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Des logements pour tous !

Enfants à la rue après une expulsion : deux écoles réquisitionnées par des parents et profs à Toulouse

Depuis le mois de mai, la préfecture de Toulouse a expulsé des dizaines de familles et leurs enfants de leur logement. En réponse à cette offensive, ce lundi, un collectif de parents d’élèves en lien avec des syndicats a réquisitionné deux écoles pour dénoncer ces mises à la rue à la veille de l’hiver.

Oscar Renard

23 novembre 2023

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Enfants à la rue après une expulsion : deux écoles réquisitionnées par des parents et profs à Toulouse

À Toulouse, après un rassemblement qui a réuni une centaine de personnes à Jean Jaurès ce lundi, des parents d’élèves, des familles à la rue ainsi que des militants d’organisations syndicales et politiques ont décidé d’occuper deux écoles toulousaines.

Organisés au sein du collectif Jamais sans toit dans mon école, ces parents et enseignants ont publié un communiqué ce 20 novembre dans lequel ils dénoncent la décision du tribunal ainsi que les méthodes de la préfecture, expliquant qu’ « après avoir épuisé tous les recours légaux, auxquels la préfecture ne répond que par une froide inhumanité et arrivant au bout des cagnottes de soutien organisées par les parents d’élèves » ils décident « de réquisitionner des bâtiments des écoles concernées ». Cette décision répond à l’argumentaire de la préfecture lors de l’audience du 24 octobre dernier, indiquant que «  l’hôtel ne doit pas être une solution à long terme » et que « sans droits, il n’a pas de solution, la seule solution est que les personnes rentrent dans leurs pays. ».

Par la suite, le collectif a lancé un appel à réquisitionner les écoles Dupont et Didier Daurat pour pouvoir offrir un toit aux familles à la rue, dont le nombre ne cesse d’augmenter depuis des mois. Le 28 octobre, la FAS recensait 944 personnes remises à la rue dont 439 enfants depuis le mois de mai. Parmi elles, 658 personnes, dont près de la moitié sont des enfants, dorment encore dans la rue sans propositions de relogement à l’heure actuelle ! Des chiffres qui vont en s’accentuant au fil des semaines. Parmi ces familles, des enfants en bas âge, des enfants en situation handicap, qui vont devoir faire face à l’hiver sans logement. Une politique consciente de la préfecture en lien avec la mairie, qui touche en premier lieu les immigrés.

Face à ces occupations et à la médiatisation de la situation désastreuse de ces familles, le maire Jean-Luc Moudenc a annoncé l’expulsion des écoles réquisitionnées ainsi que des « mesures disciplinaires » pour les enseignants qui participent à la mobilisation. Dans une interview pour France Bleu, il précise : « J’ai demandé à ce qu’on entame des procédures, qu’on fasse faire des constats d’huissier en vue de demander l’expulsion, car ces occupations sont illégales ». Une répression inacceptable envers les familles à la rue et les travailleurs qui les soutiennent. Dès le lendemain de la première nuit d’occupation, la police nationale et un huissier se sont rendus à l’école Dupont pour « constater l’occupation en prenant les coordonnées de la famille sans abri sous prétexte que la mairie demandait ces informations », d’après Nathalie*, membre du collectif.

Pour justifier cette répression, Moudenc a expliqué lutter contre des « collectifs très politisés, totalement instrumentalisés par la France insoumise ». Le maire a expliqué avoir « demandé que l’on fasse des constats d’huissier, de manière à enclencher des procédures d’expulsions car ces occupations sont totalement illégales. Elles ne sont d’ailleurs dans l’intérêt de personne, car les locaux scolaires ne sont pas faits du tout pour y dormir, ce n’est pas le bon endroit pour les familles. Par définition, c’est une situation d’insécurité qui est créée. On ne sait qui rentre, qui sort de l’école, dans quel état on va retrouver l’école le lendemain ». Un argumentaire qui cherche donc à criminaliser la lutte des familles, sous des prétextes de sécurité et d’hygiène.

Derrière cela, la politique des institutions reste la même : « il vaut mieux dormir dehors que dedans ». Une chasse aux migrants et aux pauvres déjà mise en œuvre lors de l’expulsion des mineurs isolés étrangers (MIE) à l’Université Paul Sabatier ou celle ordonnée par la la présidence de la fac de Mirail à l’encontre des près de 200 personnes qui occupaient le bâtiment Épicure.

Une politique qui découle directement de celle du gouvernement, qui compte renforcer les expulsions de logements, comme le montre la récente annonce d’Élisabeth Borne : celle-ci souhaite arrêter la création de nouvelles places en hébergements d’urgence, occupés majoritairement par les personnes migrantes, mais aussi arrêter l’attribution de logements aux familles les plus vulnérables dans les quartiers prioritaires de la ville, en passant par le préfet.

À cela s’ajoute la Loi immigration. Une loi xénophobe qui vise à mettre en place, parmi d’autres mesures réactionnaires, la suppression des aides au logement pour les étrangers régularisés avant cinq ans de résidence en France, laissant de côté les étrangers non régularisés et sans-papiers. Aux côtés d’une série de mesures comme la suppression de l’aide médicale d’État (AME), privant les étrangers d’un accès aux soins médicaux et qui va précariser toujours plus les conditions de vies des sans-papiers.

Alors que le dernier communiqué du collectif Jamais sans toit dans mon école appelle à de prochaines réquisitions d’établissements face à la politique répressive de la mairie pour expliquer le relogement des familles, il est important de soutenir leur combat face à Moudenc et d’exiger la réquisition des logements vides, le blocage des loyers pour que tout le monde puisse avoir un toit !


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