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Billet

Éducation : un pacte pensé par la Macronie pour casser le statut et diviser les profs !

Si Macron a fait l’annonce du pacte le 20 avril à Ganges dans l’espoir de tourner la page de la mobilisation contre la réforme des retraites en prétendant revaloriser les profs, le président de la République s’attaque en réalité au statut et cherche à morceler et soumettre le corps enseignant avec cette nouvelle mesure. Le billet de Marion, professeur en collège en Seine-Saint-Denis.

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Éducation : un pacte pensé par la Macronie pour casser le statut et diviser les profs !

Le 20 avril dernier, Macron annonçait à Ganges, dans un établissement à l’électricité coupée et aux abords duquel un comité d’accueil le reçoit à grand bruit, revaloriser les profs entre 100 et 230 euros par mois. Alors que le secteur de l’éducation est dans une crise profonde, marquée par le manque de moyens, l’épuisement, un accueil des élèves au rabais et une perte de sens généralisée de ses acteurs, ces dites augmentations qui devaient même aller « jusqu’à 500 euros » se présentaient déjà, prévenait-il, sur le mode du travailler plus pour gagner plus : être accordées en échange d’accepter certaines missions.

Depuis la mesure se précise et bien loin des annonces de campagne de 10 % promises par Emanuel Macron les profs seront finalement revalorisés à coup de primes (imposables et qui ne comptent pas pour la retraite) d’environ 5,5 % à la rentrée prochaine. C’est bien loin de la réalité de l’inflation et de la baisse du pouvoir d’achat que le secteur encaisse depuis une vingtaine d’année : le salaire brut d’un jeune prof était de 2,3 fois le SMIC contre 1,2 fois aujourd’hui. Qui plus est, le tout est emballé selon une formule ultralibérale qui consacre la fin du statut. Rien de quoi endiguer le sentiment de « prolétarisation des profs » donc, tout le contraire.

Casse du statut

Pour rappel, les deux facettes de la mesure prévoient, d’un côté, une revalorisation dite « socle » qui atteint entre finalement 92 et 230 euros de primes selon l’échelon pour les profs, les conseillèr.e.s principaux d’éducation et les psychologues de l’éducation nationale. Elle ne prend pas en compte l’ensemble des autres travailleurs de l’éducation et particulièrement les plus précaires, qui encaissent pourtant plus que les autres la crise économique et la dégradation du service public d’éducation.

De l’autre côté le « pacte » qui, en prétendant revaloriser les profs, leur demande d’assumer de nouvelles missions. Il ne s’agit donc en rien d’une revalorisation mais, pire, elle fait du prof au statut un travailleur contractuel d’un nouveau genre. En signant le pacte auprès du chef d’établissement, ce dernier va se retrouver capable de disposer de sa main d’œuvre comme il l’entend.

Avec ce nouveau pouvoir accordé aux chefs, le pacte ouvre en grand la porte au recrutement sur profil et à la mise en compétition des établissements. On le comprend bien, ce dont il s’agit pour la Macronie c’est donc non seulement d’accélérer la casse du statut, le fameux « dégraissage de Mamouth » néolibéral - en continuant à stigmatiser un peu plus des profs qui ne travailleraient pas assez, auraient trop de vacances comme le répète Edouard Philippe depuis plusieurs jours – mais aussi de creuser le fossé qui sépare l’école de la bourgeoisie et celle des travailleurs.

Derrière l’idéologie de la récompense accordé à ceux qui seraient soi-disant plus investis, et donc plus méritants, se cache une machine de guerre pour morceler les travailleurs de l’éducation, briser les statuts qui les protègent, les mettre en compétition entre eux autour d’enveloppes budgétaires et saper les conditions de leur capacité de résistance

Prétendre pallier la soi-disant crise de recrutement

La rhétorique est installée autour d’une soi-disant « crise de recrutement » et de « vocation », pourtant malgré les académies en tension comme Versailles ou Creteil, le choix du ministère de l’éducation reste celui de limiter le nombre de places aux concours et de recourir prioritairement à des professeurs contractuels. Alors que la rentrée 2022 a accusé le coup d’un manque de 4000 profs, Macron choisit de supprimer en plus 1165 nouveaux postes pour la rentrée 2023.

En ligne de mire, recourir à une main d‘œuvre plus précaire, développer les dispositif et l’éducation privée, limiter dans le public les profs au statut en leur demandant malgré la charge de travail harassante de combler les trous des collègues absents ou manquants et de recourir à ces « remplacement de courte durée ».

De plus, si les chefs d’établissement et le ministre de l’Éducation en tête de fil prétendent qu’il ne s’agirait que de remplacer les collègues sur nos propres disciplines et avec des classes que nous avons déjà, rien ne permet d’assurer qu’à terme des remplacements sur d’autres établissements (avec le pacte, les travailleurs du premier degré sont déjà invités à donner des cours de soutien en collège) ou dans d’autres matières à l’aide de polycopié ne pourraient pas avoir lieu.

De manière générale, cette polyvalence et cette fluidité du travailleur de l’éducation se fait contre toute ambition pédagogique, il faut combler les trous, garder les élèves pour que leurs parents puissent enrichir le patronat en flux tendu, mieux, les envoyer avec eux (réforme du lycée pro), plutôt que de leur assurer des apprentissages de qualité.

Accroitre les hiérarchies, le management, l’école comme une entreprise

Par ailleurs, le gouvernement a même posé sur la table avant de la retirer la possibilité d’utiliser les heures pactes pour remplacer les grévistes. Cette volonté de jeter un sort à ceux qui se battent pour bien faire leur travail montre une fois de plus la farce féroce que sont les prétentions gouvernementales à sortir les personnels de l‘éducation de la crise.

Un autre versant du Pacte qui montre clairement son caractère répressif, c’est la possibilité de création de hiérarchies intermédiaires puisque plusieurs missions de coordination pourront être proposées ; de disciplines, de classes, ou d’élèves à besoin spécifique, y comprendre à terme des missions de coordination des AESH et de gestion du PIAL.

En accroissant l’autorité fonctionnelle des chefs d’établissement et en leur arrogeant la possibilité de faire passer un contrat aux profs portant sur ce genre de tâches, l’institution cherche à renforcer ses rangs avec des profs-managers.

Le refus de signer le pacte n’est pas un plan de bataille !

Face à cette attaque sans précédent que représente le Pacte l’intersyndicale de l’éducation se dit vent debout et dénonce une mesure qui « va considérablement dégrader le fonctionnement des écoles et des établissements et fragiliser les collectifs de travail par une mise en concurrence des personnels. »

Pourtant, aucun plan de bataille n’est mis sur la table par les organisations syndicales depuis le 20 avril pour contrer les projets du gouvernement. Et face à une mesure qui va individualiser les travailleurs de l’éducation et les laisser seuls face à la hiérarchie, le mot d’ordre de refuser à titre individuel de signer le pacte, n’est en rien un plan de bataille.

Cette absence d’appel à la mobilisation va de pair avec le refus de l’intersyndical nationale qui aura refusé tout le long de la mobilisation contre la réforme des retraites d’allier la question des salaires à celle des retraites, afin d’élargir les mots d’ordre et de faire rentrer dans la bataille des secteurs du privé et les plus précaires de la classe. C’est autour d’un plan ambitieux et des mots d’ordres qui répondent aux besoins profonds des travailleurs que la grève de masse est possible.

La démultiplication des grèves comme à Tisséo, Verbaudet ou Dysney sur les questions salariales témoignent de cette omniprésence du cout de la vie, du pouvoir d’achat face à l’inflation galopante. Et alors que les travailleurs de l’éducation réclament à l’unisson des augmentations, l’intersyndicale fait le choix conscient de ne déployer aucune campagne et mobilisation sur ces questions. Un choix violent qui nie les pressions hiérarchiques et fait mine d’opposer un refus individuel comme possibilité de recours là où les travailleurs sont pris à la gorge de crédits et ramassent une inflation qui rongent des salaires déjà trop bas.

A la vérité, certains accepteront le pacte en y étant opposé ! Mais au mépris de la condition réelle des profs, du chantage qu’est le pacte, et au lieu d’unir les travailleurs de l’éducation, l’intersyndicale refuse encore une fois la lutte collective pour des augmentation de salaires. En préférant renvoyer les collègues seuls, divisés par le gouvernement et par sa logique propre et hors sol du refus individuel, elle jette les profs dans les bras grands ouverts de leur hiérarchie et de la précarité.

Des augmentations de salaires pour tous et leur indexation sur l’inflation maintenant !

Si Macron pense se refaire une santé après la mobilisation contre la réforme des retraites en s’attaquant à un secteur clé du monde du travail qu’est l’éducation, c’est qu’il sait pouvoir s’appuyer sur une intersyndicale de l’éducation qui n’a déjà pas fait grand bruit face au quinquennat numéro un de Macron et aux attaques de Blanquer et qui a davantage de goût pour le dialogue social que pour le rapport de force.

Celle-ci prive en réalité les travailleurs d’un plan de bataille à un moment où Macron et dans une autre mesure Pap N’diaye sortent délégitimés de la mobilisation contre la réforme des retraites. La Macronie ne sort victorieuse de la dernière séquence de lutte des classes que grâce à un calendrier de la défaite et un refus de l’élargissement des mots d’ordre. Pourtant, l’heure est plus que jamais à lutte pour des augmentations de salaires de 400 euros et leur indexation sur l’inflation pour l’ensemble des travailleurs, seule mesure à même de répondre face à l’augmentation du coût de la vie. Une telle campagne serait à même d’unifier le monde du travail et de faire reculer les fantasmes néolibéraux de Macron tel que le Pacte.


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