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CHU de Montpellier

« Onet malhonnête, CHU complice » : pour les grévistes, ce n’est pas qu’un slogan

Les salariés d'ONET qui assurent l'entretien du CHU de Montpellier sont en grève depuis le 13 septembre dernier. Une lutte à laquelle l'entreprise ne répond que par le mépris, et la direction du CHU par un silence complice alors que les personnels « essentiels » de la période COVID tirent aujourd'hui la sonnette d'alarme par rapport à leurs conditions de travail.

Louise Kervella

7 novembre 2023

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« Onet malhonnête, CHU complice » : pour les grévistes, ce n'est pas qu'un slogan

Hier matin, les patients du CHU de Montpellier pouvaient voir à l’entrée du site un collage indiquant « Onet malhonnête, CHU complice ». Un peu plus loin se trouvait le piquet des agents de nettoyage de la société de sous-traitance Onet, qui sont en grève depuis 57 jours. Pour faire face à l’inflation et à la dégradation de leurs conditions de travail ils et elles réclament une prime annuelle équivalente à un 13ème mois et le retrait des dispositifs de traçabilité et de contrôle de leur travail. Au cours des deux derniers mois, cette grève est devenue un évènement politique important sur la ville, avec plusieurs rassemblements organisés par les grévistes au CHU et dans la ville. De plus un comité de soutien regroupant de nombreuses personnes s’est constitué en se donnant pour objectif médiatiser la grève et de récolter des fonds pour la caisse de grève. En organisant collages, récoltes sur les marchés mais aussi deux soirées de soutien dont l’une d’entre elles a accueilli plus de 100 personnes et permis de récolter plus de 1000€.

Si cette grève rencontre autant d’écho, c’est parce que les conditions de travail imposées par Onet sont particulièrement dures et suscitent l’indignation. En plus du sous-effectif institutionnalisé et des contrats en temps partiels imposés qui poussent de nombreux salariés à cumuler les emplois, les directions du CHU et d’Onet leur ont récemment imposé un système de pointage à l’entrée et à la sortie de chaque salle nettoyée. Ce système est accompagné d’un management tyrannique qui leur impose des cadences infernales les empêchant de faire correctement leur travail et leur retirant du salaire pour les pauses que la direction estime "trop longues". Ces conditions moralement et physiquement épuisantes ont poussé les grévistes à se mobiliser pour réclamer la fin du système de pointage.

Cette exploitation s’accompagne sans surprise de salaires qui dépassent rarement le SMIC horaire avec de nombreux temps partiels. Ce fait est d’autant plus effarant quand on considère que la société Onet réalisait en 2021 trente-six millions de bénéfices nets obtenus sur le dos des travailleurs et surtout des travailleuses comme celles du CHU. Ces profits sont d’ailleurs en nette augmentation puisqu’ils ont triplé entre 2019 et 2021. Quand le confinement condamnait des centaines de milliers de travailleurs au chômage partiel ou complet, que les étudiants faisaient la queue par milliers pour des distributions alimentaires, et que les salariés d’Onet travaillaient au milieu des morts du Covid, attrapant plusieurs fois le virus, l’entreprise, elle, récoltait profits sur profits.

Face à cette exploitation débridée, la direction du CHU est en effet largement complice. Depuis près de deux mois, la direction de l’hôpital fait l’autruche, feignant de ne pas être concernée. Pendant ce temps, la saleté s’accumule dans l’hôpital. Cette politique du CHU se fait donc au mépris des grévistes mais aussi des patients et de leurs proches qui doivent utiliser des toilettes sales où il n’y a pas de papier hygiénique, des couloirs poussiéreux et des poubelles qui débordent. Par-dessus tout, le risque de maladies nosocomiales est un réel danger pour les patients, dont beaucoup ont évidemment la santé fragile.

L’usage même de la sous-traitance pour le nettoyage des hôpitaux constituent un scandale en soi. Depuis les années 70, « l’externalisation », c’est-à-dire le recours à des entreprises privées pour les services tels que le nettoyage ou la blanchisserie, a été systématisée dans les hôpitaux français. Dans ce système issu de la restructuration néolibérale du travail, les CHU embauchent des sociétés comme Onet pour faire un travail qui leur était auparavant dévolu. En résulte les temps partiels imposés et les conditions de travail inhumaines mentionnées plus tôt. Ainsi, le CHU représente la principale rentrée d’argent d’Onet dans la région de Montpellier. Ces sociétés, comme Onet mais aussi Elior ou Derichebourg sont spécialisées dans la sous-traitance et donc dans la surexploitation. Ces dernières années, Onet a fait face à plusieurs grèves des agents de nettoyage dans plusieurs de ses sites, notamment la grève victorieuse des agents de nettoyage des gares de Paris Nord en 2017, ou encore la grève éclair des agents de nettoyage de la RATP en mai dernier.

Pour l’hôpital, l’intérêt n’est pas que ses locaux soient parfaitement propres, mais bien de rogner le plus possible sur les coûts en donnant le contrat à l’entreprise qui lui demandera la plus basse somme. « L’externalisation » participe de la casse du système de santé en y introduisant des logiques de rentabilité propres aux entreprises privées. La rationalisation de tous les coûts, des heures de travail, mène inévitablement à la détérioration des services publics. Au-delà de la question financière, la sous-traitance est bien pratique pour l’hôpital qui peut donc ignorer les salariés en grève stipulant que c’est un conflit entre eux et leur entreprise.

Par ailleurs, le CHU met à disposition un local aux agents de nettoyage d’Onet pour qu’ils puissent y faire leurs pauses déjeuner par exemple. Mais ce local minuscule, sans réfrigérateur, se trouve au fin fond des sous-sols de l’hôpital, juste sous la morgue. Quelles pauses déjeuner peut-on prendre dans l’odeur de mort et la pénombre ?

Si ce n’était pas assez, le CHU a aussi prévu un grand plan de rénovation à hauteur de 730 millions d’euros sur les 7 prochaines années. Mais pourtant, l’hôpital ne pourrait pas se permettre d’augmenter les salaires des agents de nettoyage ou de les embaucher avec des contrats décents et des conditions de travail dignes ? S’il est évident qu’un investissement dans les murs n’est jamais une mauvaise chose, il est difficile d’imaginer un service d’hôpital de qualité simplement par la rénovation de ses salles et de leur équipement. Le sous-effectif et le surmenage ne se résument pas au personnel de nettoyage et c’est aussi une situation que les hôpitaux imposent au personnel soignant. Sans personnel ayant le temps de réaliser un travail de qualité, dans de bonnes conditions, le sort des patients maltraités restera le même, simplement avec des équipements neufs et une peinture toute fraîche. Ce plan de rénovation est salué par la directrice de l’hôpital et le maire de Montpellier Michaël Delafosse qui sont pourtant totalement muets sur la grève qui dure depuis près de deux mois dans leur hôpital.

Face au mépris d’Onet, véritable machine à broyer ses salariés, et à la complicité de la direction du CHU qui ferme les yeux sur cette surexploitation scandaleuse de celles et ceux qui assurent le premier maillon du bon fonctionnement de l’hôpital, faisons front avec les grévistes pour les aider à aller jusqu’au bout !

Rejoignez le comité de soutien et donnez à la caisse de grève !


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