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Bataille des retraites

L’intersyndicale siffle la fin du combat pour mieux revenir à la table des négociations

Dix jours après la dernière date de grève nationale, l’intersyndicale acte dans un communiqué la défaite sans tirer aucun bilan pour mieux dessiner un retour à la table des négociations. Contre cette stratégie qui nous mène dans le mur face à un gouvernement et un patronat radicalisés, il faut un plan de bataille pour affronter les mois à venir !

Gabriella Manouchki

16 juin 2023

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L'intersyndicale siffle la fin du combat pour mieux revenir à la table des négociations

Dorian M

Ce jeudi, l’intersyndicale s’est réunie une dernière fois avant l’été. Après que le gouvernement ait empêché les députés de voter la loi LIOT qui prévoyait l’abrogation de la réforme des retraites le 8 juin dernier et dans la continuité des annonces de Laurent Berger, le communiqué publié à l’issue de la rencontre acte la défaite du mouvement de grève : « l’intersyndicale et les manifestant·es n’ont pas réussi à faire reculer le gouvernement sur le passage de l’âge de la retraite de 62 à 64 ans ».

Une défaite mais pas de bilans

Pour expliquer cette situation, contradictoire avec un « niveau de mobilisation jamais égalé, rarement atteint y compris en Europe, [qui] aurait dû amener le gouvernement à retirer son projet », l’intersyndicale pointe du doigt le gouvernement. La défaite revendicative ne serait que le résultat du « déni de démocratie » et des « nombreux passages en forces » de Macron.

Une conclusion qui rejoint celle formulée quelques jours plus tôt par Sophie Binet, affirmant « avec un autre président de la République, dans un autre pays, on aurait gagné ». En d’autres termes, il était impossible de gagner. Une conclusion scandaleuse après un mouvement d’une ampleur historique, contre une réforme rejetée par l’écrasante majorité de la population, qui permet d’éviter tout bilan de la stratégie menée par l’intersyndicale.

Sur ce plan, les directions syndicales se contentent d’affirmer que ces derniers mois ont « démontré que l’unité des organisations syndicales professionnelles et de jeunesses sur des revendications communes permettait de construire le rapport de force ». Une conclusion qui liquide là encore tout bilan réel, au nom d’une unité qui a été scellée sur une stratégie de pression sur les institutions, refusant de faire de la construction d’une grève reconductible généralisée la priorité pour contraindre Macron à reculer.

Des silences au service du retour à la normale

Pendant cinq mois, l’intersyndicale a ainsi refusé de mettre toutes ses forces dans l’élargissement de la grève reconductible, isolant les raffineurs, éboueurs, énergéticiens ou cheminots, laissés seuls face aux réquisitions et à la répression. Une logique liée au refus explicite d’une grève reconductible large, qui aurait impliqué d’élargir les revendications, d’appuyer l’auto-organisation à la base mais aussi de se donner comme objectif le blocage de l’économie.

Le refus de l’intersyndicale de se confronter à ces bilans est indissociable de la seule perspective qu’elle entend désormais donner aux millions de travailleur·euses et de jeunes qui se sont mobilisés ces derniers mois : placer leurs espoirs dans... de « futures négocations ». Suivant la feuille de route dessinée lors de précédents rendez-vous avec le gouvernement puis avec le patronat, les directions syndicales annoncent en effet une série d’axes de discussions, des négociations sur les retraites complémentaire et à la négociation sur l’assurance-chômage ainsi que sur « les salaires et les pensions, les conditions de travail, la santé au travail, la démocratie sociale, l’égalité femmes-hommes, l’environnement et la conditionnalité des aides publiques aux entreprises. »

Au-delà de l’annonce floue d’une manifestation européenne, aucune nouvelle date de grève à l’horizon : comme l’avaient annoncé Laurent Berger puis Sophie Binet, dans une version plus « radicale », c’est bien le « dialogue social » qui sera au centre de l’activité des directions confédérales dans les mois à venir, éventuellement ponctué de quelques dates nationales. Face à un gouvernement radicalisé, déjà reparti à l’offensive contre les travailleurs immigrés et les allocataires du RSA, le communiqué officialise le retour à la normale entamé ces dernières semaines après cinq mois de lutte.

Face à l’impasse de la voie de l’intersyndicale, il faudra imposer la construction d’un plan de bataille

Alors que, ces derniers mois, tout a démontré que seul un immense rapport de forces pouvait permettre de faire reculer Macron, l’intersyndicale conclut le mouvement de la pire des façons après l’avoir mené à l’impasse : en refusant de tirer des bilans stratégiques et en proposant un retour aux négociations. Il est pourtant clair pour de nombreux travailleurs que, ce qui a manqué, c’est bien une stratégie offensive, à la hauteur de la radicalisation du pouvoir.

Comme le soulignait Alexis Antonioli, secrétaire de la CGT Total Normandie, dans l’émission QG – RP ce mercredi : « On savait que l’addition de journées isolées n’était pas de nature à faire plier le gouvernement. Quand on a une telle force, le bilan ne peut pas être qu’on n’était pas assez. (…) On avait une radicalité à la base, mais on avait une direction dont le cap c’était de dire qu’il n’y aurait pas de grève reconductible. »

Un bilan bien différent de celui de l’intersyndicale, qui pose la question de la stratégie à mettre en place pour faire face aux mois à venir. Plutôt que de contenir la colère et de semer des illusions au travers la négociation de la régression sociale comme en témoigne la volonté de l’intersyndicale à négocier les termes de la réforme de l’assurance chômage, celle-ci devrait s’inspirer de la radicalité et de la détermination des Vertbaudet, et chercher à entraîner l’ensemble des travailleurs, jusqu’aux plus précaires, dans un mouvement dur mais qui permette d’arracher nos revendications.

Mais pour cela, il faut un plan de bataille appuyé sur un programme unificateur, répondant à l’ensemble des enjeux de la période : des retraites aux augmentations de salaires en passant par l’offensive autoritaire et xénophobe du gouvernement et la mise en cause de son régime bonapartiste. Une logique à rebours de celle de l’intersyndicale qui se défausse en appelant « partout les salarié·es avec leurs organisations syndicales, à revendiquer, à négocier et se mobiliser pour gagner des augmentations de salaire », refusant ainsi de poser la perspective d’un grand mouvement national sur un enjeu qui pourrait être un levier essentiel pour la suite du combat historique des derniers mois.


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