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Attention danger

Après le 31 janvier, vers une prochaine date de l’intersyndicale un samedi ?

La rumeur enfle dans les syndicats : la prochaine date interprofessionnelle pourrait avoir lieu un samedi. Un choix poussé par la CFDT, dans la continuité de sa logique de pression, mais qui pourrait être approuvé par toute l’intersyndicale et constituerait un saut dans le refus de construire un rapport de forces par la grève face au gouvernement.

Paul Morao

30 janvier 2023

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Crédits photo : AFP

Ce 31 janvier, une deuxième journée de mobilisation interprofessionnelle aura lieu partout en France. Alors que la colère contre la réforme n’a fait que s’approfondir depuis la mobilisation massive du 19 janvier, ce sont d’ores et déjà plus de 260 mobilisations qui sont prévues partout en France. Une date qui doit permettre d’amplifier la mobilisation mais aussi de l’ancrer à la base en développant les Assemblées générales et les Assemblées Interpro partout où c’est possible.

Par-delà ces enjeux, la question de « l’après » est déjà dans toutes les têtes, et devrait être au cœur des discussions sur les piquets et dans les manifestations ce mardi. En effet, Elisabeth Borne a réaffirmé ce week-end que le recul de l’âge de départ à la retraite n’était « plus négociable » et, si le gouvernement réfléchit aux miettes qu’il pourrait annoncer jeudi, il reste déterminé à ne pas plier. De quoi rendre la question du plan de bataille pour gagner particulièrement brûlante.

Vers une date le samedi pour le prochain « temps fort » interprofessionnel ?

Dans ce contexte, l’intersyndicale commence d’ores et déjà à laisser entendre en interne que sa prochaine date pourrait tomber un samedi. Contactées par Révolution Permanente, plusieurs sources syndicales font ainsi état d’échos évoquant une prochaine mobilisation interprofessionnelle le 11 février prochain, à la demande de la CFDT.

Une proposition qui est dans les tuyaux depuis plusieurs jours. Jeudi dernier, L’Opinion notait ainsi que « pour rassembler un large public, les cédétistes veulent persuader l’intersyndicale d’organiser une manifestation un samedi (le 11 ou le 18 février) afin de réunir ceux qui ne peuvent pas faire grève. » Au même moment, le secrétaire général adjoint de la fédération cheminots de la CFDT, Sébastien Mariani, expliquait : « nous voulons un mouvement populaire plus que syndical. »

Dans la continuité de la stratégie préconisée par la CFDT, l’appel à une mobilisation le samedi vise, sous le prétexte de mobiliser les « deuxièmes lignes », à minimiser le poids de la grève dans l’opposition au gouvernement. Pour la direction de la CFDT, il est en effet possible de raisonner le gouvernement par de simples démonstrations symboliques, tandis que des grèves massives risqueraient selon elle de retourner l’opinion, notamment au moment des vacances. C’est ce sur quoi insistait ce week-end encore Laurent Berger, expliquant au Monde « qu’il faut garder l’opinion et que le niveau d’efficacité syndicale ne se mesure pas au niveau d’emmerdements concrets pour les citoyens. »

Mobilisation le samedi : l’intersyndicale entièrement alignée sur la stratégie de Berger… et de Mélenchon ?

Si l’annonce d’une date de mobilisation le samedi s’inscrirait dans la continuité du discours et de la logique de la CFDT, il s’agirait cependant d’un saut pour l’intersyndicale dans son ensemble. L’annonce d’une manifestation un samedi, à peine deux semaines après le début du mouvement, exprimerait en effet la subordination totale de la CGT à la centrale de Laurent Berger, qui hégémonise déjà ces dernières semaines le front syndical.

Jusqu’ici, sous pression des fédérations CGT plus radicales des cheminots, de la pétrochimie ou de l’énergie, Philippe Martinez a joué un double-jeu. Tout en se présentant formellement comme favorable à la grève reconductible « partout où c’est possible », le secrétaire général de la CGT n’a rien fait pour construire cette stratégie et a avalisé toutes les décisions imposées par Laurent Berger, reprenant à l’occasion les arguments de ce dernier sur les difficultés insurmontables d’une grève reconductible.

L’adhésion à une mobilisation le samedi constituerait cependant un pas en avant dans le refus de la grève. Une décision qui conduirait par ailleurs à abandonner de facto les raffineurs, l’énergie ou les cheminots, qui discutent tous dans leur secteur de se mobiliser autour du 6 février, à l’occasion de la présentation du projet de loi à l’Assemblée nationale.

Une telle annonce devrait en revanche satisfaire Jean-Luc Mélenchon, qui appelle ces derniers jours l’intersyndicale à une date de mobilisation le samedi. Le 26 janvier dernier, ce dernier disait espérer « que les syndicats restent unis et acceptent d’appeler à marcher un samedi c’est-à-dire un jour où chacun peut participer. » LFI partage en effet avec Laurent Berger un refus de la grève, relativisant l’enjeu de la construction du rapport de forces par les méthodes de classe ouvrière au profit de démonstrations purement symboliques.

Stratégie de pression : un pari dangereux face à un gouvernement déterminé

Quelles que soient les annonces définitives qui sortiront ce mardi soir, l’existence même d’un débat sur l’organisation d’une marche le samedi témoigne du fait qu’une logique de pression continue de déterminer entièrement la démarche de l’intersyndicale. Or, comme nous avons insisté à maintes reprises :

« Alors que l’État et la bourgeoisie ne céderont rien sans la crainte de perdre tout, cette logique hasardeuse, empêche la construction d’un rapport de forces par la grève, seule garantie de peser réellement dans les semaines à venir face au gouvernement. En 2010 ou 2016, c’est ainsi cette même stratégie de pression qui a conduit à la défaite malgré l’importante détermination des travailleurs. Plus récemment, la grève des raffineurs de Total a montré comment le gouvernement était prêt à utiliser tous les leviers, et notamment les plus bonapartistes, plutôt que de risquer d’ouvrir une brèche pour l’ensemble du monde du travail. »

Le danger que la mobilisation aille dans le mur sur la base d’un pari sur la possibilité de faire reculer le gouvernement sans mettre en branle l’ensemble des forces du mouvement ouvrier est réel. Si l’heure est à préparer un 31 janvier massif, cette situation renforce l’enjeu de profiter de la journée pour discuter, à la base, du plan de bataille dont nous avons besoin pour gagner !


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