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Moyen-Orient

Attaque en Jordanie : Biden promet une riposte qui pourrait embraser la région

Après la mort de trois soldats états-uniens en Jordanie, tués au cours d’une attaque menée par une milice chiite, Biden promet une riposte au risque d’envenimer une situation régionale déjà explosive.

Enzo Tresso

30 janvier

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Attaque en Jordanie : Biden promet une riposte qui pourrait embraser la région

Crédit photo : Norway UN (New York) Creative Commons 2.0 sur flickr

Trois soldats étatsuniens ont été tués, dimanche 28 janvier, par une frappe de drone sur la base T-22 proche de la frontière Jordano-syrienne. L’attaque, attribuée par les Etats-Unis à une milice pro-iranienne, a également fait 34 blessés. Les défenses aériennes auraient confondu le drone, lancé depuis la Syrie, avec un de leurs propres appareils. Le même jour, la résistance islamique en Irak, déjà ciblée par plusieurs frappes étatsuniennes fin décembre et début janvier, a revendiqué trois attaques de drone sur des bases militaires en territoire syrien, faisant conclure au Pentagone qu’il s’agissait d’une attaque coordonnée.

Alors que les tensions sont particulièrement vives dans la région et que l’impérialisme états-unien réagit de plus en plus violemment aux attaques des milices pro-iraniennes de « l’axe de la résistance », la mort de trois soldats, premières victimes états-uniennes dans le conflit ouvert le 7 octobre, menace d’aggraver encore l’escalade régionale. En dépit de l’autonomie tactique que l’Iran accorde aux différentes composantes de l’Axe de la résistance et d’un communiqué du gouvernement iranien niant toute responsabilité, Biden a accusé Téhéran d’être responsable des attaques. Alors que le pays de la Révolution islamique est fragilisé par les multiples attaques qui l’ont frappé sur son sol et qu’il n’a aucunement les moyens d’entrer en guerre contre les Etats-Unis, la réaction de Washington aux attaques pourrait déstabiliser encore l’équilibre extrêmement fragile des contradictions et précipiter le Moyen-Orient dans la spirale de la guerre.

Biden a ainsi promis de répondre aux assauts du groupe chiite pro-iranien : « Tandis que nous continuons de reconstituer les circonstances de l’attaque, nous savons qu’elle a été menée par un groupe de militants radicaux soutenu par l’Iran et agissant en Syrie et en Irak. Et, soyez-en sûr, ceux que nous tenons pour responsables auront à rendre des comptes, à un moment et d’une manière que nous choisirons ». Toutefois, les possibilités tactiques des Etats-Unis demeurent limitées sauf à faire sombrer la région dans un état de guerre général. Déjà fortement affaibli par le soutien inconditionnel qu’il a accordé à Israël, Biden espère pouvoir résoudre la situation à Gaza au plus vite afin de préserver son capital électoral déjà sérieusement mutilé auprès de la jeunesse et des minorités racisées américaines, qui se sont mobilisées massivement en soutien à la Palestine depuis le début du génocide dans l’enclave palestinienne. Alors que la présidentielle se rapproche, Biden ne peut pour autant ignorer l’attaque de la Résistance islamique chiite en Irak, sauf à apparaître faible aux yeux d’une partie de l’opinion publique.

Les Républicains, désormais ralliés autour de Trump, ont ainsi appelé à une riposte massive, prenant pour exemple, l’exécution du général iranien Soleimani, ordonnée par Donald Trump en 2020. Faisant de cette « riposte proportionnée » un modèle de réponse, certains parlementaires militent activement pour des frappes directes sur l’Iran. Tom Cotton déclarait ainsi que « la seule réponse aux attaques devait être une riposte militaire dévastatrice contre les forces terroristes iraniennes, à la fois en Iran et à travers le Moyen-Orient. Toute autre réponse confirmerait que Joe Biden est un lâche, indigne d’être le commandant en chef [des armées] ». Don Bacon, également sénateur républicain, demande que les bases des gardiens de la révolution en dehors des frontières de l’Iran soient systématiquement visées : « Je peux vous dire que l’Iran n’en a rien à faire si ses forces supplétives aient un œil au beurre noir et un nez sanglant – ils se soucieront bien plus si l’Iran se prend un œil au beurre noir et un nez sanglant. Les commentaires de Kirby et des autres selon lesquels ils ne veulent pas d’une escalade sont une connerie totale. Ces personnes s’inquiètent toujours d’une escalade. Alors que la situation s’est déjà aggravée ». L’amiral John Miller, ancien commandant de la Cinquième Flotte, défend également l’option de l’attaque directe : « Comme à leur habitude, les iraniens vont pousser et pousser et pousser, jusqu’à ce qu’ils sentent qu’ils s’approchent de la ligne rouge. Ils viennent de la franchir. Ils l’ont franchi par l’intermédiaire de leurs proxies. Bien, ils ont franchi la ligne et ils doivent être tenus responsable de cela ».

En dépit de ces déclarations électoralistes, il est peu probable que le gouvernement adopte une telle solution. Alors que la situation est explosive au Moyen-Orient, que les Etats-Unis frappent depuis une dizaine de jours les Houthi au Yémen et qu’Israël multiplie les provocations à la frontière libanaise, une attaque directe contre l’Iran pourrait avoir des résultats catastrophiques. Comme le souligne le Guardian, elle « déclencherait très certainement une attaque ouverte du Hezbollah contre Israël. Elle pourrait transformer des escarmouches locales en torrents de feu en Irak et en Syrie, et déstabiliser des régimes amis comme l’Egypte, la Jordanie et les pays du Golfe ».

John Kirby, membre du Conseil de sécurité nationale et porte-parole du département de la Défense des Etats-Unis, semble préférer une solution intermédiaire qui n’implique aucune frappe directe sur l’Iran : « Nous ne voulons pas de guerre élargie dans la région, mais nous devons faire ce qu’il nous faut faire ». Pour éviter toute frappe directe sur l’Iran, certains membres du haut commandement proposent de frapper des atouts stratégiques iraniens en dehors de son territoire : il pourrait s’agir, comme en 2020, d’une frappe ciblée contre un haut dignitaire du régime ou d’une attaque ciblée sur des installations énergétiques, gazières ou pétrolières. Nathan Sales, ancien coordinateur du Secrétariat à la défense propose ainsi des mesures de dissuasions : « Dans les années 80, Reagan a coulé un navire iranien et nous n’avons plus beaucoup entendu parler de l’Iran pendant un moment. Nous avons fumé Soleimani et Mohandis en 2020, et l’Iran a répondu en lâchant quelques missiles sur nos forces en Irak et en Syrie. Après cela, tout est devenu silencieux ». Un durcissement des sanctions économiques serait également considéré par la Maison Blanche, selon Foreign Policy.

Enfin, la réponse états-unienne pourrait privilégier une solution diplomatique alors que les Etats-Unis et le Qatar tentent de proposer un plan de trêve entre Israël et le Hamas. Tout affrontement direct ou indirect avec l’Iran pourrait en effet empêcher son adoption. Toutefois, la pression électorale qui pèse sur le camp démocrate à l’orée des présidentielles pourrait lui faire déconsidérer cette option qui risquerait de l’affaiblir politiquement, alors qu’une partie de l’électorat populaire de Biden semble d’ores et déjà perdu pour le candidat à sa réélection. En outre, les intérêts cruciaux de l’impérialisme états-unien au Moyen-Orient pourraient lui faire préférer une réponse militaire immédiate, susceptible de sauvegarder à court-terme son image de toute-puissance au risque d’aggraver encore les équilibres régionaux.

La situation au Moyen-Orient se tend encore et la riposte des Etats-Unis pourrait avoir des effets catastrophiques sur l’équilibre des contradictions qui jusqu’à présent a empêché les différents protagonistes de céder à l’appel de la guerre totale. Si l’Iran n’a pas les moyens d’entrer en guerre contre les Etats-Unis, les provocations incessantes de l’impérialisme états-uniens et des forces israéliennes au Yémen, en Irak, en Syrie, en Egypte et au Liban pourraient pousser à la guerre les forces du Hezbollah. L’intensification nette du niveau des engagements régionaux est un symptôme incontestable de la radicalisation des forces en présence. La situation doit être suivie de près tant les enjeux de la riposte états-unienne sont cruciaux pour l’avenir des peuples plongés dans la spirale de la guerre et menacés par l’acharnement des forces impérialistes à maintenir leurs positions dans la région.


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