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Monde

L'extrême-droite à l'offensive

Attentat à Berlin : un réfugié accusé à tort sur fond de radicalisation xénophobe

Après les agressions en Bavière revendiquées par l'État Islamique cet été, le meurtre d'un jeune à Hambourg à l'automne, l'attaque de Berlin marque par son ampleur et par ses similitudes avec le mode opératoire de l'attentat de Nice. Faisant douze victimes et une cinquantaine de blessés, le camion loué auprès d'un transporteur polonais s'est élancé aux environs de 20h sur le marché de Noël au cœur du Berlin Ouest. Le probable conducteur du camion, un ressortissant polonais, a été retrouvé mort, tué par balle dans la cabine. Tandis que la police allemande vient de relâcher un demandeur d'asile pakistanais interpellé le soir même, l'attaque a été revendiquée ce mardi 20 décembre par l'État Islamique confirmant les doutes des autorités.

mardi 20 décembre 2016

Yano Lesage

Mais alors que la police interrogeait le demandeur d’asile pakistanais, que Merkel criait « gare à l’amalgame » tout en le pratiquant par ses forces de police pour arrêter le premier individu au faciès étranger, Alternative For Deutchland ( AFD) parti d’extrême-droite allemand s’empressait d’hurler au laxisme du gouvernement - « ce sont les morts de Merkel » - et à la fermeture des frontières.

Déjà au lendemain de l’attentat, c’est tout l’appareil politique qui est mis sous la pression de l’extrême-droite et radicalise ses discours dans la xénophobie. Au sein même de la majorité, le chef de l’Union Chrétienne-sociale (CSU) parti frère, de la CDU de Merkel, implanté en Bavière, tout comme le ministre de l’Intérieur de la Bavière, ont demandé un changement de politique vis à vis des réfugiés. Dans une région dans laquelle l’extrême-droite, et en premier lieu, l’AFD, marque des points, les composantes locales de la majorité ressentent une pression à se positionner toujours plus à droite.

À ce titre, les tentatives de récupération des événements survenus ce lundi soir par l’extrême-droite sont belles et bien réelles. Dès ce mercredi, des collectifs d’extrême-droite, en lien avec l’AFD devraient chercher à organiser des rassemblements aux alentours de la scène de l’attentat, près de l’Église du souvenir. Dans un contexte où la droite du gouvernement est toujours plus à l’écoute de son extrême, rien ne devrait l’en dissuader.

À dix mois des élections législatives à l’issue desquelles, Angela Merkel compte bien briguer un quatrième mandat de chancelière, « la dame de fer » d’outre-Rhin a, lors du congrès de la CDU début décembre durci son discours : promesse d’interdiction de la burqa, de restriction sur l’immigration. Clairement, les progrès de l’AFD la pousse à jouer la surenchère dans la xénophobie.

Elle aussi pourrait bien tirer son épingle du jeu à la manière d’un Hollande et surtout d’un Manuel Valls, en France. Endossant sa figure de femme forte, A. Merkel s’est exprimée au lendemain de l’attaque : alors que le principal suspect était encore un demandeur d’asile pakistanais de 23 ans, la chancelière s’est laissé aller à des conjectures assez hâtives qui en disent long sur le degré d’opportunisme et de mise en scène politique. « Comment pouvons-nous survivre dans cette peur ? » et ajoutant "Je sais que cela serait pour nous particulièrement difficile à supporter s’il se confirme que cet acte a été commis par une personne qui a demandé à l’Allemagne protection et asile". Des propos qui laissaient largement ouvert le champ d’une condamnation en bloc des réfugiés et ouvrant grand la porte aux amalgames.

Ce soir, le jeune homme demandeur d’asile de 23 ans a été relâché et innocenté. Aucun élément n’a justifié son arrestation, ce qui n’a pourtant pas empêché les politiques, de la CDU comme l’AFD de tirer, avant terme, leurs conclusions.




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