gaza

Après l’offensive palestinienne de samedi, l’humiliation est immense pour l’État d’Israël. La riposte de l’État colonial ne s’est pas faite attendre : 4 heures seulement après les premières incursions, Benyamin Netanyahou a publiquement pris la parole et déclaré « Israël est en guerre. [Je] procède à une vaste mobilisation des réservistes pour riposter à une échelle et avec une intensité que l’ennemi n’a jamais connue jusqu’à présent », préfigurant une opération de représailles d’une violence inouïe.

Opération Épées de fer : l’État d’Israël réprime violemment la population palestinienne

La réaction israélienne, nommée par Tsahal « opération Épées de fer » a débuté quelques heures après l’offensive palestinienne. Elle a évidemment consisté en partie en une contre-attaque sur les positions capturées par le Hamas, mais s’est surtout concrétisée par une déferlante immédiate de tirs de missiles contre la bande de Gaza, où sont parqués 2.3 millions de palestiniens. Ce lundi en fin de journée, un communiqué de l’armée israélienne déclare que celle-ci a touché « plus de 1 200 cibles » entre samedi et lundi matin, ce chiffre aurait doublé depuis ce matin.

Si l’armée israélienne s’est empressée d’expliquer que l’attaque vise les cachettes des militants du Hamas, il est flagrant que les bombardements ont également visé des habitations, des églises, des mosquées et des hôpitaux. De surcroit, l’État colonialiste n’a pas hésité à répliquer en faisant usage selon l’AFPS (Association France Palestine Solidarité) « de phosphore blanc, une substance chimique toxique disséminée par les obus d’artillerie et les bombes ». Un composant qui s’enflamme avec l’oxygène, brûle la peau et cause de graves dommages aux organes internes.

À cette opération punitive, responsable pour la seule journée du dimanche 8 octobre de 413 morts et 2300 blessés (un bilan porté à présent à un total de 560 morts et 2 900 blessés), s’ajoute l’annonce du ministre Yoav Galant de la suppression totale des approvisionnements gazaouis en eau potable, gaz et électricité. L’objectif est clair et revendiqué par le ministre : il s’agit de soumettre la bande de Gaza à un « siège complet ». Allant encore plus loin dans l’abject, l’ancien général devenu haut-fonctionnaire a déclaré « Nous combattons des animaux et nous agissons en conséquence », un commentaire glaçant qui laisse peu de doute sur les horreurs dont la population palestinienne s’apprête à être la cible.

Vers une invasion terrestre de Gaza ?

Israël ne se contente pourtant pas d’une telle réponse. En effet, une opération terrestre de Tsahal dans la bande de Gaza semble de plus en plus se dessiner, un projet soutenu par un grand nombre de soutiens du régime sioniste. L’imminence de cette offensive semble être confirmée par les nombreux mouvements de soldats, de pièces d’artillerie et de chars en direction de Gaza, mais également par la mobilisation de 300 000 réservistes en seulement 48 heures.

Alors que Netanyahou a annoncé à sa population « une longue guerre », il semble de plus en plus évident que le gouvernement chercher également à préparer les esprits à une telle opération dans la bande de Gaza. Si le gouvernement israélien tolérait jusqu’à présent le bantoustan gazaoui, qui lui semblait être le meilleur outil (et le plus économique) pour maintenir sa domination coloniale sur les 2.3 millions de palestiniens qui y vivent, l’offensive du Hamas et l’humiliation qui s’en sont suivi pour Israël ont rebattu les cartes : le gouvernement et la bourgeoisie sionistes sont prêts à une occupation coûteuse si elle leur permet d’écraser définitivement la résistance palestinienne.

C’est ce que confirme Kobi Michael, spécialiste des questions de défense à l’Institute for National Security Studies de Tel-Aviv : « Nous n’allons pas mener une guerre de six jours, nous partons pour du long terme. L’objectif consistera à assurer le contrôle du territoire de la bande de Gaza pour installer au pouvoir une alternative au Hamas. La population israélienne sait que ce sera éprouvant, mais que nous n’avons pas le choix : l’autre option signifierait la fin de l’Etat d’Israël. Nous finirons par l’emporter. ». Dans ce sens également le ministre de la défense Yoav Galant déclare sans ambigüité : « il s’agit d’une guerre pour notre avenir. Faire payer le prix fort à l’ennemi est une exigence pour notre continuité dans la région ».

Autres soutiens inconditionnels d’une guerre totale contre les palestiniens : les ligues ultra-orthodoxes et suprémacistes juives, qui sont pour certaines entrées au gouvernement israélien l’année dernière. Ces milices, qui rêvent d’une Israël « ethniquement pure » voient dans cette situation l’occasion de procéder à de véritables nettoyages ethniques, non seulement dans la bande de Gaza, mais aussi au sein du territoire sous autorité israélienne directe, où de nombreux palestiniens vivent et travaillent (près de 20% des habitants d’Israël sont des palestiniens). Comme le note Middle East Eye, des groupes d’extrême-droite sioniste sont en train d’envoyer des messages incitant au meurtre des Palestiniens : « Cher peuple juif, le temps est venu d’agir contre l’autre camp. Enlevez les Arabes, assassinez sans crainte. Vous voyez un Arabe dans la rue ? Jetez-le dans la voiture, maltraitez-le et n’oubliez pas de le photographier et de l’afficher. Les enfants, les femmes et les adultes sont tous concernés. Sans pitié, vous devez immédiatement kidnapper et tuer tout Arabe, quel que soit son sexe ou son âge. Brûlez les entreprises qui emploient des Arabes et affichez-les en ligne pour leur faire honte et travailler contre eux ».

Par ailleurs, cette offensive est soutenue par un grand nombre de représentants de la bourgeoisie internationale, convaincus qu’une victoire sanglante d’Israël est ce qui s’alignerait le plus avec leurs propres intérêts. Premier d’entre eux : les Etats-Unis de Joe Biden. Ce dernier s’est ainsi empressé de promettre dimanche que son pays fournirait « tous les moyens de soutien appropriés » à Israël, actant en effet l’envoi de matériel militaire quelques heures après, notamment des avions de chasse.

Une politique relayée par la presse bourgeoise internationale, dans laquelle des éditorialistes appellent à une offensive contre Gaza, à l’image de Bret Stephens dans le New-York Times, qui expliquait samedi : « le contrôle du Hamas sur Gaza doit prendre fin ». Le sous-texte est limpide…

Une offensive loin d’être sans danger pour l’État d’Israël

Une telle offensive ne sera pourtant pas sans risques pour l’État sioniste. En premier lieu parce que le Hamas retient un certain nombre d’otages, capturés justement en prévision d’une offensive de grande ampleur contre Gaza. Cela ne constitue cependant pas le seul problème auquel Israël s’expose en lançant une telle opération : l’occupation qu’elle annonce sera longue et coûteuse, tant matériellement que politiquement. Il fait plutôt consensus que Tsahal dispose d’une force suffisante pour occuper toute la bande, mais parviendra-t-elle pour autant à étouffer toute résistance

Il y a plutôt à parier que le Hamas adoptera une tactique de guérilla et d’escarmouches, tout en se renforçant politiquement auprès des populations locales pour lesquelles il apparaîtra comme l’opposant principal à un occupant haï. En miroir, une longue occupation de Gaza risque de coûter politiquement au gouvernement israélien : si l’heure est à l’unité nationale, il ne faudrait pas croire pour autant que la violente crise qui a secoué l’État sioniste ces derniers mois a disparu. Il est vraisemblable que l’union nationale ne durera pas éternellement, surtout si les coûts de l’occupation se mettent à peser trop durement sur les classes populaires israéliennes.


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