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La drogue, « un permis de tuer » ? Attal ment et instrumentalise un crime antisémite à des fins sécuritaires

« La drogue ne peut pas être un permis de tuer ». Voilà comment Gabriel Attal communique autour du projet de renforcement des effectifs de police et de gendarmerie d'ici à 2022 en instrumentalisant le meurtre antisémite de Sarah Halimi, une femme juive de 65 ans, assassinée en 2017 par un homme sous l'emprise de stupéfiants mais également atteint d'une grave pathologie mentale.

lundi 19 avril

Crédit photo : Capture d’écran twitter/ Leona O’Neill

Pour l’opération de communication du gouvernement, à propos des 10 000 policiers et gendarmes supplémentaires, destinée à faire en sorte que « chaque Français [voit] plus de bleu sur le terrain en 2022 qu’en 2017 » selon les mots de Emmanuel Macron, tous les prétextes sont bons. Ainsi, le gouvernement n’hésite-t-il pas à instrumentaliser le meurtre Sarah Halimi, un crime antisémite récemment porté devant la Cour de cassation, à des fins de propagande anti-drogue.

Sarah Halimi a en effet été victime d’un crime antisémite en avril 2017, lorsqu’elle a été défenestrée à Paris par Kobili Traoré, un jeune homme musulman alors en pleine bouffée délirante aigüe. Cette affaire met en question la responsabilité du meurtrier, le caractère antisémite de l’acte et le rôle qu’y a joué la drogue dans le passage à l’acte. Si la caractère antisémite de l’acte a été entériné par la Cour de cassation mercredi dernier après plusieurs années de bataille juridique, la Cour a aussi reconnu l’irresponsabilité pénale du meurtrier. Ayant perdu tout discernement lors de l’acte, il ne peut être jugé responsable de son acte mais doit recevoir un traitement approprié.

Or, le gouvernement communique abondamment sur la « responsabilité » du meurtrier en mettant en avant la consommation de drogue comme « excuse » irrecevable. Macron a notamment déclaré dans un entretien accordé au Figaro ce dimanche que, selon lui, « décider de prendre des stupéfiants et devenir alors ‘comme fou’ ne devrait pas à mes yeux supprimer votre responsabilité pénale ». Il en appelle à la « la famille, aux proches de la victime et à tous nos concitoyens de confession juive qui attendaient ce procès » pour marteler son discours de criminalisation de la drogue et instrumentaliser cette affaire dans le cadre de son offensive réactionnaire. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, surenchérit sur le sujet au micro de Europe 1 : commentant la décision de la Cour de cassation, il affirme que « le droit permet qu’une « bouffée délirante » liée à la consommation de stupéfiants entraîne une irresponsabilité pénale » et assène que « la drogue ne peut pas être un permis de tuer ».

Pure démagogie comme le soulignent de nombreux professionnels de justice et experts psychiatres. Mis à part le premier expert à avoir examiné le meurtrier de Sarah Halimi, tous les collèges d’experts concluent à une abolition du discernement. Souffrant d’une « bouffée délirante […] inaugurale d’une psychose chronique, probablement schizophrénique », la consommation de cannabis n’a rien à voir avec le passage à l’acte et « ne fait pas obstacle à ce que soit reconnue l’existence d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes », peut-on lire dans le rapport des juges de la Cour de cassation. Autrement dit, consommation de stupéfiants ou non, le meurtrier serait passé à l’acte en raison de la pathologie mentale dont il souffre.

Comme le rapporte Paul Bensussan, l’un des psychiatres ayant pris part à l’expertise, à Marianne : "Dans les heures qui ont précédé son passage à l’acte, il était halluciné, soliloquait en répondant à des voix imaginaires, inquiétait tout le monde, y compris ses parents, ses voisins maliens qu’il avait séquestrés et qui avaient appelé la police… (...) Nous avons donc conclu à l’irresponsabilité pénale, tout simplement parce qu’elle s’imposait techniquement. Ce qui ne revenait pas, faut-il le préciser, à occulter la barbarie du passage à l’acte, et moins encore sa dimension antisémite."

La stratégie du gouvernement, en pleine offensive contre la drogue afin de montrer un profil autoritaire et réactionnaire dans le cadre de la campagne présidentielle de 2022, relève d’une instrumentalisation des faits divers, bien connue. Déjà en son temps, Sarkozy avait instrumentalisé l’affaire Romain Dupuy, ce jeune homme ayant assassiné deux infirmières à Pau en 2004 sous le coup de la folie et de la consommation de cannabis, pour montrer un profil autoritaire faisant fi des règles élémentaires de justice.

En faisant le procès de la drogue à travers l’instrumentalisation de ce crime antisémite, le gouvernement ne vise qu’à renforcer les tensions autour de sa politique sur le supposé séparatisme et à médiatiser l’action répressive de Gérald Darmanin contre le trafic de drogue à travers la délation des points de deal.




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