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Éduc en grève

Education : à la veille du 15 mars, il est urgent d’imposer un autre plan de bataille !

Largement mobilisé depuis le début du mouvement contre la réforme des retraites, le secteur de l’Education a montré sa détermination, mais aussi la volonté d’une partie des personnels de construire la grève, par des AGs et en établissant des liens avec différents secteurs. Alors que l’intersyndicale appelle à une nouvelle journée de grève isolée, c’est sur ces éléments qu’il faut nous appuyer pour imposer une stratégie à même de faire véritablement plier le gouvernement !

Diane Delalune

14 mars 2023

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Education : à la veille du 15 mars, il est urgent d'imposer un autre plan de bataille !

Crédits photo : O fil des contrastes

Depuis le début du mouvement contre la réforme des retraites, les enseignant-e-s et personnels de l’Éducation apparaissent comme un secteur massivement mobilisé, aux côtés des transports et de l’énergie – et maintenant des éboueurs parisiens. Lors des cinq journées de grève appelées par l’intersyndicale (19 et 31 janvier, 7 et 16 février, 7 mars), ce sont entre 60 % et 70 % des professeur-es, CPE, Psy-ÉN, AED, AESH qui étaient en grève, d’après les chiffres annoncés par les syndicats.

Une mobilisation massive et bien cadrée par l’intersyndicale

Une mobilisation massive qui ne doit rien au hasard. Le secteur a en effet vu s’accumuler les raisons de la colère depuis des décennies. Les différentes réformes ont largement dégradées les conditions de travail des personnels et d’étude des élèves, avec une accumulation des tâches et une multiplication du nombre d’élèves par classe, et ont encore précarisé le métier, que ce soit du point de vue des salaires ou du statut. Les contractuels représentent actuellement presque ¼ des personnels de l’Education nationale, parmi lesquels de nombreux AED et AESH, qui, pour ces dernières, subissent un salaire moyen sous la barre des 1000 € par mois.

Si salaires, retraites et conditions de travail participent du mélange explosif qui conduit les enseignant-e-s et personnels de l’Education à participer massivement aux journées de grève, la colère à la base a parallèlement poussé plusieurs intersyndicales éducation, au niveau local, a appeler à trois jours de grève les 7, 8 et 9 mars, tout en appelant désormais à une grève de 2 jours les 15 et 16 mars (en région parisienne et à Toulouse notamment). Une pression qui a contraint l’intersyndicale nationale de l’Education à adopter une posture à l’allure plus radicale que le discours de la direction nationale du mouvement, porté par le duo Berger-Martinez. Lors de la grève du 7 mars, l’intersyndicale Education a ainsi appelé dans son communiqué du 4 mars à une séquence de trois jours de mobilisation : deux journées de grève les 7 et le 8 mars, et un appel à « participer aux mobilisations prévues le 9 mars par les organisations de jeunesse ».

Des appels qui, sans plan général d’action pour construire la reconductible, sont restés vains, ne permettant de construire de bataille à la hauteur de la colère profonde qui s’exprime à la base. Loin d’offrir un débouché à la colère, la succession des journées isolées tend à dilapider les forces au service d’une stratégie de pression parlementaire. Or,pour l’emporter face à un gouvernement prêt à tout pour faire passer sa loi – que ce soit le 49-3, le 47-1 ou le mensonge éhonté – la stratégie des « coups de pression » successifs ne suffira pas.

Assemblées générales et interprofessionnelles : de premières dynamiques à l’œuvre dans le secteur de l’Education

Si le secteur de l’éducation a une tradition d’auto-organisation, celle-ci était restée pour le moins embryonnaire dans la première phase du mouvement. Le 7 mars a néanmoins permis de renforcer les structures d’auto-organisation existantes, avec le renforcement d’assemblées générales de personnels de l’Education nationale dans plusieurs villes et zones géographiques qui ont pu rassembler jusqu’à plusieurs centaines de grévistes, syndiqués et non syndiqués.

Essentielles pour permettre aux grévistes de discuter de la mobilisation et d’organiser ses suites, les AG ont pu permettre, entre autre, de discuter des mots d’ordres de la grève, pour dépasser la seule question des retraites et élargir nos revendications à la question des salaires et des conditions de travail. Elles ont aussi été l’occasion de questionner la stratégie des directions syndicales.

Elles ont aussi été un lieu depuis lequel les grévistes ont pu organiser et voter des actions, en particulier en lien avec les autres secteurs, et en particulier les secteurs en reconductible. Dans plusieurs villes, comme Toulouse ou Montpellier, les personnels de l’Education participent à la construction d’AG interprofessionnelles, tandis qu’à Paris, mais aussi à Lyon, des enseignant-e-s et personnels de l’Education se sont rendu sur les piquets de grève des cheminots, de même qu’à Roissy, où des enseignant-e-s ont participé à une action des grévistes de l’aéroport.

Si ces expériences restent embryonnaires, elles marquent une première tentative d’auto-activité des grévistes pour durcir et massifier le mouvement, en tentant notamment de poser la question du calendrier et de créer des liens avec les autres secteurs en lutte. Elles ouvrent ainsi des possibilités pour une autre stratégie de la grève.

Cette semaine, continuer à construire de la grève et la poursuivre aux côté des autres secteurs en lutte !

Alors que l’intersyndicale appelle à une nouvelle journée de grève pour le mercredi 15 mars, cette nouvelle semaine sera décisive pour la mobilisation. En choisissant de poser une journée de grève le jour de la commission paritaire, sur fond d’appel à Macron à des compromis impossibles et d’appel au référendum, les directions syndicales maintiennent coûte que coûte que leur stratégie de journées isolées, alors même que les cheminots, travailleurs de l’énergie, éboueurs… poursuivent leur grève reconductible, et que, dans d’autres secteurs, des travailleuses et travailleurs sont encore en train d’entrer en grève, que ce soit pour les retraites ou les salaires !

Les directions syndicales doivent faire le bilan de leur stratégie de pression, qui n’a pas pour l’heure fait bouger d’un pouce le gouvernement. Face à l’impasse, les syndicats combatifs, les travailleurs à la base doivent continuer à maintenir la grève, pour durcir réellement le mouvement par la reconductible, au côté des secteurs qui reconduisent la grève. Pour cela, il est nécessaire de poursuivre et de multiplier les AGs et de renforcer les liens entre les secteurs, en organisant des AG qui rassemblent travailleurs et secteurs en lutte, dans l’objectif d’imposer partout les revendications qui nous mobilisent, qu’elles concernent les retraites, mais aussi les salaires.

Ce mardi déjà, quelques AG se sont réunies, à l’image de l’AG intersyndicale éducation 93 qui a rassemblé les représentants de 8 écoles, 13 collèges et 14 lycées. Nombreux étaient les grévistes à questionner les appels de l’intersyndicale et à exiger un appel clair à la reconductible, et l’AG a voté un appel à la grève non seulement mercredi 15, mais aussi jeudi 16 mars, ainsi qu’une grève des épreuves de spécialité du bac pour la semaine prochaine. L’AG appelle également à se réunir l’après-midi du 16 mars devant l’Assemblée Nationale : "On ira jusqu’au retrait même si la loi finit par être votée, comme avec le CPE", affirmait un gréviste.

En nous organisant, nous pourrons ainsi proposer – et imposer – des alternatives faces aux limites du plan proposé par les directions syndicales. C’est le sens d’une initiative telle que le Réseau pour la grève générale, qui, le lundi 13 mars, a rassemblé 600 personnes lors d’un meeting appelant à « faire battre Macron en retraite » en défendant une stratégie alternative à l’intersyndicale.


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