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Politique

L'illusioniste

Conciliation de classe : Berger tend la main à Borne et appelle à une "nouvelle ère" de "co-construction"

Pour Laurent Berger la nomination d’Elisabeth Borne comme première ministre –figure de la casse sociale au dernier quinquennat- n’est pas un « mauvais signal ». A l’heure où il faudrait un plan de bataille pour faire face à l’inflation et au prochain quinquennat, le secrétaire général de la CFDT en appelle au « dialogue social » et promet d’être un « interlocuteur constructif ». Tout un programme.

vendredi 20 mai

Crédits photo : BFMTV

Borne n’est pas « un mauvais signal » : Laurent Berger valide la nomination d’une spécialiste en contre-réformes antisociales

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT était ce jeudi 19 mai sur le plateau d’Appoline de Malherbes. A la question faites-vous confiance à Elisabeth Borne, il répond : «  Ça n’est pas un mauvais signal que la ministre du Travail devienne Première ministre.  » Il se réjouit même immédiatement : « C’est aussi un très bon signal que ce soit une femme qui occupe le poste ». Dans ce même élan il explique ne vouloir avoir d’a priori sur la nouvelle première ministre et défend : «  Il y a des sujets ou nous avons été en désaccord […] mais sur d’autres sujets, il y a eu des moments où nous avons pu co-construire, où il y a eu de l’écoute  ».

Une présentation pour le moins en décalage avec ce que signifie l’arrivée de l’ancienne ministre du travail à ce poste et son pédigrée. Cette dernière a en effet porté les contre-réformes du gouvernement Macron durant le dernier quinquennat. Elle a notamment brillé avec l’ouverture à la concurrence et la privatisation du rail, et la casse du statut de cheminot avant de mener à bien la réforme de l’assurance-chômage et l’attaque énorme qu’elle représente. La nomination de celle qui est présentée comme une aile « gauche » du gouvernement par les médias dominants et la classe politique, promet en réalité une guerre sociale dure et donne le ton d’un quinquennat d’attaques contre nos droits.

Une tentative pour restaurer (encore) l’illusion du « dialogue social »

Pourtant Laurent Berger assure tout au long de l’entretien que l’heure est au « dialogue social », il martèle dans ce sens : «  ce n’est pas une question de confiance, c’est une question de comment on va travailler les uns avec les autres  ». Face aux « gros dossiers » qu’il voit pour le prochain quinquennat Berger se montre plus que prévenant et explique : « Ils ne pourront pas faire tout seul. Il faut une nouvelle ère. Cette nouvelle ère, ça n’est pas arriver en réunion et avoir une conclusion trois heures après qui est la même que lorsqu’on est arrivé : c’est de la co-construction, c’est écouter les interlocuteurs sociaux et économiques. »

Le chef de fil de la CFDT résume ainsi sa volonté d’accompagner le gouvernement durant le prochain quinquennat, s’il y a un dialogue : « nous serons un interlocuteur exigeant mais constructif ». Cet appel du pied assumé en direction du gouvernement fait suite à une tribune publiée au lendemain du résultat des élections où il clamait déjà : « Monsieur le président vous ne pourrez pas relever ces défis tout seul ». Après un quinquennat où les directions syndicales ont été laissées de côté, Laurent Berger cherche à s’assurer une place proche du gouvernement, pour accompagner la casse sociale.

Contre la précarité et pour les augmentations de salaires, il faut rompre avec le « dialogue social » et mettre sur pied un plan de bataille !

La priorité de la direction de la CFDT est au dialogue avec le patronat et le gouvernement à l’heure où l’inflation pèse durement sur la vie des travailleurs, en réduisant drastiquement le salaire réel. Une position non seulement bien en deçà des nécessités mais également de la colère et de la défiance qui s’expriment parmi les classes populaires. Ces dernières semaines et mois, les grèves locales se sont multipliées –notamment autour des NAO- pour exiger des augmentations salariales, mais restent pour le moment isolées les unes des autres. La stratégie des directions syndicales, qui poussent au dialogue social, est un frein au développement de ces mouvements. C’est une politique qui désarme le monde du travail et le rend vulnérable face aux attaques. Laurent Berger a bien évoqué du bout des lèvres la nécessité que «  le SMIC soit revalorisé sur l’évolution des prix  ». Mais ce qui apparaît effectivement aujourd’hui comme un impératif pour faire face à l’inflation, ne pourra être imposé par le dialogue face à une Elisabeth Borne qui assumait il y a quelques mois encore refuser de donner un « coup de pouce au SMIC ».

A rebours des illusions du « dialogue social », l’heure est la construction du rapport de force, en mettant sur pied un plan de bataille à la hauteur de la situation. Dans ce sens, un premier pas pour faire face au quinquennat et aux attaques à venir se situe dans un appui à ces luttes qui se multiplient. Dans l’objectif de construire un rapport de force sérieux, il faut rompre avec les stratégies perdantes des directions syndicales et mettre les structures syndicales à disposition de ces grèves, pour alimenter les caisses de grève et les coordonner à la base. Pour permettre aux luttes de sortir de l’isolement il faut se battre pour des coordinations tant à l’échelle des secteurs que de l’ensemble des grèves, en appuyant partout l’auto-organisation des grévistes pour qu’ils et elles décident des conditions de leur lutte.



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