^

Notre classe

Montpellier

Incendies criminels et bulldozers de la préfecture : les bidonvilles de Montpellier harcelés

Depuis début septembre, les habitants des bidonvilles de Montpellier sont victimes d'un acharnement inhumain. D'un côté, des individus qui mettent le feu aux camps, de l'autre, un préfet qui s'est donné pour mission de démanteler tous les bidonvilles et qui saute sur l'occasion pour justifier des expulsions à grands coups de bulldozers.

samedi 18 septembre

Crédits photo : Midi Libre

Pour comprendre ce qu’il se passe à Montpellier, il faut opérer un petit retour en arrière de quelques semaines. Mi-juillet, un nouveau préfet est nommé dans l’Hérault : Hugues Moutouh, ancien conseiller de Sarkozy. Un sinistre personnage qui dit très clairement vouloir en finir avec les populations "qui traînent et qui salissent".

Dès sa nomination, il se trouve un allié de choix lorsqu’il rencontre Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier. Les deux hommes s’entendent à merveille et ont la même priorité : "on se l’est dit les yeux dans les yeux. Il faut nettoyer la ville". Dans ce contexte, le préfet exprime aussi sa volonté de démanteler tous les bidonvilles de Montpellier, c’est-à-dire 15 sites qui comptent presque 1000 personnes.

Loin d’une quelconque considération pour les habitants de ces camps qui vivent parfois dans des conditions d’insalubrité dramatiques, l’objectif du préfet consiste à faire régner l’ordre et chasser les populations stigmatisées. Les démantelements et expulsions se font alors même que tous les dispositifs d’hébergement d’urgence de Montpellier sont saturés depuis des mois, que le 115 ne propose pas plus de 4 ou 5 places pérennes aux 250 personnes qui appellent chaque jour. Des familles, des femmes enceintes, des personnes en situation de handicap, des femmes victimes de violences, personne n’est pris en charge par le 115 faute de places.

« La semaine dernière encore, j’ai du expliquer à une enfant de 12 ans qu’elle dormirait dans la rue cette nuit. On a passé l’été à voir des familles avec des gosses de moins de 10 ans qui dorment dehors. » témoigne Lucas, travailleur social au SAMU Social.

Cette saturation des dispositifs d’aide sociale n’empêche pas le préfet de jeter des gens à la rue par dizaine. Le 31 août, il joint les actes à la parole et expulse les deux camps du Mas Rouge, se servant comme prétexte d’un incendie ayant eu lieu début août. Près de 150 personnes dont plusieurs dizaines de mineurs se retrouvent à la rue. Des gens qui travaillent, des enfants scolarisés, des familles qui vivent là depuis des années sont prévenus la veille qu’ils seront expulsés le lendemain matin.

Le même jour, un autre camp prenait feu, au niveau du Zénith. Une semaine après, le 8 août, ce camp est à son tour détruit à grands coups de bulldozers et ses habitants expulsés, dans des scènes de chaos dénoncées par les associations. Encore une fois, les habitants ont été prévenus la veille seulement. La mairie, propriétaire du terrain, a complètement laissé faire et s’est même opposée à la demande de suspension de l’expulsion.
Comble de l’horreur, l’opération s’est faite dans une telle violence et une telle précipitation que la SPA a retrouvé plusieurs cadavres d’animaux domestiques écrasés par les pelleteuses.

Hugues Moutouh, lui, justifie avec un cynisme puant sa politique inhumaine au micro de la Gazette de Montpellier : « C’est évident que si vous évacuez les gens et que vous laissez intactes les roulottes et les cahutes, c’est sûr qu’ils reviennent dans les semaines qui suivent. Donc il faut détruire.  »

Dans la réalité, ces familles se retrouvent souvent sans aucune solution et doivent dormir sur le trottoir. « Avant-hier, j’ai rencontré deux familles qui ont été expulsés, et qui dorment depuis près des rives du Lez. Six enfants scolarisés qui ne peuvent plus aller au collège et à l’école, des parents désespérés qui ne savent pas quoi faire. » nous explique Lucas.

L’horreur de la situation a encore grimpé d’un cran entre mardi et mercredi.
Mardi, le 115 a reçu des appels de familles vivant sur des camps qui signalaient le passage d’hommes cagoulés, armés de barres de fer, venus les menacer "d’être les prochains". Vers 5 heures du matin, un autre camp a été victime d’un incendie. S’il n’y a pas encore de preuves formelles de l’origine criminelle, un motard a été aperçu près du camp quelques minutes avant le début du sinistre.

De plus, Metropolitain révélait hier dans la journée une autre tentative d’incendie criminel dans un autre camp, la même nuit, la aussi perpétré par un motard..
Les habitants des bidonvilles font également état de nombreuses intimidations, coups de feu tirés devant les campements pendant la nuit, menaces reçues. La situation est déjà dramatique et se dégrade, avec la complicité silencieuse de la préfecture et de la mairie.

Il est difficile de savoir qui exactement est derrière ces crimes. Des promoteurs immobiliers ? Les camps incendiés sont situés dans une zone qui se construit à toute vitesse depuis des années et les terrains se négocient à prix d’or. Des motivations purement racistes et xenophobes, de la part d’individus motivés par les déclarations stigmatisantes du préfet ? Pas impossible.

Dans tous les cas, il semble assez évident qu’il y a un lien entre les discours stigmatisants et la répression inhumaine du préfet, et ce genre de passage à l’acte qui a des conséquences dramatiques. Un tel acharnement de la part des pouvoirs publics, entre le préfet qui joue au bulldozer et la mairie qui se réjouit sans l’assumer de la répression des camps, ne peut qu’encourager un sentiment d’impunité chez ceux prêts à passer à l’acte et s’en prendre à la vie des habitants des bidonvilles.

Les représentants de l’Etat affichent tout leur mépris et leur inhumanité en ne répondant à la misère que par la répression et la stigmatisation. Alors que la rue tue tous les jours, ils mettent une cible sur les populations les plus précaires. Face à la pauvreté et l’exclusion sociale, il est plus qu’urgent de réquisitionner les bâtiments vides afin que tout le monde soit logé dignement, et de régulariser tous les sans-papiers afin que toutes et tous vivent dans des conditions dignes.




Mots-clés

pauvreté   /    Montpellier   /    Précarité   /    PS   /    Notre classe