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Laïcité version Macron

La « laïcité » quand ça l’arrange : Macron célèbre Hanouka dans les salons de l’Elysée

En plein palais de l’Elysée, le Président de la République a participé hier à une cérémonie religieuse organisée pour la fête juive de Hanouka. Une « atteinte à la laïcité » évidente, face à laquelle Emmanuel Macron se retrouve aujourd’hui empêtré dans les contradictions de sa laïcité à géométrie variable.

Tristane Chalaise

8 décembre 2023

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La « laïcité » quand ça l'arrange : Macron célèbre Hanouka dans les salons de l'Elysée

Crédits photo : capture d’écran Twitter

Ce jeudi, Emmanuel Macron recevait au palais de l’Elysée plusieurs représentants du culte juif, venus lui remettre le prix Lord-Jakobovits, décerné aux chefs d’État qui luttent contre l’antisémitisme. Pour l’occasion, le grand rabbin de France Haïm Korsia a allumé la bougie marquant le début de la célébration de la fête juive de Hanouka. Une cérémonie religieuse en plein palais présidentiel à laquelle le président de la République a donné sa bénédiction, autorisant, en plus de l’allumage rituel du chandelier, la récitation d’une prière.

Face au tollé, Emmanuel Macron, en pleine visite de la Cathédrale Notre-Dame – cela ne s’invente pas – a déclaré ne s’être pas « prêté à un geste culturel, ou av[oir] participé à une cérémonie. Ce ne serait pas respectueux de la laïcité. »

Attaqué de toutes part pour son Hanouka à l’Elysée, Macron se retrouve sur la défensive

De fait, les « atteintes » à la laïcité sont monnaie courante de la part du chef de l’Etat et de son gouvernement, à travers la présence de différents représentants de l’Etat aux diners du CRIF ou celle d’Emmanuel Macron et de membres de son gouvernement à diverses cérémonies religieuses – surtout lorsqu’elles sont catholiques. L’organisation d’une cérémonie religieuse au sein même du palais de l’Elysée est toutefois une première pour Macron.

En se heurtant plus frontalement qu’à l’accoutumée aux « principes » en termes de « laïcité » revendiqué sans cesse par le gouvernement lui-même, le président de la République a ouvert une brèche dont s’est emparée l’ensemble de l’opposition. Pour Manuel Bompard, coordinateur du groupe LFI à l’Assemblée et cité dans Libération, « Le président d’une République laïque n’a pas à faire cela  », et Macron « foule » la laïcité « au pied », tandis que, du côté du PS, la présidente d’Occitanie Carole Delga et le maire de Montpellier Michaël Delafosse dénoncent « un mauvais signal envoyé par l’Etat à la République », à quelques jours de la célébration de l’anniversaire de la loi de 1905 : « L’Elysée comme les mairies ne peuvent être des lieux de célébration des cultes. Le président de la République doit être le 1er garant de la séparation des Eglises et de l’Etat. ». A droite et à l’extrême-droite, le maire LR de Cannes, cité dans Le Point, déclare que « célébrer une fête religieuse au sein du palais présidentiel […] c’est une première. Contraire à la laïcité. », tandis que le porte-parole du RN se dit « étonn[é] » par le Président de la République, qui a « envoyé un signe trouble à nos compatriotes de confession juive ». Pour Éric Zemmour (Reconquête !), « l’Élysée n’est pas un lieu de culte, mais un palais de la République et le Grand Rabbin de France n’a pas à y célébrer une fête religieuse. Personne n’est à sa place, ni dans son rôle. »

Camouflet supplémentaire, Emmanuel Macron se retrouve désavoué par le président du CRIF lui-même, pourtant peu avare en termes d’« atteintes » à la laïcité lorsqu’il s’agit d’inviter chaque années les membres du gouvernement à son Diner annuel. Pour Yonathan Arfi, au micro de la réactionnaire Sud Radio, « ce n’est pas la place au sein de l’Élysée d’allumer une bougie de Hanouka parce que l’ADN républicain, c’est de se tenir loin de tout ce qui est religieux […] les Français juifs ont toujours considéré la laïcité comme une loi de protection et une loi de liberté. Et tout ce qui affaiblit la laïcité affaiblit les Juifs de France ».

Un unanimisme contre la présidence de la République qui relève de calculs politiques, visant d’un côté à attiser les éléments de crise et de l’autre à se délimiter de Macron, qui permet toutefois de souligner l’évidence d’une instrumentalisation et d’une application de la laïcité à géométrie variable.

Une tentative pour renforcer son crédit en tant que soutien à l’Etat d’Israël qui fait flop

Après s’être embourbé dans la défense d’Emmanuel Macron sur le plateau de France Info, niant, avant de se rétracter face à l’évidence, qu’il y ait eu une cérémonie religieuse à l’Elysée, Gérald Darmanin a fini par conclure qu’il était important « au moment où nos compatriotes juifs subissent des actes antisémites » que le Président se tienne à leurs côtés. Depuis Mayotte, Elisabeth Borne a précisé qu’il s’agissait « d’envoyer un signal à la communauté juive […] dans cette période ». La célébration d’Hanouka à l’Elysée apparait ainsi comme une manœuvre politique ratée pour la présidence de la République, qui espérait réaffirmer son soutien aux institutions juives cooptées par l’Etat et, indirectement, resignifier son « soutien inconditionnel » à l’Etat d’Israël.

Emmanuel Macron espérait probablement se rattraper suite à son refus de participer à la « marche civique » contre l’antisémitisme appelée par Gérard Larcher (LR) et Yaël Braun-Pivet (Renaissance). Une marche qui avait alors rassemblé des figures du régime et de l’extrême droite, dans l’objectif de réaffirmer le soutien inconditionnel de l’Etat français à l’Etat d’Israël. Le président de la République tente par ailleurs de répondre aux critiques des soutiens d’Israël et des militants sionistes, qui dénoncent l’absence d’un hommage organisé par la présidence pour les victimes israéliennes du 7 octobre. Sous la pression du Consistoire central de France, Emmanuel Macron a profité de la cérémonie organisée à l’Elysée pour annoncer qu’une date pour un « hommage aux victimes du Hamas » serait annoncée dans les prochaines semaines.

En résumé, alors que Macron est une nouvelle fois affaibli par une séquence diplomatique catastrophique, l’instrumentalisation d’une célébration religieuse pour réaffirmer son soutien inconditionnel à l’Etat d’Israël a fait flop et se retourne contre le chef de l’Etat.

Instrumentalisation de l’antisémitisme et islamophobie d’Etat : une laïcité à géométrie variable

Cet épisode est un nouveau révélateur de la laïcité à géométrie variable promue par le gouvernement, qui n’est intransigeant sur la « laïcité » et l’antisémitisme que lorsqu’il s’agit de stigmatiser les musulman-e-s. A propos de l’Eglise catholique, le président de la République avait ainsi affirmé en 2018 à la Conférence des Evêques de France vouloir « réparer le lien entre l’Église et l’État », avant de se rendre, plus récemment, à la messe du pape à Marseille. Tout en s’affichant régulièrement aux côté des dirigeants des institutions juives en France, Emmanuel Macron a plusieurs fois rendu hommage à Philippe Pétain, qualifié de « grand militaire », mettant sous le tapis le rôle joué par le chef de « l’Etat français » dans la déportation et le génocide des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Sous prétexte de défendre la laïcité, le gouvernement a par ailleurs multiplié les attaques envers les musulman-e-s et les personnes considérées comme telles, que ce soit à travers la « loi séparatisme », qui a conduit à la dissolution du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) en 2021, ou par l’interdiction du port de la abbaya à l’école à la rentrée 2023. Une politique qui assimile l’Islam au terrorisme, et qui a renforcé la décomplexion de l’extrême-droite, ce dont témoignent la ratonnade de Romans-sur-Isère et la multiplication des manifestations et des agressions racistes et islamophobes. Plusieurs associations témoignent ainsi de la multiplication des actes islamophobes ces derniers mois.

Lutter contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie, en toute indépendance de l’Etat

Alors même que Macron ne sait plus quoi dire pour justifier l’instrumentalisation de la laïcité au service de son agenda politique, il est toujours plus urgent de dénoncer un deux-poids, deux-mesures qui ne fait qu’attiser les tensions et nourrir le racisme et l’islamophobie comme l’antisémitisme.

Lutter réellement contre le racisme implique non seulement de lutter contre le racisme sur nos lieux de travail et nos lieux d’études, mais également de se mobiliser pour l’abrogation de toutes les lois racistes et islamophobes qui structurent le racisme d’État. Il s’agit ainsi de réclamer l’abrogation de la loi de 2004, de la loi séparatisme, de la circulaire portant sur les abayas, de la future loi immigration. De même, alors que certains prétendent lutter contre l’antisémitisme tout en encourageant l’islamophobie, lutter contre l’antisémitisme implique également de lutter contre ceux qui amalgament anti-sionisme et antisémitisme.

Contre ceux qui cherchent à instrumentaliser la lutte anti-raciste, au travers une « laïcité » à géométrie variable, il s’agit aussi de dénoncer toute association de l’État avec les autorités religieuses, quelle que soit la confession dont elles se revendiquent. Nous devons ainsi lutter pour la fin du régime d’exception aux droits des cultes en Alsace-Moselle et dans les outre-mer, et contre le financement par l’État des institutions religieuses et des écoles confessionnelles. Contre ceux qui alimentent et structurent le racisme, il nous faut résolument lutter en toute indépendance de l’État et des institutions.


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