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Transphobie

Meurtre de Brianna Ghey : un révélateur de l’impunité transphobe de la classe politique britannique

Le meurtre transphobe de l'adolescente Brianna Ghey a choqué le Royaume-Uni l'année dernière. Après le procès donnant lieu à des peines à perpétuité pour les meurtriers, cette mort est déjà instrumentalisée politiquement par les conservateurs et les travaillistes.

Benoit Barnett

15 février

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Meurtre de Brianna Ghey : un révélateur de l'impunité transphobe de la classe politique britannique

En février 2023, deux adolescents du comté de Warrington en Angleterre ont attaqué au couteau la jeune Brianna Ghey, la laissant morte dans un parc de la ville. Les deux adolescents ont été reconnus coupables et condamnés à perpétuité avec des peines de sûreté de 20 et 22 ans par le tribunal de Manchester. Lors d’une rencontre avec un psychiatre, Scarlett Jenkinson, membre du duo qui a assassiné Brianna, a reconnu avoir porté la majorité des coups et a déclaré avoir été « satisfaite et excitée par ce qu’elle faisait ». Les échanges par messages entre cette dernière et son partenaire, Eddie Ratcliffe, ont montré la préméditation de ce meurtre avec un plan d’action ainsi qu’une multitude de commentaires transphobes à l’encontre de la jeune fille. Brianna n’était pas la seule à être visée et faisait partie d’une « kill list » (liste de personnes à tuer) où étaient planifié l’assassinat de prochaines victimes.

La semaine dernière l’affaire s’est introduite au Parlement avec la venue de la mère de Brianna Ghey à la Chambre des communes. Dans un discours à ton mordant contre le président des Travaillistes Keir Starmer, le premier ministre des Conservateurs Rishi Sunak l’a accusé d’être une girouette sans positions constantes, et notamment sur la question en l’apparence anodine « Qu’est-ce qu’une femme ? » devenue une référence transphobe dans les sphères conservatrices. Si Starmer a proclamé que c’était « une honte » de plaisanter sur le sujet des personnes trans en présence d’une mère d’une adolescente trans assassinée, c’était une indignation de tartuffe car oui, Starmer à tout une histoire des prises de positions transphobes. L’échange au parlement a servi d’illustration de la transphobie traversant la classe politique britannique : celle qui a rigolé à la blague transphobe de Sunak sur les bancs conservateurs et celle qui a feint l’indignation sur les bancs travaillistes, tout en portant un programme de mesures qui ne protègent pas les personnes trans.

Consensus bipartisan : la transphobie d’État

L’affaire Brianna Ghey a été traitée comme un fait divers sensationnel par les médias et la justice qui ont cherché à présenter au public des portraits glaçants des deux adolescents qui ont commis le meurtre. Mais derrière le jugement des deux meurtriers se cache en réalité l’impunité de toute la caste politique britannique, qui utilise les personnes trans comme des pions dans l’échiquier électoral. En outre, ce que révèle cette affaire, c’est le climat extrêmement oppressant transphobe qui règne au Royaume-Uni, instauré par les opérations permanentes d’incitation à la haine des personnes trans sur l’internet et dans les médias, suivies par les offensives politiques.

L’ONG Trans Murder Monitoring a publié, à l’occasion du Jour de la Mémoire Trans (Trans Day of Remembrance) en novembre dernier, les données sur les violences transphobes en 2023. Mondialement, 321 personnes trans ou non-conformes aux normes du genre ont été assassinées. Un chiffre qui ne prend pas en compte beaucoup de cas qui passent sous le radar. Parmi ces personnes, l’ONG décompte que 94% sont des femmes trans. De plus, une grande part (48%) étaient des personnes en situation de prostitution, illustrant la situation de grande précarité dans laquelle sont plongées les personnes trans. Ce chiffre est particulièrement accru (78%) si on se concentre sur l’Europe, ou 45% des victimes provenaient de l’immigration. Au Royaume-Uni en particulier, comme l’a rapporté Vice en 2022, 4399 plaintes contre des crimes de haine transphobes ont été enregistrées dans la période 2021-2022, une augmentation de 340% par rapport à la période 2016-2017 !

Dans le contexte actuel d’attaques fréquentes contre les droits des personnes trans à l’international, le Royaume-Uni se place en première ligne de la transphobie institutionnelle. En février 2023, mois de la mort de Brianna Ghey, le député conservateur Lee Anderson annonçait la stratégie électorale pour les prochaines élections : une politique assumée contre les personnes trans. Après que les conservateurs aient défendu le Brexit et le renforcement des frontières contre les migrants, ce sont les personnes trans qui sont ciblées par les Tories. A la conférence annuelle des Tories en octobre dernier, ce sont six ministres du gouvernement qui se sont exprimés sur le sujet des personnes trans, promettant de nouvelles restrictions à leurs droits au nom du « sens commun ». Comme l’a expliqué Iain Anderson, une figure patronale du parti qui a décidé de le quitter : « Il est devenu clair que le plan consiste à mener une guerre culturelle pour détourner l’attention des majeurs échecs économiques ». Une vieille recette qui devient d’actualité alors que le Royaume-Uni tombe dans la récession.

Conjointement à la mise en place d’un terrain propice aux reculs des droits de grève et l’aggravation des conditions de travail des travailleurs et travailleuses du pays, il n’est pas anodin que le parti conservateur continue de désigner les personnes trans comme des boucs émissaires des tensions politiques et économiques. Un des exemples de cette offensive a été la polémique créée de toute pièce par les conservateurs à l’encontre de l’association caritative « Mermaids » (Sirènes en français) en raison de leurs activités d’entre-aide destinés aux enfants trans.

Du côté du parti travailliste, une récente interview de son chef, Keir Starmer, a montré qu’ils ne cherchaient pas à construire une défense des personnes trans face aux offensives en cours, bien au contraire. Interrogé sur ces questions, Starmer a déclaré soutenir l’obligation pour les enseignants d’informer les parents sur la transidentité de leurs enfants, les soumettant par la même occasion aux violences transphobes à l’intérieur et à l’extérieur du foyer.

Très loin d’une opposition de gauche, il avait aussi expliqué vouloir « une orientation nationale » sur la question des enfants trans et avait proposé un débat trans-partisan à ce sujet. Il a aussi donné du crédit à la polémique lancée par le premier ministre, Rishi Sunak, qui a été filmé à son insu, dans une discussion où il se moquait des « femmes à pénis ». Starmer a réagi « Pour 99.9% des femmes, c’est complètement biologique … et bien sûr qu’elles n’ont pas de pénis ». Celui qui déclarait encore en 2020 que le Parti Travailliste « se tiendrait fièrement aux côtés de la communauté trans » semble désormais espérer tirer des bénéfices politiques de l’adoption des positions transphobes.

En effet, depuis sa prise de poste, Keir Starmer cherche activement à flouter les frontières entre son parti et le parti conservateur et prône un retour à l’époque du Labour très droitier de Tony Blair. Dans ce sens, il a effectué une purge interne des militants corbynistes, leur restreignant l’accès aux élections et à la voix politique. À l’aune de l’offensive transphobe, la ligne du parti démontre que les LGBTQI+ du Royaume-Uni ne peuvent pas compter sur les travaillistes pour les défendre.

Aucune confiance dans un État et une justice responsable de la transphobie quotidienne et systématique

Si les réactions se réjouissant du jugement de ceux qui ont commis le meurtre de Brianna Ghey peuvent être entendues face à l’impunité qui touche généralement les violences transphobes, cette reclusion potentiellement à perpetuité ne va pas mettre fin à la transphobie car elle est alimentée à une plus large échelle par le système capitaliste en pourrissement et par la classe politique britannique à son service.

En effet, comme l’explique Sasha Yaropolskaya, militante à Du Pain et Des Roses, au sujet de la mort de Brianna Ghey : « les adolescents qui l’ont tuée ont absorbé comme une éponge ce poison que diffuse la classe bourgeoise britannique : la transphobie et la transmisogynie dans les médias 24h sur 24, 7 jours sur 7 ».


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