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Grève de l’UAW : une semaine sous le signe des tentatives de récupération de Biden et Trump

Alors qu'une grève historique se mène dans le secteur, les travailleurs de l'automobile vont recevoir la visite des deux principaux candidats aux élections présidentielles qui se tiendront l’an prochain. Une tentative éhontée de récupération politique.

Wolfgang Mandelbaum

25 septembre 2023

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Grève de l'UAW : une semaine sous le signe des tentatives de récupération de Biden et Trump

Adam Schultz / Biden for President // Licence Creative Commons CC-BY-NC 2.0

Grosse semaine en vue pour la grève de l’automobile aux États-Unis, lancée par l’UAW… en tout cas sur le plan de la récupération politique. Après une avancée sur le terrain la semaine dernière, avec l’entrée en grève de 38 usines supplémentaires de Stellantis et de General Motors (GM), le temps est à la vampirisation du mouvement ; parmi les figures attendues sur les piquets, le président Joe Biden, « président le plus pro-syndicats de l’histoire », et l’ancien président Donald Trump, « champion des ouvriers étasuniens ».

Ce sont les députés du « Squad », l’aile progressiste du Parti démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) et Cori Bush qui ont ouvert le bal en visitant dimanche soir le local syndical de l’usine GM de Wentzville (Missouri). « Nous ne prêtons pas allégeance à Wall Street, nous ne prêtons pas allégeance aux bénéfices des entreprises, nous prêtons allégeance aux États-Unis d’Amérique. » Ces propos creux et vides de sens d’AOC devant les grévistes symbolisent parfaitement la politique qu’elle mène depuis son élection : derrière un vernis radical, la représentante démocrate reste inféodée au Parti démocrate, s’alignant invariablement sur les stratégies réactionnaires et anti-ouvrières du DNC. Tout son discours a consisté en une identification de sa personne avec les travailleurs, comme si elle n’était pas devenue une figure de l’establishment démocrate de Washington.

Il en va de même pour Cori Bush, députée dans le Missouri depuis 2021, et sosie politique d’AOC quand il s’agit de trahir la classe ouvrière. La tactique du gouvernement de s’afficher comme favorable aux grévistes leur a donné une occasion en or de restaurer leur image de députées de gauche, après avoir voté en novembre dernier pour l’interdiction de la grève des cheminots, demandée par Biden.

Mais c’est à partir de demain que les poids lourds de l’appareil politique des États-Unis seront présents, inaugurant d’une manière un peu particulière la traditionnelle phase de déplacement des candidats sur le terrain lors des campagnes présidentielles, en échangeant les fameux « Town Hall Meetings » par leur présence dans des usines automobiles près de Détroit (Michigan). En visitant mardi un piquet de grève Joe Biden a tenu à couper l’herbe sous le pied de Donald Trump, dont la visite était prévue de longue date pour mercredi.

La visite de Biden représentera la première visite d’un président en exercice sur un piquet de grève. Cette visite a plusieurs objectifs ; le premier est la volonté de contrôler le mouvement, dans la lignée de ses interventions publiques et de ses tractations en coulisse pour aboutir à une issue la plus favorable possible aux intérêts capitalistes du pays. L’opinion publique étant solidement en faveur des grévistes de l’UAW, Biden est contraint de pousser la direction des « Big Three » à céder sur des mesures minimales, malgré leur réticence. Biden veut en finir avec cette grève au plus tôt, avant qu’elle ne s’étende, y compris en dehors du secteur automobile.

Cette visite peut ainsi être vue comme un signe d’affolement de la part de l’establishment démocrate face à un mouvement qui pourtant est bien loin d’avoir exprimé toutes ses potentialités. Si le chiffre de 41 usines en grève, contre 3 jusqu’ici, peut paraître à premier abord significatif, il reste limité quand on prend en considération le fait que ce sont seulement 5 600 travailleurs en plus qui ont rejoint les rangs des grévistes. Ce sont donc aujourd’hui en tout et pour tout 18 000 travailleurs de l’automobile qui sont en grève, alors que l’UAW compte un total de 150 000 membres.

Le second objectif de la visite de Biden est bien sûr celui de l’instrumentalisation à des fins politiques. Apparaître comme un soutien à des travailleurs ayant subi de plein fouet les attaques néo-libérales de ses dernières décennies lui donne une aura « proche du peuple », sur laquelle il va essayer de surfer jusqu’aux élections. Dans une période de regain d’adhésion dans les syndicats, notamment depuis la création des syndicats ALU (Amazon) et SWU (Strabucks), Biden a tout intérêt à s’afficher du côté de la grève de l’UAW. Sa décision de tuer dans l’œuf la mobilisation des cheminots l’an dernier en leur interdisant tout bonnement de faire grève, avec l’appui de tout l’appareil démocrate, pèse encore sur sa crédibilité auprès des ouvriers.

Du côté de son adversaire présumé aux élections de 2024, l’ancien président Donald Trump, la volonté de récupération de la colère ouvrière est la même : Trump se présente volontiers comme un champion des travailleurs étasuniens, mais dans une unique optique de protection de ceux-ci contre les ouvriers mexicains ou les immigrés leur « volant leur boulot ». La ligne de Trump est cependant plus ouvertement hostile à la grève de l’UAW, comme l’exprime le fait que Trump ne sera pas présent sur les piquets, mais dans une entreprise non liée à la grève, et ne disposant pas de syndicats. Le projet de Trump pour l’industrie automobile est difficile à définir, si ce n’est de « protéger les ouvriers des États-Unis contre les véhicules électriques », qu’il associe à la Chine, qui représente les deux tiers des ventes mondiales. Les Big three essayent en effet de combler l’énorme retard accumulé dans ce domaine face à la Chine ou à Tesla. Dans tous les cas, les années Trump ont clairement montré que le président-milliardaire est un farouche ennemi de la classe ouvrière.

Les ouvriers de l’automobile doivent être vigilants à ne pas se laisser récupérer par ces parasites de la mobilisation. Ceux-ci n’ont rien à apporter au mouvement, même quand ils se présentent comme des alliés. Face à ces tentatives de contrôle de la mobilisation, les grévistes doivent s’organiser à la base, en se défiant des tentatives de piloter la grève par « en haut », que ce soit par des vautours politiques ou par la bureaucratie de leur propre syndicat, qui ne laisse aucune place à la décision collective.

À ce titre, la stratégie adoptée par Shawn Fain, le président de l’UAW, si elle part de revendications fortes, ne met pas en œuvre les moyens de les atteindre, restant cantonnée à l’utilisation de méthodes de pression. Pour que la grève porte pleinement ses fruits et n’aboutisse pas à une victoire partielle, il faudra au contraire mobiliser l’ensemble des forces du syndicat.


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