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Le capitalisme tue

Procès de France Télécom : six cadres nient leur responsabilité en appel

C'est un procès qui s'éternise autour de France Telecom et de certains dirigeants qui refuse toujours d'admettre leurs parts de responsabilités dans les drames humains qui ont traversé l'entreprise.

Joshua Cohn

12 mai 2022

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Crédit photo : Jean-Pierre Clatot/AFP

Mercredi s’est ouvert le procès en appel de six anciens cadres et dirigeants de France Télécom contestant leur condamnation en première instance pour harcèlement moral ou complicité de harcèlement moral. Un appel pour refuser d’assumer leur part de responsabilité dans les méthodes de management extrêmement brutale de l’ancienne entreprise publique à la fin des années 2000 qui auront fait 39 victimes reconnues par la justice, dont 19 se sont suicidées et 12 ont tenté de le faire.

Le 11 mai à la cour d’appel de Paris s’est ouvert le procès en appel de six anciens cadres dirigeants de France Télécom, condamnés le 20 décembre 2019 par le tribunal correctionnel de Paris pour harcèlement moral ou complicité de harcèlement moral dans le cadre de l’affaires des suicides de l’ancienne entreprise publique. Cette dernière, condamnée en tant que personne morale, ainsi Olivier Barberot, ex-DRH de la société, n’ont pas fait appel.

Retour en salle d’audience donc pour l’ancien PDG Didier Lombard et son ex-numéro deux Louis-Pierre Wenès, tous deux condamnés pour harcèlement moral à un an de prison, dont huit mois avec sursis, et 15 000 euros d’amende en 2019. Il s’agit aussi de quatre cadres : Jacques Moulin, Brigitte Dumont, Nathalie Boulanger et Guy-Patrick Cherouvrier, reconnus coupables de complicité de harcèlement moral en première instance.

La position de Didier Lombard, partagée par ses anciens collaborateurs, y compris l’ex-DRH qui s’est désisté de son appel est sans équivoque. Dans sa première intervention de l’audience, il déclare : « Je considère que je n’ai pas été écouté et qu’il y a eu un refus manifeste d’essayer de comprendre la politique que nous avons menée. […] J’ai entendu les souffrances exprimées au cours de l’instruction et de l’audience et j’en resterai à jamais profondément désolé. Mais je continuerai de dire que ce n’est pas la politique que j’ai voulue.  »

En somme, si les victimes de France Télécom et leurs souffrances ne sont pas niées, personne, selon l’ancienne direction, n’est vraiment responsable des 19 morts et des multiples corps, vies et familles brisées. Le contexte économique de l’époque, les bouleversements du marché des télécommunication, le développement d’internet, la concurrence et les difficultés financières de France Télécom deviennent les causes extérieures et irrépressibles d’une inéluctable dégradation des conditions travail. En somme, le discours habituel du néolibéralisme selon lequel ni les patrons qui licencient, ni les politiciens qui cassent les services publics ne sont responsables de la dégradation des conditions de vie des travailleurs.

Un acharnement à nier leurs responsabilités qui exaspère Patrick Ackermann, un syndicaliste Sud : « Ce procès en appel est sans doute un surcroît de douleur pour les victimes. Il y a un entêtement des six ex-dirigeants à maintenir leur appel.  »

Les débats se poursuivront jusqu’au 1er juillet avant que la cour d’appel ne tranche quant au sort des six appelants.


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