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Politique

"Quelle indignité !"

Impunité. Condamné, Sarkozy reçoit un large soutien, et sera reçu en grande pompe sur TF1 !

Nicolas Sarkozy a été condamné ce lundi à trois ans d’emprisonnement dont un an ferme pour corruption et trafic d’influence. La gravité de la condamnation, la première de cette ampleur pour un ex-président de la République, a fait réagir largement une classe politique qui s’est précipitée pour défendre l’ancien chef de l’État et avec lui l’impunité que sont censées garantir les institutions de la Vème République.

mercredi 3 mars

Crédit photo : FRANCK FIFE / AFP

A l’issue de trois mois de délibéré, la 32ème chambre correctionnelle de Paris a, lundi 1er mars, condamné Nicolas Sarkozy à une peine de trois ans de prison dont un an ferme pour corruption active et trafic d’influence dans l’affaire dite « Paul Bismuth ». L’avocat de l’ancien président de la République, Thierry Herzog, et le magistrat Gilbert Azibert, également poursuivis, écopent d’une peine similaire. Si les trois condamnés ont annoncé leur intention de faire appel, la décision des juges est d’ores et déjà historique, c’est la première fois qu’un chef de l’État est jugé et condamné pour des faits aussi graves, passibles de dix ans de prison.

Retour sur une affaire à la croisée d’autres : Sarkozy un multirécidiviste des procédures judiciaires

Nicolas Sarkozy est donc reconnu coupable d’avoir en 2014, par le biais de son avocat et proche Thierry Herzog et d’un haut magistrat de la Cour de Cassation Gilbert Azibert, tenté d’obtenir des informations classées confidentielles sur des enquêtes judiciaires le concernant, et d’avoir en contrepartie promis d’intervenir pour que le même Azibert obtienne un poste de prestige à Monaco.

En 2014 Gilbert Azibert, informe l’ancien président de la République de l’évolution de la procédure Bettencourt dans laquelle Nicolas Sarkozy avait obtenu un non-lieu et à la demande de ce dernier tente de faire annuler la saisie des agendas présidentiels en invoquant l’immunité présidentielle dans le cadre de la procédure visant Christine Lagarde dans l’affaire de l’arbitrage Tapie.

Lundi le tribunal correctionnel a estimé qu’« un pacte de corruption » avait été prononcé entre Nicolas Sarkozy, son avocat M. Thierry Herzog et l’ancien haut magistrat Gilbert Azibert. « La preuve du pacte de corruption ressort d’un faisceau d’indices graves, précis et concordants résultant des liens très étroits d’amitié noués entre les protagonistes, des relations d’affaires renforçant ces liens, M. Thierry Herzog étant l’avocat de M. Nicolas Sarkozy, des intérêts communs tendant vers un même but, celui d’obtenir une décision favorable aux intérêts de M. Nicolas Sarkozy, et des écoutes téléphoniques démontrant les actes accomplis et la contrepartie proposée » explique la présidente du tribunal, Christine Mée. Le tribunal correctionnel poursuit « « Il est établi que des informations privilégiées et confidentielles ont été transmises de manière occulte en violation des droits des autres parties et de la déontologie des magistrats et que cette transmission a été facilitée par les fonctions de premier avocat général à la Cour de cassation de M. Gilbert Azibert, lequel avait parfaitement conscience de manquer à son devoir de probité. M. Thierry Herzog et M. Nicolas Sarkozy avaient conscience de l’illicéité des actes accomplis par M. Gilbert Azibert et du caractère confidentiel des informations réceptionnées ».

Après cette condamnation, sa première, Nicolas Sarkozy est cependant loin de venir à bout de son calendrier judiciaire. Le 27 mars prochain, dans un peu moins d’un mois, s’ouvrira le procès Bygmalion qui porte sur le financement présumé illicite de la campagne des présidentielles de 2012, au cours de laquelle, grâce à un système de fausses facturations, le candidat à sa réélection avait pu dépenser près de 50 millions d’euros pour sa campagne, contre les 22 autorisés par la loi. Si l’enquête n’a pas pu démontrer que Nicolas Sarkozy était à l’initiative de la démarche frauduleuse, le juge en charge de l’affaire a estimé qu’il « était supposé connaître, respecter et faire appliquer par ses équipes les dispositions légales » et l’ancien chef de l’exécutif encourt un an d’emprisonnement.

La campagne présidentielle de 2007 porte elle aussi ses parts d’ombre. Nicolas Sarkozy est soupçonné de l’avoir financée par des fonds venus du régime de l’ancien dictateur et ami des chefs de l’état français, Mouammar Kadhafi. Si pour l’heure ce dossier ne comporte aucune preuve indiscutable de l’implication de Nicolas Sarkozy, un faisceau d’« indices graves ou concordants » (documents, témoignages, éléments financiers) a conduit la justice à mettre l’ancien chef de l’exécutif en examen pour « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale », « recel de fonds publics libyens » et « association de malfaiteurs ».

Le nom de Nicolas Sarkozy est en tout et pour tout cité dans douze affaires judiciaires, dans lesquelles il est pour l’heure présumé innocent. Cette première condamnation ce lundi est la première brèche ouverte dans le système Sarkozy. Au-delà de la situation pénale personnelle de Nicolas Sarkozy, au-delà des innombrables dossiers judiciaires dans lesquels il est impliqué, c’est en effet tout l’entourage de l’homme politique qui a maille avec la justice, de ses anciens proches collaborateurs à l’Elysée Claude Guéant et Brice Hortefeux à ses mentors (Charles Pasqua, Edouard Balladur), en passant par son premier ministre (François Fillon), ses amis d’adolescence (Patrick Balkany), ses conseillers (Patrick Buisson, Boris Boillon), plusieurs de ses ministres phares (Christine Lagarde), son trésorier (Eric Woerth), son associé historique dans un cabinet d’avocats (Arnaud Claude), son propre avocat (Thierry Herzog), son maître espion (Bernard Squarcini), son témoin de mariage (Nicolas Bazire), sa suppléante (Joëlle Ceccaldi-Reynaud, ses intermédiaires, son diplomate préféré, etc. La liste, fournie par Mediapart qui évoque une « forêt de la corruption » est trop longue pour être complétée. En ce sens la condamnation de Sarkozy est un évènement, elle est un premier coup dans la fourmilière d’une classe politique et d’un clan qui ont profité du pouvoir pour en avoir toujours plus, pour s’arroger passe-droits et privilèges, pour amasser toujours plus de capitaux.

Mais si la peine est inédite, Sarkozy est seulement le deuxième ancien président, après Jacques Chirac, à être condamné par la justice, l’impunité demeure. D’abord, Nicolas Sarkozy a choisi de faire appel et pourrait voir sa condamnation levée. En outre, alors que le 8 décembre dernier, le parquet national financier (PNF) avait requis une peine de quatre ans de prison dont deux ferme, Sarkozy, coupable de corruption et trafic d’influence pourra a priori, en cas de condamnation, réaliser sa peine à domicile. Une nouvelle fois, preuve est faite d’une justice à deux vitesses, quand les plus précaires croupissent dans des prisons, Sarkozy et ses semblables ne risquent, dans le pire des cas, que de devoir exécuter leurs peines dans des conditions luxueuses.

Un large soutien de l’échiquier politique : une solidarité de classe

Sarkozy qui avait fait de la lutte contre la petite délinquance l’un de ses axes programmatiques, et évoquait à tout bout de champ « la karcherisation » nécessaire des banlieues et la lutte contre les « racailles », et souhaitait en 2015 « qu’il n’y ait plus de mesures d’aménagement de peines pour les peines supérieures à 6 mois », a reçu le soutien d’un large panel de l’échiquier politique suite à sa condamnation. A droite, la réaction a été unanime, de Marine le Pen, à Darmanin, en passant par Eric Zemmour et les ténors du parti Les Républicains, tous ont condamné une « décision politique ».

Darmanin, interrogé en marge d’un déplacement dans le Gard a tenu à témoigner son « soutien amical » à Nicolas Sarkozy :« Chacun sait l’affection et le respect que j’ai pour Nicolas Sarkozy, qui a été un grand président de la République et qui, en ces moments difficiles, a mon soutien amical. Je n’oublie pas tout ce qu’il a apporté à notre pays. ». Annie Genevard, vice-présidente LR de l’Assemblée nationale et députée du Doubs lui a emboité le pas en souhaitant témoigner de son « soutien et de son amitié dans cette épreuve », avant que Bruno Retailleau, candidat aux présidentielles de 2022, ne regrette une « condamnation extrêmement dure » et appelé à la « responsabilité » en rappelant le « droit à la présomption d’innocence tant que les voies de recours n’ont pas été purgées ». Christophe Jacob, le patron du parti, lui n’a pas hésité à vertement critiquer le Parquet national financier :« La sévérité de la peine retenue est absolument disproportionnée et révélatrice de l’acharnement judiciaire d’une institution déjà très contestée. Toute la lumière devra être faite sur les méthodes et l’indépendance du #PNF », quand Christian Estrosi a dénoncé une décision « extravagante ».

A gauche, Mélenchon s’en est tenu à une posture pour le moins ambiguë en tweetant : « #Sarkozy condamné, #Macron débarrassé d’un sérieux rival ». Un message qui a fait beaucoup réagir, certains accusant le leader insoumis de sous-entendre, lui aussi, que la décision de justice aurait des fondements politiques…

Toujours est-il que la défense de la délinquance en col blanc que n’a pas hésité à endosser une grande partie de la classe politique est révélatrice de la volonté de préserver un véritable privilège de classe, l’impunité des politiciens corrompus.. Puisqu’à l’instar de l’affaire Fillon qui avait réduit à néant ses aspirations présidentielles, la condamnation du chef de l’Etat laisse entrevoir le danger d’une rupture avec l’impunité garantie par les institutions de la Vème République.

Un danger qui semble peu sérieux tant celle-ci demeure écrasante, mais qui génère une incertitude insupportable à la classe dominante qui travaille à rétablir l’honneur écorné de Sarkozy. Suite à la décision, les articles visant le Parquet National Financier se sont ainsi multipliés, tandis que l’ancien Président sera reçu lors du 20h de TF1 ce mercredi. Un branle-bas de combat qui montre la peur de la bourgeoisie, mais aussi les outils dont elle dispose pour défendre son impunité.




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