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Réquisition des logements vides !

Le Tribunal Administratif de Bordeaux s’aligne sur le Crous : 9 étudiants expulsés de leur logement

Alors que depuis plusieurs semaines le Crous veut expulser 9 étudiants de leur logement, ce mercredi 5 octobre le Tribunal Administratif de Bordeaux s'est déclaré favorable à cette expulsion. Une décision scandaleuse, qui risque de mettre plusieurs étudiants à la rue.

Le Poing Levé - Bordeaux

10 octobre 2022

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Photo : AFP

Mercredi 5 octobre dernier, les 9 étudiants attaqués en Justice par le Crous ont reçu la notification de décision du Tribunal Administratif qui valide les expulsions en stipulant « qu’ils sont enjoints à libérer, sans délai, leurs appartements ». Le Tribunal administratif ajoute qu’ils doivent « quitter les lieux sans délai sous astreinte de 50 euros par personne et par jour de retard à compter de la notification de l’ordonnance" [...] et s’ "autorise à intervenir et ordonner toutes autres mesures utiles, afin de faire cesser l’atteinte manifeste et illégale aux libertés fondamentales du Crous ». Ainsi, 8 des 9 étudiants se retrouvent sans logement dont 4 d’entre eux se sont fait expulsés de force avant même la décision de justice ; l’étudiant restant a lui finalement trouvé une solution alternative.

Pour rappel, ces 9 étudiants se sont retrouvés sans solution de relogement en pleine rentrée universitaire suite au refus du Crous de renouveler leur contrat d’habitation, sur la base de motifs constamment irrecevables et remis en cause par les étudiants. C’est suite à cela qu’ils ont décidé d’occuper leur logement depuis fin août afin de défendre leur droit à bénéficier de ce logement.

Tout au long de l’audience en Justice qui s’est tenue le 27 septembre, le Crous a déballé son argumentaire constamment récusé par les étudiants et leur avocat. Tandis qu’il prétextait que 7 étudiants sur 9 n’étaient pas inscrits dans un établissement de l’enseignement supérieur, ces derniers ont pourtant fourni les pièces qui justifient leur inscription en règle, et l’un d’entre eux a même brandi son certificat de scolarité pendant l’audience. Malgré cela, le Crous a maintenu sa position, proférant de nouvelles accusations : les étudiants auraient soi-disant dépassé leur droit de 5 ans d’occupation dans un logement, et un autre aurait reçu l’aide de 6 assistantes sociales et bénéficié de 1600€ de la part du Crous... Des arguments une nouvelles fois démentis par les étudiants et leur avocat. En effet aucun n’a effectué les 5 ans auxquels ils ont droit, tout comme aucun n’a reçu la somme de 1600€ par les services du Crous. De surcroît, les étudiants ont précisé durant l’audience que les seules solutions apportées par les assistantes sociales étaient de leur payer quelques nuits d’hôtels comme solution de relogement. Plus absurde encore, le Crous a accusé de tapage nocturne un étudiant qui pourtant travaille de nuit dans une chaîne de restauration rapide ! Ce dernier nous confie ainsi « je travaille tous les soirs jusqu’à minuit, quand je rentre je dors de suite pour me lever le lendemain à 6h et aller en cours. En plus je n’ai jamais reçu de lettre ou de plainte pour tapage... donc je ne comprends pas d’où ça sort ».

A la sortie de l’audience, l’avocat chargé de défendre les étudiants, Maître Foucard, affirme que « le Crous a tenu des propos inexacts, et a ouvertement menti au Juge ». Me. Foucard a également pointé l’ensemble des faits et méthodes illégales utilisées par le Crous pour expulser les étudiants de force : électricité coupée, serrures changées, racisme et motifs d’expulsion discriminatoires, déclarant de nouveau à la fin de l’audience que « le Crous a commis des infractions, des faits illégaux comme pénétrer dans le logement d’un étudiant en changeant les serrures ». Les représentantes du Crous n’ont donné aucune réponse à ces accusations, ni durant l’audience, ni suite à nos différentes sollicitations.

Bien plus que des mensonges, l’ensemble de cette affaire révèle à quel point l’Etat et ses institutions n’hésitent pas à jeter de la pire des manières des jeunes dans des situations d’extrême précarité, et ce alors même que la crise économique et l’inflation touchent déjà frontalement la jeunesse.

A la lumière de tous ces éléments, nous dénonçons fermement les expulsions opérées par le Crous et approuvées par la Justice. Une conférence de presse s’est tenue à la fin de l’audience à laquelle Jahan Lutz, militant et élu étudiant pour le collectif Le Poing Levé, déclarait : « le Crous et l’Etat jettent des étudiants à la rue, et ce genre d’expulsion arrive sûrement tous les ans. On est intervenu pour visibiliser ces situations et les combattre, mais plus encore pour que ces situations de précarité n’aient plus à exister et qu’on obtienne l’arrêt immédiat de toutes les expulsions : que ce soit par le Crous contre des étudiants, ou par la Préfecture qui expulse des dizaines de squats sur la métropole bordelaise. En pleine crise énergétique et face à une inflation généralisée et toujours plus galopante, ces situations sont irrationnelles et provoquent des cas d’extrême précarité. Il y a urgence à revendiquer la réquisition des logements vides qui sont au nombre de 24 000 sur la métropole bordelaise, pour reloger les étudiants mis à la rue par le Crous, mais également pour reloger les personnes à la rue et dans les squats ».


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