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La force des travailleurs

Grève le 23-24-25 mai à la RATP Bus et Tramway : "nos conditions de travail ne sont pas à vendre !"

Alors que l'ouverture à la concurrence du réseau Bus en Île-de-France est prévue en 2025, la RATP veut prendre de l'avance en s'attaquant dès cet été aux conditions de travail. En réponse, les conducteurs de bus et de tramway seront en grève le 23, 24 et 25 mai, et un rassemblement est organisé lundi à 10h devant le ministère des Transports. Pour construire le rapport de force et se préparer à durcir la grève, il faut s'organiser en AG sur les piquets de grève et se coordonner tous ensemble.

samedi 21 mai

Rassemblement devant la Maison de la RATP le 25 mars. Crédit photo : RP

Le 23, 24 et 25 mai l’intersyndicale composée de la CGT RATP Bus, FO RDS, UNSA RATP Pôle Bus, Solidaires Groupe RATP, la CFDT et le SAT RATP appelle à la grève les conducteurs de bus et de tramway contre la casse de leurs conditions de travail. En effet, alors que l’ouverture à la concurrence du réseau de bus est prévu à partir du 1er janvier 2025, la RATP souhaite prendre de l’avance et s’attaquer dès l’été 2022 aux conditions de travail en supprimant des repos, et en augmentant les cadences et le temps de travail des machinistes-receveurs.

Casse des conditions de travail et bas salaires : la direction méprise les conducteurs de bus

« La grève sera très suivi, je vois même des gens que je n’ai pas l’habitude de voir en grève me demander comment se déclarer gréviste ». Yassine Jioua, machniste et militant syndical CGT RATP Bus au dépôt de Malakoff raconte : « À force de tirer sur la corde en évitant de mettre les moyens dans le recrutement, on se retrouve tous les jours avec des services non couverts, cela rend le quotidien des machinistes très difficile ». Alors qu’« il y a déjà un ras-le-bol des agents face à la situation qu’on constate aujourd’hui, la casse des conditions de travail prévue cet été ne peut qu’empirer les choses ».

Concernant le temps de travail, la direction veut ainsi supprimer six repos par an et allonger le temps de travail de 190 heures par an. Pour les cadences, elle souhaite augmenter le temps de conduite jusqu’à 10 voire 12 heures par jour « en cas de nécessité de service », et réduire les temps de pause en les fractionnant à volonté. Au sujet des « services en deux fois » – c’est-à-dire avec une coupure le milieu, particulièrement pénible pour les travailleurs – elle compte en introduire le samedi et supprimer la prime qui est versée aux conducteurs lorsqu’ils en réalisent la semaine. Enfin, la direction voudrait se donner la possibilité de modifier les horaires des agents jusqu’à quatre jours voire 24 heures avant leur prise de service.

Cette offensive, sans précédent dans l’entreprise, provoque beaucoup de colère chez les agents. D’autant plus après deux ans passés à avoir été exposé à l’épidémie de Covid-19 dans les bus, mais aussi aux altercations avec les usagers causées par la dégradation des conditions de transports. Sans parler du mépris de la direction qui a proposé 0,4% d’augmentation lors des NAO cette année alors que dans le même temps l’inflation est à presque 7%.

« 0,4% d’augmentation c’est à peine 8 euros par mois, même pas un kebab ! » s’exclame un machiniste qui ajoute : « Certains collègues habitent à une cinquantaine de kilomètres parce que les loyers à Paris sont trop chers, donc c’est impossible de venir travailler dans ces conditions alors que le litre d’essence est à 2 euros ». Pourtant de l’argent, il y en a puisque le groupe RATP a enregistré 207 millions de résultats nets cette année. D’ailleurs selon l’UNSA RATP Pôle Bus, pour faire passer la casse des conditions de travail sur le réseau bus la direction est même prête à offrir jusqu’à 1.000 euros pour le personnel encadrant !

Bus, Métro, RER : la direction attaque séparément pour diviser, il faut répondre tous ensemble !

Suite aux deux précédentes journées de grève, massivement suivies dans les dépôts de bus, la direction a toutefois dû manœuvrer pour tenter d’éteindre la colère. Ainsi, après la grève du 18 février à laquelle ont également participé les agents du réseau ferré pour revendiquer des augmentations de salaire, une prime de 300€ a été concédée aux conducteurs de métro et de RER qui avaient paralysé la capitale ce jour-là. Ces derniers n’étant pas directement concerné par la casse des conditions de travail à l’été 2022, l’objectif poursuivi par la direction était ainsi de les pousser à se retirer du mouvement pour isoler les conducteurs de bus et de tramway.

Une opération qui a fonctionné en partie, puisque le syndicat majoritaire au ferré FO Pôle Traction s’est empressé de diffuser un tract dans lequel il annonçait un « dialogue social renoué » et s’est retiré de l’appel intersyndical à la grève du 25 mars. Cependant en parallèle, les attaques de la direction contre les conditions de travail au RER ont poussé les conducteurs à entamé un mouvement de grève de 59 minutes deux fois par semaine les lundi et jeudi. D’autre part, au métro la politique répressive contre les agents et les militants syndicaux fait grincer des dents.

Pour le moment, l’appel à la grève du 23, 24 et 25 n’est pas relayé par les syndicats au réseau ferré. « On sait qu’après le bus ce sera à notre tour d’être mangés, mais nos secteurs sont cloisonnés, on ne rencontre pas de machinistes et eux ne nous rencontrent pas non plus », explique un conducteur de RER sur le réseau RATP. Mais face à la direction qui attaque séparément pour diviser en fonction des corps de métier, il faut convaincre les agents de de la nécessité de ne pas répondre en ordre dispersé. Il faut frapper tous ensemble sur le même clou pour montrer que les salariés sont soudés et qu’ils sont prêts à se battre ensemble !

La direction manœuvre pour éviter l’embrasement

Par ailleurs, suite à la grève du 25 mars qui a mobilisé « à quasiment 80% sur l’ensemble des dépôts de bus », la direction a notamment dû reculer sur l’annualisation du temps de travail qu’elle avait intégré dans le projet initial pour casser les conditions de travail des machinistes à l’été 2022. Cette mesure avait pour objectif de permettre à la direction de répartir les heures de travail sur l’année en fonction de ses besoins, afin d’imposer l’augmentation du temps de travail en période de forte activité, pour le baisser ensuite lors des périodes plus calme.

De plus, alors que la contrepartie financière qu’elle prévoyait d’octroyer aux conducteurs en échange de la mise en place de ces nouvelles conditions de travail n’excédait pas 80€ par mois par agent, la direction prétend désormais qu’elle équivaudrait presque à un « 14ème mois ». En réalité, cette pseudo-contrepartie ne constituerait pas plus de 150€ par mois selon la CGT RATP Bus, et ne compense en rien la casse des conditions de travail. Mais cette manœuvre montre que face à la grève, la direction se sent obligée de faire semblant de donner des gages en espérant tromper les salariés et installer l’idée qu’il serait possible d’échanger la casse des conditions de travail contre quelques miettes. A ce sujet, Yassine Jioua afffirme : « Il faut dire aux organisations syndicales qui aimeraient signer cet accord en échange d’une contrepartie financière un peu plus élevée, que nos conditions de travail ne sont pas à vendre ! »

Pour gagner, il faut se préparer à durcir la grève en développant les caisses de grève et en coordonnant les grévistes à la base

Face à ces manœuvres, les salariés ne doivent pas accepter le chantage de la direction qui menace de casser davantage les conditions de travail si les syndicats n’acceptent pas de signer l’accord qu’elle veut imposer. Les conditions de travail des machinistes et des conducteurs de tramway ne sont pas à négocier ! Pour les défendre, il faut se battre ensemble, en coordonnant les grévistes des différents dépôts et en cherchant à convaincre les collègues du RER et du métro que cette bataille est aussi la leur. Si la direction parvient à casser les conditions de travail des conducteurs de bus, elle sera d’autant plus à l’offensive contre les agents du réseau ferré.

De plus, réunir et coordonner les machinistes des différents dépôts de bus permettrait d’établir des revendications communes à toute l’entreprise qui puisse convaincre la agents du ferré de rejoindre le mouvement. Cette union à la base serait un point d’appui non seulement pour lutter contre les attaques de la direction, mais aussi pour passer à l’offensive en revendiquant de meilleures conditions de travail ainsi qu’une augmentation générale des salaires pour ne pas se contenter des miettes que concède la direction.

En ce sens, il s’agit de se préparer à durcir la grève, en développant notamment les caisses de grève. Pour cela, il faut que les salariés de la RATP en grève puissent compter sur la solidarité des organisations syndicales et politiques, et de l’ensemble de notre camp social. Car en s’attaquant aux conditions de travail des conducteurs de bus, la RATP et le gouvernement Macron veulent s’en prendre à un des principaux secteurs ouvriers qui s’est opposé à lui pendant le mouvement contre la réforme des retraites.

Une victoire des machinistes de la RATP serait donc une victoire pour l’ensemble du monde du travail et un point d’appui dans le rapport de force face au gouvernement Macron et au patronat. A rebours des stratégies perdantes des directions syndicales qui se cantonnent à des journées de grèves isolées ou défendent ouvertement les illusions de « dialogue social », il faut un véritable plan de bataille pour construire le rapport de force par la grève reconductible.

Soyons les plus nombreux possible en grève le 23, 24 et 25 mai, sur les piquets de grève et au rassemblement à 10 heures devant le ministère des transports lundi, et devant la Maison de la RATP mardi.



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