×

Ecologie

40.000 personnes sans eau potable : face à la crise climatique, Macron veut traquer les fuites d’eau

Dans Libération, le ministre de la transition écologique Christophe Béchu révèle que 40.000 personnes seraient actuellement privées d'eau potable en France métropolitaine. Une situation catastrophique face à laquelle le gouvernement propose...de boucher quelques fuites.

Seb Nanzhel

14 septembre 2023

Facebook Twitter
40.000 personnes sans eau potable : face à la crise climatique, Macron veut traquer les fuites d'eau

Crédit photo : capture d’écran Télématin

Après une sécheresse hivernale historique et un été marqué par plusieurs canicules ainsi que des pénuries d’eau, 40 000 personnes sont encore privées d’un accès à l’eau potable en France métropolitaine. Dans un entretien à Libération, le ministre de la transition écologique Christophe Béchu a ainsi évoqué 189 communes qui seraient actuellement privées d’eau potable : « Beaucoup se trouvent sur le bassin méditerranéen, dans le couloir rhodanien, mais on a aussi quelques cas en Bretagne. Au total, 40.000 personnes sont privées d’eau potable ». 

Un chiffre qui témoigne d’une intensification des sécheresses et de leurs impacts sur les populations, alors que 62% des nappes phréatiques sont encore en dessous deleur niveau habituel au 1er septembre, d’après un nouveau rapport du Bureau de Recherches Géologiques et Minières. « La période de recharge [des nappes phréatiques] 2022-2023 a été déficitaire sur une grande partie du territoire », ajoute l’institut de recherche. Cette perturbation est directement liée au changement climatique, comme l’explique l’hydrogéologue Agnès Ducharne auprès d’Europe 1 : « Le changement climatique intensifiera les sécheresses, qui seront plus fréquentes, plus intenses et plus longues. Les sécheresses pluriannuelles deviendront notamment plus fréquentes ». 

Face à cette situation catastrophique pour de nombreuses personnes, le gouvernement promet de...traquer les fuites d’eau sur les réseaux. C’est la mesure principale du « Plan eau » présenté en grande pompe en mars dernier, juste après la répression sanglante de Sainte-Soline. Si un volume astronomique d’eau potable (près d’un milliard de mètres cubes) est effectivement perdu sur les réseaux chaque année en raison de leur vétusté, cette mesure de lutte contre les fuites apparaît surtout comme un cache-misère. Elle permet en effet à la macronie de mettre sous la table les questions concernant l’utilisation prédatrice et de la dégradation de l’eau par les entreprises, ou encore des pollutions massives qu’engendrent ces dernières, et qui entraînent le changement climatique à l’origine des sécheresses.

Autrement dit, en plaçant la focale sur les fuites, la macronie tente de transformer le problème de la sécheresse en un problème de plomberie. Mieux, cette mesure permet de remettre la responsabilité de la situation sur la population ou encore les maires : « Engager des travaux sur les canalisations, ce n’est pas populaire, ça coûte cher, vous défoncez la chaussée, ça gêne la circulation… Les maires y renoncent trop souvent », se plaint ainsi Christophe Béchu. Un argumentaire classique de la macronie et de Béchu face aux catastrophes environnementales : en février dernier, celui-ci appelait déjà à la responsabilité individuelle face à l’hiver le plus sec depuis 1952.

Le fait que 40 000 personnes se retrouvent privées d’accès à l’eau potable dans un pays impérialiste dont le climat, qui, bien que changeant, reste tempéré, est significatif de l’avancée de la catastrophe climatique. Une catastrophe qui frappe encore plus fort les pays semi-coloniaux, comme l’illustre la sécheresse historique qui touche la corne de l’Afrique.. À ce titre, le fait que Béchu n’évoque pas dans son entretien les coupures d’eau en cours à Mayotte est révélateur du mépris colonial de l’État et de ses représentants envers les mahorais et les populations des pays sous domination impérialiste. Un « oubli » sans doute volontaire, tant il est difficile d’évoquer la situation à Mayotte sans révéler la responsabilité écrasante de l’État français.

Face à la catastrophe climatique donc, l’État propose comme solution miracle de boucher des fuites, pendant que dans le même temps, il réprime dans le sang les mobilisations contre l’accaparement privé de l’eau à Sainte-Soline et coupe l’eau à la population de Mayotte. En d’autres termes, il laisse libre court aux entreprises pour aggraver la crise et s’organise pour en faire payer le prix fort aux populations. Un constat qui rappelle l’urgence de prendre nos affaires en main, pour construire une riposte écologique face aux États et aux patrons-pollueurs.


Facebook Twitter
Défaire le mythe de la transition énergétique

Défaire le mythe de la transition énergétique

Acheter les actions de Total pour sauver la planète ? La nouvelle trouvaille d'EELV pour les européennes

Acheter les actions de Total pour sauver la planète ? La nouvelle trouvaille d’EELV pour les européennes

InVivo, derrière la coopérative « verte », un géant de l'agrobusiness anti-syndicats et anti-écolo

InVivo, derrière la coopérative « verte », un géant de l’agrobusiness anti-syndicats et anti-écolo

« De l'eau, pas des puces » : à Grenoble, la lutte écologique s'attaque aux industries de la micro-électronique

« De l’eau, pas des puces » : à Grenoble, la lutte écologique s’attaque aux industries de la micro-électronique

Action contre Lafarge : l'Etat mobilise à nouveau l'anti-terrorisme pour réprimer le mouvement écolo

Action contre Lafarge : l’Etat mobilise à nouveau l’anti-terrorisme pour réprimer le mouvement écolo

Catastrophe capitaliste. 57 entreprises responsables de 80 % du CO2 émis depuis les accords de Paris

Catastrophe capitaliste. 57 entreprises responsables de 80 % du CO2 émis depuis les accords de Paris

Vote de la loi contre les polluants éternels : une « victoire historique », vraiment ?

Vote de la loi contre les polluants éternels : une « victoire historique », vraiment ?

Européennes : EELV veut intégrer une macroniste pro-service militaire sur sa liste

Européennes : EELV veut intégrer une macroniste pro-service militaire sur sa liste