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Criminalisation du soutien à la Palestine

Allemagne : Des centaines de policiers perquisitionnent des militants pro-palestiniens de Samidoun

Jeudi dernier, 500 policiers ont été déployés pour perquisitionner une quinzaine de domiciles en Allemagne, dont ceux de militants de l’organisation de solidarité avec les prisonniers palestiniens Samidoun. Une offensive dans la continuité du tournant autoritaire du gouvernement allemand depuis le 7 octobre.

Irène Karalis

28 novembre 2023

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Allemagne : Des centaines de policiers perquisitionnent des militants pro-palestiniens de Samidoun

Crédits photo : Samidoun

Jeudi dernier, 500 policiers allemands ont été déployés dans les länder de Basse-Saxe, de Rhénanie du Nord-Westphalie, de Schleswig-Holstein et à Berlin pour perquisitionner quinze domiciles, notamment de militants de Samidoun, un réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens, indique BFMTV. Dans un communiqué, la ministre fédérale de l’Intérieur Nancy Faeser affirme : « Nous poursuivons notre action conséquente contre les islamistes radicaux. En interdisant le Hamas et Samidoun en Allemagne, nous avons envoyé le signal clair que nous ne tolérons aucune apologie ou soutien de la terreur barbare du Hamas contre Israël », ajoutant que « les islamistes et les antisémites ne doivent se sentir en sécurité nulle part. »

Pour justifier ces perquisitions, le ministère de l’Intérieur accuse Samidoun de prôner « l’utilisation de la violence comme moyen de faire valoir des intérêts politiques » et de nier « le droit d’Israël à exister ». Le chef de la diplomatie israélienne Eli Cohen a immédiatement salué ces perquisitions, expliquant : « Sous couvert d’une organisation civile, Samidoun est en réalité une source de fonds centrale pour l’organisation terroriste du Front populaire de libération de la Palestine. L’Allemagne, notre proche alliée, est un partenaire clé dans la lutte contre les organisations terroristes, aussi bien en Allemagne que sur la scène internationale. », selon i24news.

Ces perquisitions, justifiées par un discours visant à mettre Samidoun et le Hamas sur un même plan et à associer la défense de la cause palestinienne à l’antisémitisme, s’inscrivent dans une offensive sécuritaire sans précédent menée par le gouvernement allemand depuis le 7 octobre. Le 12 octobre, Olaf Scholz annonçait ainsi l’interdiction des activités de Samidoun en Allemagne. Une décision ratifiée au Parlement par une unité nationale réactionnaire de tous les partis parlementaires, du parti d’extrême-droite Alternativ für Deutschland au parti à la gauche du parti socialiste Die Linke en passant par le parti démocrate-chrétien d’Angela Merkel CDU/CSU et la coalition gouvernementale qui rassemble les socialistes, les Verts et les libéraux.

Dans une déclaration publiée le lendemain des perquisitions, Samidoun a dénoncé ces perquisitions « comme une tentative évidente de l’État allemand de terroriser les communautés palestiniennes, arabes et musulmanes en Allemagne et, plus largement, le sentiment populaire en faveur de la libération palestinienne », pointant également le rôle de l’Allemagne qui a « décuplé son soutien militaire et ses ventes d’armes à l’occupation israélienne au cours des deux derniers mois seulement, tout en imposant à la communauté palestinienne, et plus largement, aux partisans de la Palestine, un niveau de répression policière sans précédent depuis la réunification de l’Allemagne. »

En effet, cette répression répond à la nécessité pour le gouvernement allemand de criminaliser tout soutien à la cause palestinienne, à l’image de la répression exercée par le gouvernement français contre des organisations du mouvement antiraciste et du mouvement social, et s’accompagne d’un discours raciste et xénophobe. Friedrich Merz, le dirigeant de la CDU/CSU, a ainsi déclaré fin octobre que « pour lutter contre l’antisémitisme en Allemagne, il est nécessaire de lier l’octroi de la citoyenneté aux migrants à la confirmation du droit d’Israël à exister » ; une proposition particulièrement réactionnaire basée sur l’amalgame conscient entre antisionisme et antisémitisme afin de justifier un conditionnement de l’octroi de la citoyenneté allemande à une soumission à la politique pro-israélienne du gouvernement allemand.

Samidoun est un réseau de solidarité international qui demande la libération des prisonniers palestiniens détenus en Israël, une question revenue sur le devant de la scène avec le retour de la question palestinienne dans le paysage politico-médiatique, en particulier avec la trêve conclue entre le Hamas et Israël moyennant une libération des otages israéliens contre une partie des prisonniers palestiniens, qui s’élèvent au nombre de 8000 à l’heure actuelle. Si Nancy Faeser associe Samidoun au Hamas, Samidoun est en réalité une organisation laïque qui n’a rien à voir avec l’islam politique, et sa demande de libération de prisonniers palestiniens est une forme légitime de résistance à l’occupation israélienne.

Les perquisitions effectuées la semaine dernière sont la conséquence de l’interdiction de Samidoun et constituent un danger pour l’ensemble du mouvement social et antiraciste en Allemagne. En effet, interdire une organisation permet à la police de mener des enquêtes sur des membres ou des membres présumés de l’organisation en question en vertu de l’article 129, qui décrète la fondation et l’appartenance à une organisation terroriste, et ce sans mandat de perquisition ou ordonnance judiciaire. La répression massive des militants kurdes du PKK a notamment été permise par l’utilisation de cet article. Par ailleurs, pour les personnes sans statut de séjour sûr, il existe des risques d’expulsion. De ce point de vue, l’offensive répressive du gouvernement allemand s’inscrit également dans le cadre du durcissement général du droit d’asile et de l’immigration.

Alors que plus de 14 100 Palestiniens ont été tués à Gaza, les gouvernements impérialistes tentent de criminaliser tout soutien à la cause palestinienne, à commencer par la France et l’Allemagne. Dans le même temps, l’extrême-droite se sent pousser des ailes, à l’image de l’AfD, qui a été créditée de plus de 20% d’intentions de votes dans les sondages en Allemagne, ou des ratonnades effectuées par des groupuscules fascisants en France. Face à l’offensive répressive de nos gouvernements et à la montée de l’extrême-droite, il y a urgence à construire un bloc de résistance, à revendiquer la levée de l’interdiction de Samidoun Allemagne et la fin des enquêtes pour « apologie du terrorisme » visant des militants du mouvement social en France, à affirmer toute notre solidarité avec les militants perquisitionnés de Samidoun et à clamer haut et fort notre droit à soutenir le peuple palestinien.


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