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Pas de moyens, pas de rentrée !

Pas de rentrée dans le 93 : grève reconductible et AG pour dénoncer la casse de l’éducation

Après deux journées de grève très réussies dans le 93, avec près de 40% de grévistes en moyenne lundi, les personnels d’éducation réunis en AG départementale ont décidé de reconduire la grève jusque jeudi 29 février. « Pas de moyens, pas de rentrée ! » est le mot d’ordre de la mobilisation pour dénoncer la casse de l’éducation publique dans le département, mais aussi protester contre l’aggravation de la mise en place d’une école du tri social, de l’exclusion et de la mise au pas de la jeunesse populaire.

Correspondant-e

27 février

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Pas de rentrée dans le 93 : grève reconductible et AG pour dénoncer la casse de l'éducation

Crédit photo : Révolution Permanente

Plan d’urgence 93 : « On veut la caillasse de Stanislas »

A quelques dizaines de mètres de Stanislas et à quelques pas du ministère de l’Education Nationale, dans le très chic 6ème arrondissement de Paris, 700 enseignant.e.s et personnels d’éducation de la Seine-Saint-Denis font leur rentrée et débordent le rassemblement en partant en manifestation vers le collège Stanislas, rapidement empêchés par les CRS, ils se retrouvent finalement à bloquer une partie du boulevard Raspail.

Depuis ce lundi 26 février, jour de rentrée pour la zone C de l’agglomération parisienne, les profs et personnels d’éducation de la Seine-Saint-Denis, s’activent pour organiser la grève appelée par l’intersyndicale 93 (Sud Education, CGT, Snes-Fsu et CNT), dans leurs établissements, dans des Assemblées Générales de ville, et dans des rassemblements le matin, à Saint-Denis, Noisy-le-Sec, Montreuil, Bagnolet …, et l’après-midi à Paris devant le très contesté établissement Stanislas. Le mardi après-midi c’est devant la DSDEN du 93 qu’ils se retrouvent tout aussi nombreux et scandent "Ni uniforme, ni groupe de niveaux. Des postes et des moyens, c’est ça qu’il faut !"

Tout un symbole : quand face à la débauche de moyens (publics) alloués à Stanislas – gymnase et piscine en plein Paris, vote d’une subvention de plus de 900 000 euros au lycée par la Région Ile-De-France, les élèves de Seine-Saint-Denis cumulent en moyenne un an de scolarité en moins, faute de professeurs remplacés, des établissements délabrés, et 25% de dépenses en moins par rapport à un élève parisien alors même que le département compte parmi les plus pauvres de France.

C’est la grève du 1er février et la mobilisation de près de 50% des agents de l’éducation nationale qui lance la mobilisation. En Assemblée Générale, à Paris, les personnels d’éducation de Seine-Saint-Denis décident de lancer cette grève dès la rentrée, alimentée depuis par les annonces de coupe budgétaire et la réaffirmation des groupes de niveaux. Ce lundi 26 et ce mardi 27 février, force est de constater que la mobilisation est un succès.

« Les 700 millions de coupe budgétaire sont un crachat de plus aux travailleurs de l’éducation. Dans une période d’inflation, il faut qu’on se réunisse tous ensemble en AG avec les parents, les familles, les élèves pour discuter des attaques et s’organiser »

Le refus d’une école du tri social et de l’exclusion

Selon les organisations syndicales, lundi, les taux de grève avoisinaient les 40% sur le département, avec des pics de mobilisation en particulier dans les collèges, très remontés contre la mise en place des groupes de niveau et la réforme prévue par Gabriel Attal, Oudéa-Castéra, et confirmée par la nouvelle ministre en place, Nicole Belloubet. Comme au collège Travail-Langevin de Bagnolet, avec 80% de grévistes, au collège Romain Rolland, de Tremblay-en-France, où 75% des enseignant.e.s étaient en grève lundi, mardi et ce mercredi ou encore au collège Langevin-Wallon de Rosny-sous-Bois qui a compté près de 85% de grévistes : « C’est du jamais vu » rapporte T. professeur à Tremblay et présent à l’AG départementale le lundi soir.

« Quel avenir pour la jeunesse ? Une école où à l’image de tout le reste de la société les inégalités ne font que se creuser ? Une école où on se contente d’apprendre au plus grand nombre l’obéissance, à coup de service national universel (SNU) pour les lycéens et les collégiens, et de port de l’uniforme ? À tout cela nous disons non. Soyons nombreux à rejoindre la lutte ! »

La grève ne se limite pourtant pas aux enseignants, mais touche également les vies scolaires (CPE, AED, AP), largement sous-dotées par rapport au besoin de présence adulte dans les établissements de Seine-Saint-Denis pour accompagner et encadrer les élèves. Ce mercredi au Lycée Paul Élaurd de Saint-Denis c’est encore 100% de la vie scolaire qui est en grève. Ainsi que, bien que dans une moindre mesure, les professeurs des écoles, en grande difficulté face au manque d’AESH pour assurer l’inclusion des élèves en situation de handicap dans les classes : « si on veut sortir d’une perspective validiste et inclure véritablement les élèves en situation de handicap, il nous faut une AESH par élève, mais aussi des formations pour apprendre à mener une pédagogie différenciée à destination des élèves à besoins spécifiques » rapporte H., professeure des écoles à Aubervilliers, dont l’école était fermée ce lundi.

Des AG de ville massives et le vote d’une grève reconductible pour mardi

Au-delà des taux de grève très importants, la dynamique est aussi à la grève active et à l’auto-organisation, avec l’instauration de piquets de grève et de rassemblements : devant les portes du lycée Blaise Cendrars de Sevran, ce lundi (et reconduit mardi 27 février au matin), les enseignant.e.s organisent un piquet de grève, avec tract et petit déj’ pour accueillir collègues et lycéen.ne.s et leur expliquer les motifs de la mobilisation. Ou encore, par des rassemblements, comme au lycée Paul Robert, aux Lilas, ou encore à Montreuil, ou devant la mairie de Saint-Denis.

Fait notable et inédit depuis plusieurs années, les Assemblées Générales de ville, regroupant les établissements par bassin, ont été massives. Non seulement dans les zones où cette tradition de lutte est déjà bien mise en place - avec 90 personnes à Saint-Denis, 70 à Aubervilliers, 70 pour Montreuil-Bagnolet et 50 pour Romainville-Les Lilas– mais également dans des bassins moins mobilisés habituellement , comme l’AG Stains-Pierrefitte.

Dans ces conditions, ce sont plus de 150 enseignant.e.s et représentant.e.s des AG locales qui se sont rassemblés, à la bourse du travail de Paris pour discuter des suite de la grève : avec l’appui des AGs locales, et à la majorité, la reconduction de la grève a été votée pour le mardi 27 février, ainsi que l’appel à un rassemblement devant la DSDEN (Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale) de Bobigny mardi après-midi à 14h. Une nouvelle Assemblée générale à 16h30 le mardi à la bourse du travail de Bobigny a regroupé plus de 250 travailleurs de l’éducation est voté la grève reconductible jusque jeudi 29 février. Avec une réelle volonté de s’organiser pour élargir la grève et la mobilisation, que ce soit auprès des établissements qui ne sont pas encore mobilisés, avec une dynamique de grève marchante, mais aussi des élèves et de leurs familles. En ce sens, des tournées pour aller chercher d’autres établissements ont été prévus.

Et déjà, dans l’AG départementale, on réfléchit et on répertorie les initiatives qui sont portées : à la Courneuve, une réunion avec les parents de collégiens de Politzer et des lycéens de Jacques Brel est prévue le 7 mars. Plusieurs tractages auprès des parents d’élèves sont également prévus, avec la volonté que l’éducation devienne un combat d’ensemble. En ce sens, la volonté exprimée de se tourner du côté des lycéen.ne.s, impactés par l’instauration du SNU, le stage obligatoire en seconde, les mesures autoritaires du port de l’uniforme et les logiques de tri social portées par Parcoursup, est primordiale. Afin de refuser d’être le relai de l’embrigadement et de la mise au pas de la jeunesse que le gouvernement souhaite nous imposer, et de lutter aux côtés de ceux qui subissent le plus la destruction de l’éducation et son quotidien néfaste, à savoir les élèves.

Généraliser le conflit, pour un mouvement dur et d’ensemble contre le projet d’éducation mortifère de Macron

Suite à la journée de grève massive du 1er février, cette dynamique locale ainsi que la radicalité exprimée en cette rentrée illustre des avancées notamment en terme d’auto-organisation et confirme la volonté de tout un secteur d’enseignants de partir en grève dure et reconductible et d’en finir avec les journées de grève perlées comme l’a notamment illustré le sondage de la FSU. Elle constitue une démonstration supplémentaire de la profondeur de la colère qui s’exprime à la base, et s’étend y compris au-delà du 93, dans des établissements de Paris et du 95.

Cette dynamique constitue un point d’appui qu’il s’agit de nationaliser pour aller vers une dynamique de grève majoritaire dans le secteur, dans la perspective de construire une grève reconductible. Face à un gouvernement déterminé à imposer son projet social et d’éducation mortifères, seul un durcissement du rapport de force permettra de le faire reculer. Pour ce faire, il est nécessaire de multiplier les initiatives à la base, de renforcer les cadres d’auto-organisation qui sont des outils pour organiser cette réponse d’ensemble dont nous avons besoin. En ce sens, la dynamique de grève marchante est un point d’appui essentiel et doit être accompagnée d’un discours politique adressé et relayé à l’ensemble du secteur, au-delà des établissements du 93. De plus, si nous voulons que la lutte contre leur projet d’éducation devienne un combat d’ensemble, la question de nos revendications et de leur élargissement est clé. Pour réussir à s’adresser jusqu’au bout à nos élèves et à leur famille, il est nécessaire qu’on s’attaque à l’ensemble du projet d’éducation du gouvernement, incluant les offensives visant à stigmatiser, matraquer et mettre au pas nos élèves.

Des tâches qui sont aujourd’hui primordiales si nous souhaitons mettre un coup d’arrêt au projet du gouvernement. En ce sens, la radicalité exprimée en cette rentrée détonne, une nouvelle fois, avec la politique menée par les directions syndicales de l’éducation, aujourd’hui très passives. Suite à la journée du 1er février, et à la volonté exprimée à la base de nouvelles journées de grève, ces derniers avaient appelé à la journée du 6 février. Mais alors que la colère et la radicalité exprimées étaient fortes, les suites du plan de bataille restent très flou de sorte qu’il n’y a toujours d’appel à la grève clair le 19 mars, aux côtés de la Fonction publique. Ainsi, bien loin d’un plan de bataille cohérent qui puisse mettre à profit la colère exprimée le 1er février, les directions syndicales restent dans une stratégie attentiste et refuse de battre le fer tant qu’il est chaud. Or, au vu de la détermination du gouvernement, imposer de telles revendications implique un rapport de force conséquent, qu’une stratégie de journée isolée ne permettra pas d’obtenir. Avec le bilan du mouvement des retraites en tête, la stratégie de grèves isolées est par ailleurs remise en cause dans une partie du secteur, comme l’a exprimé les sondages initiés récemment par la FSU, ou encore la dynamique de grève reconductible qui a lieu aujourd’hui dans le 93.

Cette contradiction entre le plan proposé par les directions syndicales et nos aspirations à la base montre que nous devons préparer le durcissement du plan de bataille, en imposant nos revendications et les modalités avec lesquelles les imposer aux directions. Ces dernières doivent prendre acte de l’ampleur de la colère et poser un plan de bataille qui non seulement appelle et construit réellement le 19 mars, mais qui pose les bases d’un réel plan de bataille qui cherche à s’appuyer sur les dynamiques les plus progressistes comme en région parisienne pour construire une mobilisation majoritaire dans la perspective d’une grève reconductible. Cela ne peut être possible qu’en articulant un programme qui cherche à s’adresser à l’ensemble du secteur en revendiquant des moyens, des augmentations de salaires, et le retrait de toutes les mesures de sélection sociale et des lois autoritaires et racistes.


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