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Jeunesse

Des miettes, toujours des miettes pour les universités

Valls : La fausse augmentation du budget des facs

Valls vient d’annoncer une augmentation de 100 millions du budget 2016 pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR). Fausse solution pour un vrai problème.

jeudi 1er octobre 2015

G.Gorritxo

30/09/2015

La cour des comptes demande encore plus d’« autonomie » pour les universités

La loi LRU votée en 2007 sous Sarkozy, poursuivie par Fioraso en 2013, consacrait notamment un désengagement massif de l’État et une « autonomisation » des universités en matière de financement. Un nombre croissant d’universités, dorénavant sous-dotées, sont endettées et proches de la faillite, les menaces pesant sur le paiement des salaires des personnels, outre la réduction des moyens alloués, directement requis pour des conditions d’étude correctes, allant grandissantes. Mais pour la Cour des comptes, qui vient de publier les résultats de son enquête, demandée par la Commission des Finances du Sénat, sur le bilan de l’autonomie financière des universités, non seulement cette loi est excellente, mais surtout n’a pas été assez appliquée : contrairement à ce que souhaitait Pécresse en pilotant la LRU, l’État garde encore une emprise trop importante, aux yeux de cette cour, sur les modalités de recrutement, d’avancement et de promotion des personnels. Et de se plaindre que « L’État n’a pas rénové ses méthodes de pilotage ».

Comment faire en sorte que l’État garantisse un financement public à la hauteur de ses « ambitions » ? Des pistes suggestives sont avancées : que les universités puissent « mieux gérer leurs personnels », qu’on leur transfère la gestion de leurs bâtiments : bref, qu’on généralise le modèle de l’université-propriétaire-rentière, dirigée par des présidents-patrons totalement libres de leurs mouvements en matière de recrutement. Un nombre croissant d’étudiants ces dernières années ? Là encore la piste est explicite : l’augmentation des frais d’inscription pour désengorger des facs trop pleines, objectif explicitement ré-énoncé il y a peu par la droite, et chaque jour un peu plus validé par le gouvernement Valls. La Cour, d’ailleurs, ne s’arrête pas aux universités : les lycéens eux-mêmes coûtent bien trop cher en France, trop d’options, trop de langues, un bac trop lourd. Bref un lycée bien peu performant.

Pourtant, de l’argent, il y en a : le « crédit impôt recherche », cette manne financière énorme dévolue aux entreprises privées développant des activités de recherche et développement, leur permet de déduire de leurs impôts, donc des recettes publiques, les dépenses engagées sur ce terrain. Mais dans le même temps, outre la mise en pièces de longue haleine du CNRS, on comprime encore un peu plus le budget des universités, lesquelles n’ont plus d’autre choix que de chercher des financements, à leur tour, dans le privé. Pas étonnant qu’avec la LRU puis la loi Fioraso, les « personnalités extérieures » soient tellement surreprésentées dans les conseils d’administration des universités, et qu’au contraire les étudiants et personnels BIATSS, eux, soient sous-représentés. Résultat d’ensemble : un système de plus en plus à deux vitesses, d’un côté quelques facs d’élite (« pôles d’excellence »), financées à foison par des partenariats juteux avec le privé, et des facs poubelles de l’autre.

La double hypocrisie de l’annonce de Valls

D’une part, 100 millions de plus ne sont rien par rapport à cette logique combinant endettement structurel et refonte totale de l’ESR français sous domination des intérêts privés. Mais plus encore, cette augmentation de 100 millions annoncée par Valls pour le budget 2016 des universités n’en est même pas une au plan comptable. La réalité, c’est que l’État ne ponctionnera pas cette année, contrairement à ce qui était programmé, 100 millions dans les réserves dites « fonds de roulement » des universités pour les redéployer ailleurs. C’est ce qu’il avait fait en 2015, s’attirant les foudres de la droite et des présidents d’université les « mieux gérées », soit les facs d’élite, criant au « hold-up financier ». Bien que rassurée sur ce point, la Conférence des Présidents d’Université (CPU), Salzmann en tête, pleure maintenant sur l’augmentation de la masse salariale, et demande 200 millions à l’État. Si nous sommes contre le manque de moyens pour l’ESR, nous sommes aussi contre la gestion qu’en font les Salzmann et compagnie, et contre ce qui favorise cette gestion, à savoir la marchandisation galopante des conditions de production et de transmission sélective des savoirs.

De toute façon, 100 millions à se répartir entre une centaine d’établissements, autant parler d’une miette face au manque de moyens de plus en plus criant. Les Républicains, par la voix de NKM, appuient sur le fait que le problème est bien plus structurel. Bien qu’ils soient mal placés pour pointer les conséquences des lois qu’ils ont eux-mêmes mis en place (LRU sous Sarkozy), ils proposent aujourd’hui de faire reposer les frais sur le dos des étudiants, en augmentant les frais d’inscription de 1000 €, rien que ça ! Et en sélectionnant dès la L1…

Le PS lui, par la voix de Thierry Mandon, s’oppose en apparence à la sélection en première année, même si pour eux aussi l’augmentation du nombre d’étudiants est un problème. En ouvrant le débat sur l’orientation post-bac, Mandon propose simplement une autre forme de sélection. Si pour lui « le tirage au sort mis en place dans certaines facs est absurde », dégoûter les détenteurs d’un bac professionnel ou technologique de s’inscrire à la fac ne l’est pas. C’est au contraire leur éviter un échec certain… Cela a même un nom : « l’orientation active ».

Pour une politique unitaire entre étudiants, enseignants et administratifs contre la casse des facs, la précarité et la sélection !

Mais ce n’est pas par hasard que cette annonce de Valls tombe maintenant. Sent-il monter la colère des étudiants ? La peur panique des gouvernants à l’égard des mouvements étudiants et de la jeunesse en général est notoire. Cette colère a de quoi se nourrir : subissant des conditions d’étude chaque jour plus délabrées (amphis surchargés, difficultés voire refus d’inscription, manque d’enseignants, de bibliothécaires, attaques sur les conditions du logement, bourses insuffisantes et nécessité de se salarier, etc.), il est clair que s’organiser collectivement pour refuser cet état de fait sera la seule solution. Plusieurs exemples de luttes locales ont eu lieu cette rentrée, avec de petites victoires à la clé, comme à Nanterre, Montpellier ou Toulouse.

Dans l’ensemble on est obligé de constater que beaucoup d’étudiants ont fini par se décourager face aux obstacles insurmontables mis sur leur chemin vers l’inscription universitaire. Cependant, quand on s’unit, la lutte paye. Vu les attaques contre le droit du travail et les conditions de travail, le massacre programmé du statut des fonctionnaires, la flambée de la précarité chez les personnels en particulier contractuels et vacataires, de plus en plus nombreux simultanément, et BIATSS, il s’impose dans l’évidence que seule une mobilisation unitaire de l’ensemble de ceux qui subissent ces attaques sans fin peut permettre d’inverser la vapeur.

La dégradation des conditions d’étude, côté étudiants, et celle des conditions de travail, côté personnels, sont les deux faces du même jeu de massacre. Seule une mobilisation unitaire personnels/enseignants/étudiants permettra d’éviter la dispersion des forces et le découragement. Que personnels et étudiants défilent donc ensemble le 8 octobre prochain pour une université ouverte à toutes et tous, contre la précarité et la sélection (directe ou indirecte), et en profitent pour se préparer à la journée de mobilisation dans l’ESR du 16 octobre !



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