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Impérialisme français

Opération coloniale à Mayotte : « on est prévenus que des élèves vont disparaître des classes »

Alors que l’opération coloniale « Wuambushu » pilotée par Darmanin se prépare à Mayotte, nous avons interviewé Esther, enseignante dans un lycée de l'île. Elle revient sur les probables conséquences de l’opération notamment pour les lycéens sans-papiers.

Maëva Amir

12 avril 2023

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L’opération « Wuambushu » pilotée par Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-Mer n’a toujours pas été annoncée officiellement. Pourtant, elle se prépare déjà sur l’île de Mayotte à grands renforts sécuritaires avec des unités de police et de gendarmerie envoyées depuis la métropole. C’est probablement aux alentours du 22 avril, jour de la fin du ramadan, que sera lancée cette intervention qui a tout d’une opération militaire. Il s’agira d’une part d’expulser plus de 250 étrangers par jour, essentiellement comoriens mais aussi de mener un vaste « décasage » c’est-à-dire de destruction de l’habitat informel. Au total, ce seront environ 17 000 personnes qui seront déportées d’ici le mois de juin dans une opération qui s’annonce extrêmement violente et qui prend les allures d’un véritable « nettoyage » xénophobe anti-comoriens.

Des organisations de la société civile comorienne alertent déjà sur le « massacre à venir ». Esther, enseignante dans un lycée à Mayotte, qui nous avait déjà raconté que « les profs sont prévenus par leur hiérarchie qu’il faut s’attendre à ce que certains élèves ‘disparaissent’ des classes », a accepté de témoigner plus longuement pour Révolution Permanente sur les conséquences de cette opération.

Révolution Permanente : Quelle est la situation à Mayotte à quelques semaines de l’opération d’expulsions massives et de décasage prévue par le gouvernement français ? Comment cette opération se prépare-t-elle sur place ?

Esther : Ce qu’on voit c’est toujours plus de contrôles. Les policiers et la PAF (police aux frontièrex) sont beaucoup plus visibles, même si d’habitude ils sont déjà très présents. Par exemple, sur la route ce week-end il y avait des barrages de police pour arrêter les personnes sans papiers. Les arrestations ont déjà commencé à augmenter.

Dans les quartiers informels, certaines personnes ont déjà commencé à s’enfoncer dans la forêt dans des zones enclavées pour éviter les contrôles et prévenir l’opération qui va avoir lieu. Il y a déjà des déménagements forcés en prévention des décasages et des expulsions.

Il y a beaucoup d’informations qui circulent de manière informelle. Tous les hôtels sont réservés pour les policiers qui arriveront en renforts et c’est d’ailleurs probablement par le biais du personnel des hôtels que l’opération a fuité dans le Canard Enchaîné. Certains gymnases sont également réquisitionnés. Par exemple, une des MJC sera très probablement réquisitionnée pendant les vacances, précisément au moment où l’opération devrait avoir lieu. Les gens commencent à en parler entre eux et essayent de recouper les informations entre elles puisqu’il n’y a pas encore d’annonces officielles. Cette opération tombera également en pleine pénurie d’eau ce qui risque également d’aggraver la situation sur l’île. Des restrictions de plus de 24 heures sont prévues.

RP : Concrètement qu’est-ce que cette opération promet de changer pour tes élèves ?

Esther : Officiellement un élève mineur ne peut pas être expulsé, mais dans la réalité il y a déjà des abus. Il y a aussi des élèves majeurs pour qui, même s’ils sont scolarisés, ce qui prime c’est leur majorité et qui peuvent donc être expulsés. J’ai un ami prof dont un des élèves s’est fait contrôler récemment pas loin du lycée puis expulser. Il y a quand même beaucoup d’élèves majeurs dans nos classes notamment en Terminale et ceux-là seront directement concernés par l’opération. Le problème c’est aussi que l’opération va commencer pendant les vacances scolaires. Les établissements ne pourront donc pas répondre pour bloquer les expulsions en fournissant les preuves de la scolarisation de certains élèves.

Ça c’est pour les élèves. Leurs parents seront évidemment susceptibles d’être arrêtés. Dans le lycée d’à côté, une parent d’élève s’est faite expulser il y a quelques semaines et ce genre de situation déjà plutôt courante risque d’exploser avec l’opération. Les décasages pourront aussi concerner des élèves et leur famille. Deux mois avant le bac, il y a donc des élèves qui vont se retrouver sans logement et qui ne pourront plus venir à l’école. Les jours d’examens vont devenir des jours dangereux pour des élèves parce que ce sont des moments où ils vont devoir beaucoup se déplacer et donc multiplier leur chance d’être arrêtés.

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RP : De manière générale, dans quel cadre s’inscrit cette nouvelle opération à Mayotte qui ressemble de plus en plus à une opération de déplacement forcé de la population comorienne sur place ?

Esther : L’idée du gouvernement c’est de faire un gros coup mais c’est déjà la vie courante à Mayotte. Ces expulsions, ces décasages, ils ont déjà lieu. Chaque nouveau préfet augmente ses exigences, depuis 1 an c’était un décasage par mois et avec l’opération ce sera un par semaine. C’est d’une certaine manière la gestion courante de l’île qui va s’accélérer.

Par exemple, il y a déjà beaucoup de majeurs nés en France à Mayotte qui n’ont pas de papiers notamment depuis la restriction du droit du sol, ils sont donc expulsables. Il faut maintenant prouver qu’avant la naissance un de tes parents avait un titre de séjour. Plusieurs personnes comoriennes sont expulsées alors qu’elles sont là depuis longtemps. Il faut savoir aussi que les titres de séjour accordés à Mayotte ne permettent pas de quitter l’île donc pour les étudiants ils ne peuvent pas partir étudier ailleurs. Les élèves sont d’ailleurs très conscients que leurs études vont probablement devoir s’arrêter après 18 ans.


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