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Edito

Bataille des retraites : l’heure des bilans

Ce jeudi soir, l’intersyndicale se réunit pour siffler la fin d’un mouvement déjà annoncée par la date du 6 juin et le silence qui l’a suivie. Dans ce cadre, les dirigeants syndicaux commencent à exprimer leurs bilans. Il faudra leur opposer les nôtres pour refuser l’idée qu’il était impossible de gagner et mettre sur la table un débat sur la stratégie adoptée par l’intersyndicale.

Paul Morao

15 juin 2023

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Bataille des retraites : l'heure des bilans

Crédit photo : O phil des contrastes

Ce jeudi soir, l’ensemble des membres de l’intersyndicale se réunissent au siège de la CFE-CGC. Une réunion qui, de toute évidence, devrait signer la fin du mouvement ouvert le 19 janvier. De quoi ravir certains dirigeants syndicaux comme Laurent Berger, qui ne cachait pas son impatience de passer à autre chose ces dernières semaines.

De fait, si les directions syndicales insistent sur leur refus de « tourner la page », la fin du mouvement survient après des signes clairs d’une volonté de retour à la normale. Comme un symbole, le 5 juin dernier, veille de manifestation, l’ensemble des syndicats représentatifs, CGT comprise, rencontraient le patronat pour discuter des contours du « dialogue social » pour les mois à venir.

Dans ce cadre, les dirigeants de l’intersyndicale commencent à formuler des bilans du mouvement publiquement. Pour Laurent Berger, les 5 mois de lutte ont abouti à une « défaite productive » renforçant le syndicalisme. Dans Alternatives économiques ce samedi, Sophie Binet revient de son côté longuement sur la bataille des retraites.

Pour la secrétaire de la CGT, c’est d’abord la responsabilité du gouvernement qui explique la défaite. « Avec un autre président de la République, dans un autre pays, on aurait gagné » note-t-elle, en évoquant une « radicalisation du pouvoir ». Malgré ce constat, Sophie Binet ne remet pas en cause la stratégie des journées isolées portée par l’intersyndicale : « en cassant le cadre intersyndical parce que la CGT ne voulait pas transiger sur la grève reconductible, (…) on aurait perdu plus que ce qu’on aurait gagné ».

Finalement, c’est dans « le niveau d’implantation des organisations syndicales, notamment dans le privé, ainsi que les transformations du salariat » que la dirigeante de la CGT trouve l’ultime justification de l’isolement des secteurs en reconductible et de l’issue du combat. Un argumentaire repris par de nombreuses analyses, syndicales ou intellectuelles, avec la même conclusion : il n’était pas possible de vaincre Macron. Une analyse objectiviste, qui enterre toute discussion sur la stratégie menée par l’intersyndicale dans le cadre d’un mouvement d’une ampleur inédite.

Mais l’ensemble des travailleurs qui ont pris part au mouvement sont loin de partager une telle vision. Alexis Antonioli, délégué CGT Total de la raffinerie de Normandie répondait ainsi à Sophie Binet le 12 juin : « les salariés ne sont pas dupes ils n’ont pas été convaincus par la stratégie de journées isolées, parce que c’est la même stratégie qui nous a fait perdre en 2010 ou 2016. Or l’intersyndicale n’a jamais décidé de changer de stratégie même après le 49.3. (…) On a vu des millions de personnes dans la rue, au bout d’un moment, l’enjeu n’était plus de massifier les manifestations mais d’avoir une stratégie pour gagner. »

Un débat poursuivi par le raffineur ce mercredi 14 juin, sur le plateau de l’émission spéciale de RP et QG sur les bilans du mouvement des retraites, face à Fabien Villedieu, membre de la direction confédérale de SUD Rail. L’occasion de souligner qu’une autre stratégie était possible : prendre appui sur les secteurs en reconductible, élargir les revendications, développer l’auto-organisation et les initiatives à la base pour étendre la grève, dans l’objectif stratégique de généraliser la grève reconductible pour bloquer l’économie. Une stratégie qu’a notamment cherché à incarner le Réseau pour la grève générale.

L’heure des bilans est arrivée, elle ouvre une nouvelle bataille, contre toute explication « objective » de la défaite et pour penser les conditions des victoires demain. Révolution Permanente entend prendre sa part dans cette discussion, dans la continuité de nos premiers entretiens bilans des dernières semaines et des luttes menées depuis le 19 janvier pour un plan à même de déployer toute la force de notre classe contre le gouvernement.


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