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Impérialisme

Ventes d’armes : l’Etat et les entreprises françaises ont du sang sur les mains en Palestine

Le rapport annuel sur les exportations d’armes de la France, présenté par le ministère des Armées en juillet 2023 laisse de nombreuses zones d’ombres. On en retiendra cependant les 208 millions d’euros de matériel militaire vendus par la France à Israël depuis 10 ans.

Alexis Taïeb

10 novembre 2023

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Ventes d'armes : l'Etat et les entreprises françaises ont du sang sur les mains en Palestine

Crédits photo : Israel Defense Forces

D’après le rapport sur les exportations d’armes de la France de 2023 présenté au Parlement en juillet dernier, la France aurait vendu pour 25,6 millions d’euros de matériel militaire à Israël en 2022 et pour près de 208 millions d’euros en dix ans.

Dans le détail, difficile de savoir ce que la France a réellement vendu. On comptabilise ici huit fusils d’assauts, pour le reste il s’agirait essentiellement de « composants militaires ». De quoi revendiquer selon l’Etat français, contexte à Gaza oblige, dans les colonnes de l’Huma, des niveaux « relativement faibles » de « ventes directes de matériels français à l’Etat israélien ». La réalité est pourtant plus contrastée.

D’abord parce que comme le note Patrice Bouveret, cofondateur de l’observatoire de l’armement, interrogé cette semaine par l’Humanité : « On nous informe de montants financiers dans le rapport présenté au Parlement sur les exportations d’armements. Mais cela ne donne aucune idée de la dangerosité des armes conçues avec des éléments ou des composants produits et commercialisés par la France. Ce ne sont pas les montants qui font la létalité, l’enjeu des exportations d’armes ne se mesure pas qu’au seul volume d’argent en jeu. Seule la publication d’une liste précise des produits exportés permettrait de mesurer précisément la réalité de la contribution militaire et la responsabilité de la France dans les massacres perpétrés par l’armée israélienne à l’encontre des populations palestiniennes ».

Autrement dit, « les composants militaires » dont la France a décidé de faire la communication servent ni plus ni moins qu’à la confection de matériel militaire. En 2014 d’ailleurs, une famille palestinienne avait porté plainte contre Exxelia Technologies, entreprise française dont l’un des composants avait été retrouvé sur la bombe qui avait tué trois enfants de la famille.

En outre, selon le même rapport, le gouvernement français a délivré des autorisations d’exportations vers Israël de 357 millions d’euros, dont neuf millions cent-cinquante et un mille euros dédiés aux « Bombes, torpilles, roquettes, missiles, autres dispositifs et charges explosifs… ». Si une autorisation n’équivaut pas à une vente effective, ces chiffres en disent long sur les volontés de la France.

Il faut également mentionner un autre rapport présenté lui aussi au Parlement en 2023 sur « Les exportations à double usage de la France », c’est-à-dire de matériel à visée civil mais aussi militaire. On y apprend qu’en 2022, la France a ainsi exporté l’équivalent de 34 millions d’euros de matériel à Israël, dont 29 millions de « capteurs et lasers », susceptibles d’un usage militaire. Dans ce cadre, de très nombreuses entreprises françaises et israéliennes travaillent main dans la main sur de nombreux projets militaires et technologiques depuis des années, et encore aujourd’hui.

Elbit System, Thalès, Dassault… la riche coopération entre Israël et la France

Ainsi, la multinationale française Thalès, spécialisée dans la production d’armes, entretient des relations de longue date avec Israël. Elle a notamment travaillé avec le géant de l’armement israélien Elbit System afin de développer le drone de surveillance Watchkeeper. A la pointe de la technologie, celui-ci permet notamment de fournir « des données exactes de localisation des cibles pour permettre des frappes de précision et marquer des objectifs pour les forces terrestres », peut-on lire sur le site de l’entreprise française. Ce drone, utilisé par les pays occidentaux dans de nombreux conflits, a déjà été utilisé à Gaza.

Autres exemples. En juillet 2023, le site IsraelValley, dédié aux relations commerciales entre la France et Israël, revendiquait en grande pompe l’acquisition par Thalès de la société isréalienne spécialisée dans la cybersécurité Imperva pour 3,6 milliars de Dollars. En 2021, la société française s’associait à IAI (Israël Aerospace Industrie) pour fournir à la Royal Navy britannique le Sea Serpent, un missile antinavire de haute technologie. En 2018, l’entreprise signait un partenariat stratégique avec Verint Systems, également spécialisée dans le cyber.

Du côté de Dassault, dont la coopération avec Israël remonte à très loin en arrière, l’amitié « franco-israélienne » est toujours à l’ordre du jour. « Je suis le Dassault qui est revenu en Israël, celui qui y investit » revendiquait Laurent Dassault dans un entretien avec IsraelValley. Aujourd’hui, Dassault continue d’investir et de coopérer avec des entreprises israéliennes. Parmi elles, on retrouve Elbit System, qui collabore avec l’entreprise française pour confectionner les avions Falcon, dont l’un des derniers opus, le Falcon 8x servira dès 2025 à « effectuer des missions de renseignement stratégique » avec l’armée de l’Air française. A titre personnel, Laurent Dassault a notamment investi dans JVP (Jerusalem Venture Partners), connu notamment pour ses travaux en matière de cybersécurité.

Enfin, symbole de la coopération entre les deux Etats, on peut mentionner l’implication d’Elbit System dans le développement du logiciel de l’armée française Scorpion, un programme « au cœur de la stratégie de l’armée de terre française pour les prochaines décennies » expliquait le journaliste Jean Stern dans un article paru en 2021 dans Orient XXI. Plus largement, la France entretient des « relations bilatérales de défense avec Israël » qui repose sur des « consultations stratégiques au niveau politico-militaire » permettant « des échanges sur les questions de sécurité régionale », déclarait le ministre de la Défense en 2010. C’est d’ailleurs dans ce cadre que Sébastien Lecornu annonçait l’aide en matière de renseignement de la France à Israël le 15 octobre dernier.

« L’essentiel du soutien que nous apportons aujourd’hui est du renseignement. Le renseignement fourni l’est dans le cadre du partenariat habituel entre nos deux pays. Nous avons malheureusement une longue expérience en matière de lutte antiterroriste et nos services de renseignements disposent de moyens et de capteurs particulièrement performants. » expliquait le ministre. Et de conclure : « Je ne préciserai pas mon propos, vous le comprendrez, mais j’aurai l’occasion d’échanger avec mon homologue israélien la semaine prochaine. » Une nouvelle zone d’ombre donc.

De Thalès à Dassault en passant par le ministère de la Défense, les liens de la France avec Israël dans le domaine militaire ne sont plus à démontrer. On savait l’Etat Français soutien inconditionnel de l’Etat sioniste, et prêt à toutes les offensives autoritaires sur le sol national, il convient aussi de se rappeler qu’il a du sang sur les mains dans la bande à Gaza.


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