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Edito

L’austérité qui vient

Face à une croissance et des perspectives économiques moroses pour 2024, ce dimanche, Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie et des Finances, a annoncé un vaste plan d’économies de 10 milliards d’euros.

Nathan Deas

19 février

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 L'austérité qui vient

Dix milliards d’euros en moins. Face à une croissance en berne (entre +0,1 % et +0,2 % au premier trimestre selon la Banque de France, qui n’envisagerait pas plus de 0,9 % pour l’ensemble de l’année 2024), le ministre de l’Economie et des Finances a présenté dimanche un vaste plan d’économies afin de maintenir le déficit à 4,4%.

La moitié des économies, soit cinq milliards d’euros, devront être trouvées sur le budget de fonctionnement de « tous les ministères » a expliqué Bruno Le Maire. Pour cause, pas question de toucher à la « Sécurité sociale » dixit le locataire de Bercy. Quelques semaine plus tôt, le gouvernement n’avait pourtant pas masqué sa volonté de cibler le remboursement des soins liés à des affections longues durée (ALD), ni manqué d’annoncer la chasse aux « arrêts maladie abusifs ».

Pas question non plus de s’attaquer aux budgets des « collectivités territoriales », mais plusieurs coupes « sociales ». Seront concernés notamment, l’aide à la rénovation énergétique ou encore le compte personnel de formation (pour lequel le ministre délégué chargé des comptes publics, Thomas Cazenave, a annoncé ce lundi la mise en place d’une « participation forfaitaire » dès 2024, c’est-à-dire la contribution financière des travailleurs).

Les recrutements des fonctionnaires seront également décalés : 700 millions d’euros seront économisés sur la masse salariale de l’Etat. 750 millions concerneront la baisse des achats de l’Etat. Un milliard d’euros l’aide publique au développement, un autre l’enveloppe de l’aide à la rénovation énergétique MaPrimeRénov’. Une « troisième série d’économies », d’un milliard au total, portera sur les « opérateurs de l’Etat » selon Bruno Le Maire, qui a évoqué notamment l’Agence nationale de la cohésion des territoires, Business France, France compétences ou encore le Centre national d’études spatiales.

Un ensemble d’économies composite donc et aux conséquences disparates sur les portefeuilles des classes populaires, qui témoigne surtout du peu d’intérêt porté par le gouvernement aux enjeux climatiques (quelques semaines à peine après s’être aligné sur les revendications écocides de la FNSEA et des géants de l’agro-business). Mais également de l’attention réitérée à ce que le patronat, lui et malgré ses profits records, continue d’en faire, des économies.

Pas d’augmentation des impôts donc pour les plus fortunés à l’ordre du jour de 2024 comme les sept années précédentes, mais de prochaines coupes budgétaires d’ores et déjà au programme. Le gouvernement a prévenu : « il est fort probable que nous ayons à faire plus de 12 milliards d’économies supplémentaires l’année prochaine ». Autrement dit, Bruno Le Maire, à quelques encablures des européennes, fragilisé par les crises qui se sont ouvertes dans la majorité gouvernementale et face à l’instabilité qui se maintient s’est gardé pour l’heure d’ouvrir une nouvelle offensive trop frontale contre le monde du travail. Mais, il s’est gardé une porte de sortie pour un budget rectificatif.

Alors que la France s’enlise dans le marasme économique (croissance en berne, taux de chômage en hausse, effets disparates du ralentissement de l’inflation, dette qui continue de croître), la cible des prochaines « économies » ne fait en réalité guère de doute. Le « cap » fixé par Gabriel Attal à l’occasion de son discours de politique générale avait au moins le mérite de la clarté.

La seconde partie du second quinquennat d’Emmanuel Macron passera par une nouvelle série de réformes néo-libérales, entre offensives contre les chômeurs et le droit du travail et sur fond des injonctions des agences de notation internationales, Standard & Poor’s en tête, à rendre la France plus attractive, c’est-à-dire à réduire la dette et casser le modèle social.

Dans le même temps, la crise du niveau de vie continue de s’aggraver. En février dernier un sondage Haaris Interactive révélait que près de 87% des Français avaient modifié leurs habitudes alimentaires et 65% renoncé à des dépenses liées aux loisirs. Selon la dernière note de conjoncture de l’Insee, le salaire moyen réel de base des salariés du privé a reculé de 1,9% en 2022 et de 0,6% en 2023. Dans le secteur public, le salaire moyen par tête a connu deux reculs consécutifs de 0,9 % au cours de ces deux dernières années.

En fin de semaine dernière, Le Monde notait que les banqueroutes d’entreprise à travers l’Europe étaient au plus haut depuis 2008-2009. Une réalité qui se traduit déjà par des faillites de chaînes spécialisés les plus fragiles économiquement, notamment dans la distribution des textiles, mais aussi par des vagues de licenciement (250 000 emplois seraient menacés en 2024 selon le groupe BCPE).

Un tableau guère réjouissant que Bruno Le Maire s’est efforcé tant bien que mal de camoufler dimanche soir. C’est que ces dernières semaines, à EDF, dans les dépôts pétroliers de la SDFM, à Arcelor Mittal, à Safran, dans la santé, mais aussi localement à la Poste et surtout à la SNCF, et quoique de façon différente chez les agriculteurs, la question sociale et de la mobilisation ont été posées. Le corporatisme, la passivité et le maintien de la logique du « dialogue social » à la direction des organisations syndicales interdisent pour l’heure toute perspective de mouvement d’ensemble de nature à imposer un autre agenda au cours réactionnaire du régime, mais janvier 2024 a fait signe vers la possibilité d’une voie de résolution à l’offensive brutale que promettent cette année encore, main dans la main, patronat et gouvernement. Il y aurait urgence : en 2024, c’est l’austérité qui vient.


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