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Racisme et violences d’Etat

Violence policière

Impunité policière : relaxe du CRS ayant violemment frappé Mélanie N’Goye, Gilet Jaune

Ce jeudi, Dominique Caffin, le Commissaire CRS inculpé pour avoir mis un violent coup à la nuque de Mélanie N’Goye, gilet jaune, a été relaxé. Selon le tribunal, il s’agissait d’un usage de la force « nécessaire et proportionné ». Un cas d’école de l’impunité policière.

vendredi 17 décembre 2021

Crédits photo : RedMedic

Ce jeudi 16 novembre, le délibéré du procès opposant Mélanie N’Goye, Gilet jaune et membre des Mutilés pour l’exemple au CRS l’ayant violemment frappé à la nuque au cours d’une manifestation Gilets jaunes est tombé : le CRS a été relaxé.

Arrivé au procès en héros le 18 novembre dernier, Dominique Caffin, CRS, semblait déjà convaincu de sa victoire. Vêtu de son uniforme de policier alors que, comme l’a rappelé Arié Alimi l’avocat de Mélanie N’Goye, “il peut influencer l’audience et ce n’est pas autorisé”, le CRS a fanfaronné tout au long de l’audience, certain de l’impunité dont il allait bénéficier. “Je savais qu’il ne serait pas condamné” raconte Mélanie.

Le 20 avril 2019, Mélanie N’Goye manifestait à Paris pour l’acte 23 des gilets jaunes. Alors qu’elle n’avait jamais milité de sa vie, cette mère de famille originaire d’Amiens raconte au micro de Révolution Permanente pourquoi elle descendue manifester à Paris : « en tant que travailleuse sociale, je voyais que je ne pouvais rien faire. Les gens viennent me voir et je ne pouvais pas les aider » ; « C’est le système en profondeur qu’il faut changer ».

Alors qu’elle lisait un tract, elle ne s’est pas rendu compte que la foule se séparait. Tandis qu’elle était légèrement éloignée des autres manifestants, un CRS a foncé sur elle et lui a donné un violent coup de matraque qui l’a fait tomber au sol, la laissant inconsciente. Les vidéos témoignent d’un acte d’une violence inédite, totalement gratuit. Aujourd’hui encore, elle en subit les conséquences avec des séquelles irréversibles et des douleurs chroniques. D’après les médecins, la mère de famille a frôlé la tétraplégie. Au cours du procès, le juge lui demande pourquoi elle ne s’est pas empressée de rejoindre les autres manifestants après avoir entendu les sommations. Mélanie, qui assure ne jamais avoir entendu les sommations, explique : “on m’a appris à ne pas courir si je n’ai rien à me reprocher".

Pendant l’audience, le commissaire Dominique Caffin n’exprime aucun regret etrevendique même son geste : « Le bâton on le maîtrise, si je l’avais poussé ça aurait pu être pire, j’ai fait du rugby, hein, et c’est une technique de police ». Surtout, Dominique Caffin n’est pas n’importe quel CRS : il cumule trente-six années de carrière dont onze à la tête des CRS de Paris et il est fier de déclarer ne jamais avoir été inquiété de sa vie. Pourtant il est loin d’en être à son coup d’essai, il est connu pour sa brutalité depuis des années dans les manifestations parisiennes, ce qui l’a pas empêché d’être décoré par Christophe Castaner après le mouvement des Gilets Jaunes.

La relaxe de ce chef des CRS, qui a été présenté tout le long du procès comme un héros au point qu’on ne savait plus qui était assis sur le banc de l’accusé, est un nouvel exemple de l’impunité policière. Alors que ce commissaire savait exactement ce qu’il faisait, qu’il forme et dirige les CRS depuis onze ans et sait donc parfaitement analyser une situation, c’est donc consciemment qu’il a foncé sur Mélanie pour lui asséner un coup de matraque alors qu’elle ne représentait aucun danger. Au-delà de la violence physique infligée à Mélanie, elle subit aussi la violence morale de se voir jugée comme une coupable alors qu’elle est la victime.

Mélanie nous confie avec amertume : “Je savais qu’il ne serait pas condamné, mais j’espérais au moins qu’il ait une tape sur la main. Au contraire il a été porté en héros, et moi traitée comme une manifestante entraînée à défoncer la police. Le juge m’a chargée en me disant que j’avais dû entendre les sommations. En gros tout ce que j’ai dit a été retoqué. Tout ce qui reste de cette procédure c’est que je suis une mauvaise personne, c’est très violent. C’est moi qui porte plainte et c’est lui le héros"

Ce verdict est à l’image du procès, un cas d’école pour observer la puissance de l’impunité policière. Si le procès est allé si loin, c’est seulement grâce aux soutiens, à la mobilisation autour du cas de Mélanie, et aux cagnottes en ligne pour payer l’avocat. De plus, cette relaxe intervient alors même qu’une vidéo prise au moment des faits ne laisse aucun doute sur la violence du geste, et sur le fait que Mélanie de représentait absolument aucun danger. La majorité des affaires sont classées sans suite et les victimes n’ont pas les ressources financières pour faire appel et tenter d’arracher leur justice. Cette relaxe vient s’ajouter à la longue liste de Gilets jaunes mutilés qui n’obtiendront jamais justice après de longues années de combat, alors même que, lorsqu’il s’agissait de faire passer les manifestants en comparution immédiate et leur infliger des peines, les tribunaux savaient parfaitement être rapides.