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Val d'Oise

Grève au lycée Cassin de Gonesse : « une infirmière à mi-temps pour 1700 élèves, c’est impossible ! »

Une demi infirmière et zéro assistante sociale : face au manque de personnel médico-social, le lycée Cassin de Gonesse a lancé un mouvement de grève.

Sophie Martin

9 novembre 2023

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Grève au lycée Cassin de Gonesse : « une infirmière à mi-temps pour 1700 élèves, c'est impossible ! »

Crédits photos : Révolution Permanente

Ce mardi 7 novembre, plus d’une vingtaine de professeurs et AED du lycée Cassin de Gonesse (95) étaient en grève pour dénoncer le manque drastique de personnel médico-social. Dans ce lycée de 1700 élèves, qui compte seulement un demi-poste d’infirmière et aucun poste d’assistante sociale, c’est la vie scolaire qui fait aujourd’hui office d’infirmerie en cas de besoin.

Des personnels en grève pour dénoncer la pénurie de personnel médico-social

Ce mardi, plus de 25 professeurs et professeures et plusieurs AED du lycée René Cassin de Gonesse étaient en grève pour dénoncer la pénurie de personnel médico-social sur l’établissement. Une délégation de grévistes s’est rendue dans la foulée à Osny (95) pour y interpeller la direction académique du Val d’Oise. Une action organisée de longue date pour cette semaine de rentrée, qui fait suite à plusieurs fins de non-recevoir de l’administration depuis septembre.

A 7h30, devant les grilles du lycée, près d’une vingtaine de profs distribuent des tracts pour informer les élèves des raisons de la grève. « Aujourd’hui, les collègues sont en grève pour demander que des personnes soient affectées le plus rapidement possible sur le poste à temps complet d’infirmière et le poste d’assistante sociale qui ne sont à ce jour toujours pas pourvus », explique Margaux*, professeure de lettres au lycée Cassin. « On dénonce des conditions de rentrée chaotiques », continue la professeure.

Le manque de personnel médico-social, une souffrance pour les élèves comme pour les personnels

« La mobilisation aujourd’hui est plus qu’importante, elle est essentielle », affirme l’infirmière du lycée. Affectée à mi-temps au lycée Cassin depuis la rentrée, Sandra* partage sa présence entre le lycée et un collège à Villiers le Bel, soit l’équivalent d’un demi-poste d’infirmière pour un établissement de 1700 élèves.

Une aberration qui a des conséquences sur la qualité du suivi des élèves, comme elle le détaille : « Une infirmière à mi-temps divisée en deux ce n’est vraiment pas suffisant pour suivre les élèves. La journée c’est une cinquantaine de passages à l’infirmerie. Je suis obligée de fermer ma porte pour prendre les appels, faire mes mails ». La santé, notamment psychologique, des élèves s’en trouve considérablement affectée.

« Il y a beaucoup de choses, surtout après le COVID. Le nombre de PAI [Projets d’Accueil Personnalisés] pour angoisse ou anxiété, c’est énorme. Il y a beaucoup d’élèves qui déclenchent des anorexies, qui font des tentatives de suicide. Il faudrait passer du temps avec eux, vraiment. Et on n’a pas de temps à donner. Je ne peux pas faire un travail acceptable. Je touche du bois, un jour il arrivera quelque chose, il y a un élève qui va faire un malaise pendant que je serai à l’intérieur ».

Cette situation affecte l’ensemble des personnels du lycée, qui sont mis au pied du mur pour faire face à la baisse constante des moyens, comme l’explique Margaux : « C’est toujours à nous de trouver les moyens pour quand même faire tourner l’éducation, pour continuer à donner un service décent aux élèves […] On dénonce le fait que ce soit la vie scolaire qui pallie le manque d’infirmières et qui doive prendre des responsabilités et des décisions importantes. Il s’agit pour nous de protéger les collègues de la vie scolaire mais aussi les élèves », ajoute-t-elle. Une situation jugée dangereuse par l’infirmière de l’établissement : « Moi je sais faire, j’ai fait 20 ans d’hôpital mais quand je ne suis pas là et que ce sont les surveillants qui me remplacent, c’est compliqué ».

Une combativité locale qui témoigne de la nécessité d’une lutte d’ensemble

Loin d’être un cas isolé, la situation du lycée René Cassin s’enracine dans le contexte plus global d’une rentrée catastrophique. Parmi les symptômes de la crise que traverse l’école publique, en plus du manque d’enseignants, le manque de personnel médico-social, généralisé dans l’Education nationale, a franchi un nouveau seuil en cette rentrée. Un manque de personnel lié à une dégradation généralisée des conditions de travail des personnels médico-sociaux dans l’Education nationale, ainsi qu’au mépris avec lequel ils sont considérés et qui remet en cause l’accès à l’éducation pour toutes et tous les élèves, et en particulier celles et ceux dont l’état de santé nécessite une attention spécifique.

La mobilisation du lycée René Cassin ce mardi démontre une forte colère et la combativité d’un secteur des personnels. Pour Andréa*, professeure de philosophie au lycée Cassin, la mobilisation sur l’établissement est ainsi une manière de dénoncer plus généralement toutes les dégradations que subit l’école publique. « Tous les gens mobilisés aujourd’hui s’inscrivent dans une revendication plus large : le budget pour l’éducation, les salaires, la gestion de l’Éducation Nationale, toutes les réformes ces dernières années ».

Force est de constater que depuis la rentrée, de nombreuses luttes ont eu lieu établissement par établissement contre la casse de l’éducation et le manque de moyens. Si celles-ci ont parfois permis d’arracher un poste en plus, à l’instar de ce qui a été annoncée à la délégation de Cassin qui s’est rendue à la DSDEN (la direction départementale de l’Education Nationale), il s’agit souvent de faire jouer les rapports de force locaux. Malgré une profonde colère des personnels face à la crise que subit le secteur et alors qu’une combativité continue d’exister localement en dépit de la défaite dans la bataille des retraites, aucun plan de bataille qui permettrait au secteur de s’organiser n’est proposé par les directions syndicales.

A l’inverse, la rentrée scolaire était marquée par un retour affirmé au dialogue social de la part des directions syndicales, qui s’est même approfondi depuis l’assassinat de Dominique Bernard. Le gouvernement en a ainsi profité pour avancer dans son agenda sécuritaire pour l’école sous prétexte d’une protection des agents en mettant en place un dispositif policier et militaire devant les établissements, en instaurant la fouille des sacs, en installant des caméras de surveillance et en proposant l’exclusion des élèves dits « radicalisés ». Un tournant autoritaire qui s’accompagne d’une remise en cause supplémentaire de l’accès à l’école pour toutes et tous, qui devrait être dénoncée en tant que telle par les syndicats enseignants.


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