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Décolonisation

7 mai 1954 : quand la bataille de Diên Biên Phu signait la fin de la présence française en Indochine

Le 7 mai 1954, la résistance vietnamienne mettait en déroute l’armée française, annonçant la fin de la guerre d’Indochine. Un anniversaire qui résonne avec force 70 ans plus tard, alors que l’État colonial d’Israël et ses alliés impérialistes mettent Gaza à feu et à sang.

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7 mai 1954 : quand la bataille de Diên Biên Phu signait la fin de la présence française en Indochine

Crédit photo : Manhhai, licence Creative Commons 2.0

Fondée en 1887, l’Indochine française regroupe les régions colonisées par la France à partir de 1858. Le Laos, le Cambodge, ainsi que l’Annam, le Tonkin et la Cochinchine, qui correspondent aujourd’hui au Sud, au Nord et au Centre du Vietnam, sont ainsi rassemblés dans une fédération de colonies qui constituera l’un des piliers de la puissance mondiale et coloniale de la France pendant près de soixante-dix ans. Mais pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’influence de la France est remise en cause alors que le Japon établit un protectorat en Indochine et y installe plusieurs bases militaires. Les courants nationalistes se consolident, aboutissant en 1941 à la fondation du Viêt Minh, organisation politique et paramilitaire se revendiquant du communisme et proche de l’URSS de Staline dont l’objectif est l’indépendance du Vietnam.

Le 2 septembre 1945, après la capitulation du Japon, Hô Chi Minh, fondateur du Parti communiste vietnamien et du Viêt Minh, proclame l’indépendance de la République démocratique du Vietnam. Mais la France refuse d’abandonner l’un de ses principaux pré carrés coloniaux et planifie le retour de ses troupes. Le 23 novembre 1946, l’armée française bombarde la ville portuaire de Haïphong et tue 6000 Vietnamiens. C’est le début d’une guerre de huit ans dans laquelle l’impérialisme français va s’enliser. Alors que la révolution chinoise de 1949 donne un nouveau souffle au combat des peuples colonisés, pour la France, puis pour les États-Unis, il ne s’agit plus seulement d’une lutte pour la reconquête coloniale mais aussi d’une lutte contre le communisme : l’Indochine devient un des fronts de lutte du « monde libre » contre le péril rouge.

Le 7 mai 1954, au terme d’une bataille de 56 jours pendant laquelle 3000 soldats français et 10 000 Vietnamiens périssent, l’armée française est défaite à Diên Biên Phu. C’est la fin d’une guerre pour la décolonisation considérée comme l’une des plus violente du XXIème siècle et pourtant oubliée dans les mémoires. Ainsi, si beaucoup connaissent le massacre de My Lai de 1968, durant lequel 500 villageois sont sauvagement assassinés par des soldats américains, peu connaissent les noms de My Thuy et de My Trach. Le peuple vietnamien n’a pourtant pas attendu les États-Unis pour connaître la violence et l’horreur : le 29 novembre 1947, un bataillon de soldats français met le feu aux maisons du village de My Trach, faisant 310 morts ; un an plus tard, c’est le village de My Thuy qui est le théâtre d’une véritable boucherie, au cours de laquelle 526 Vietnamiens sont assassinés par la marine et l’armée de l’air.

Après la guerre d’Indochine, le pays est divisé en deux, entre le Nord, qui devient la République démocratique du Viêt Nam, un régime se réclamant du communisme sous influence de l’Union soviétique et de la Chine, et le Sud, sous contrôle de Ngô Dinh Diêm, qui instaure un régime autoritaire à la solde des impérialistes. C’est le début de la guerre du Vietnam qui marquera les esprits par sa brutalité : 2 millions de civils vietnamiens seront tués, ainsi qu’environ 1,1 million de soldarets nord-vietnamiens, 200 000 soldats sud-vietnamiens et 58 000 soldats américains. Entre 1965 et 1975, les États-Unis lâchent plus de 7,5 millions de tonnes de bombes sur le Vietnam, soit le double de ce qui a été utilisé en Europe et en Asie pendant la Deuxième Guerre mondiale. Entre 1964 et 1973, 80 millions de litres d’Agent-orange sont déversés sur les forêts du pays. Cet herbicide, extrêmement pollueur, a contaminé près de 20% du centre et du sud du pays et est responsable de nombreux cancers, malformations à la naissance et de problèmes respiratoires, entre autres.

Au total, entre 1945 et 1975, 4 millions de civils ont perdu la vie au Vietnam. Dans ce contexte, l’anniversaire de la bataille de Diên Biên Phu résonne de manière particulière à l’heure où le colonialisme et l’impérialisme mettent Gaza à feu et à sang. Il nous rappelle que si l’impérialisme tuait hier et tue encore aujourd’hui. Il nous rappelle aussi que l’impérialisme a été mis en déroute. Et que dans l’Histoire, les peuples opprimées et colonisés finissent toujours par se débarrasser des impérialismes qui les oppriment.


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